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[Analyse] – L’urgence de démocratiser les partis politiques congolais

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[Analyse] – L’urgence de démocratiser les partis politiques congolais

24 Avril 1990 – 24 Avril 2017, vingt-sept (27) ans jour pour jour que le Maréchal Mobutu lança le multipartisme. Mais depuis près de 3 décennies, le peuple congolais est loin de tirer profit de ces machines lourdes qui n’ont servi qu’à leurs initiateurs plutôt que de faire vivre réellement cette démocratie. C’est la motivation de cette analyse historique. 

Le pays compte à ce jour plus de 500 partis politiques, presqu’autant que des tribus comme fût le maillage ethnique sur les courants politiques peu après l’indépendance. Alors que ces structures sont censées être des organisations qui regroupent les individus autour des idées en vue de la conquête et de l’exercice du pouvoir.

C’est bien cette dernière acception qui justifie son foisonnement atypique en RDC. Seul l’accès au pouvoir, sa conservation semble constituer le socle de l’action des partis politiques congolais. Peu, en effet, donne l’impression de vouloir se servir de cette boîte à outils pour effectivement améliorer le quotidien des congolais.

Le fondement idéologique, pourtant moelle épinière de toute formation de ce type, est quasi-inexistante. Elle ne vit que sur papier et fait de très peu l’objet de prise de parole publique. L’appartenance à la tribu de l’initiateur, les amitiés intéressées constituent le principal élément d’adhésion.

RDC, trois types des partis politiques

L’évolution des partis politiques, de tous bords, est intimement liée à l’évolution de l’histoire politique de l’indépendance, en passant par la date charnière du 24 Avril 1990 ou encore le début de la transition après Sun-city. Nous pouvons en relever quelques types dans la sphère politique congolaise.

Les partis historiques : Représentés par des leaders historiques dont la lutte a traversé des décennies et qui ont fait preuve de constance dans leur engagement contre la dictature. Le PALU et l’UDPS. Dans ces partis, les militants, à défaut de comprendre l’idéologie, s’identifient aux leaders qui ont consenti d’énormes sacrifices au prix de pires sévices du combat contre la dictature. Gizenga à la prison de Bulambemba puis en exil durant des décennies. Tshisekedi, il en a compté des jours de relégation, des jours en prison et passage dans les salles de torture.

Autre point commun à ces partis, le sens de l’engagement de leurs militants. Ils se cotisent, se réunissent hebdomadairement et se mobilisent spontanément. Ils ont fait du chemin dans la conquête du pouvoir. Le Palu n’est arrivé à la Primature qu’après les élections de 2006. L’UDPS également depuis fin 2016, avec ses hauts cadres Badibanga et Tshibala, mais sans sa base.

Les partis Post-Sun City : Ces partis ont vu le jour après le dialogue inter-congolais pour le besoin du partage et surtout de l’exercice du pouvoir. Les composantes et entités jadis rebelles détentrices des armes se sont muées en PPRD, MLC, RCD, RCDK-ML, etc. Le recrutement a commencé par des cadres et diplômés sans adhésion préalable à une idéologie bien définie.

La masse est mobilisée à coup d’argent plutôt que par la foi à un idéal commun ou à l’identification à un combat commun. Difficile donc de faire adhérer des militants autour d’une idéologie ou d’un combat précis.

Les partis de mallette : C’est dans cette catégorie que sont situés le plus grand nombre des partis dont la plupart n’a de base que la famille et n’existe que grâce aux médias par coup de déclarations fracassantes parfois. Le culte à la personnalité, le djalelo, la flatterie, la flagornerie ont contribué à l’émergence de ce type de partis dont les sièges se situent, souvent, au lieu des résidences de leurs fondateurs.

Il y a lieur de se rappeler que peu après son arrivée au pouvoir, Laurent Désiré Kabila avait suspendu les activités des Partis politiques. Plus tard, dans une phrase restée mémorable, il qualifiait ses compagnons de l’AFDL de « Conglomérat d’aventuriers ».

L’économie avant la politique 

Le système politique congolais a été construit sur le modèle français dominé par un bipartisme. Une plongée dans l’histoire nous rappelle que la France comme d’autres en Occident ont été d’abord des royautés et des empires. La République étant née après la révolution industrielle lorsque les citoyens ont atteint un seuil de maturité économique.

La politique définie comme la gestion de la cité consiste principalement à repartir la richesse produite entre les citoyens. Ceux des gauches s’identifient aux travailleurs et ceux des droites aux employeurs.

Dans ce tableau, la RDC n’a pas encore atteint un seuil de productivité qui lui permette d’arriver à ce clivage idéologique. C’est ainsi que des libéraux de l’ARC ou du PDC sont devenus meilleurs alliés du Social-Démocrate « UDPS » en opposition avec d’autres socio-démocrates du PPRD, PALU etc. Au vu de ces faits, il n’est pas étonnant, en combinant avec les traditions congolaises, que des fils succèdent aux pères.

Katumbi comme Kabila ?

Des politologues sont d’avis que la dispersion des voix dans le peuple, la faiblesse des partis politiques, le déficit idéologique ont motivé la candidature indépendante de Joseph Kabila, Président élu et réélu. Il n’a pas voulu porter les couleurs d’un parti pourtant flanqué du fier titre d’ «Initiateur ou d’Autorité morale». Une trouvaille congolaise qui confère l’autorité à l’initiateur ou au fondateur d’un parti politique en position d’incompatibilité avec les responsabilités au sein de l’appareil étatique.

Moise Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle a démissionné du PPRD. Il n’a pas intégré un autre Parti politique ni n’en a créé. Il n’a aucun statut au sein du G7 ni du Rassemblement. Mais son ombre y trône. Il sera surement candidat indépendant se mettant au-dessus de la mêlée politique et pouvoir ratisser large. Rien de nature à renforcer les partis politiques pourtant devant être porteurs des batailles du peuple.

L’abandon des rôles

Comment les partis politiques congolais participent-ils à l’animation de la vie politique ? Ce que le peuple observe dans la majorité de cas : l’inexistence des projets de société présentant leurs propositions qui, si ces partis remportaient les élections, seront reprises dans le programme du gouvernement ; l’absence des solutions alternatives, adaptées et réalistes des opposants à la politique de la Majorité au pouvoir ; le manque de sanction contre ceux des dirigeants qui se compromettent dans l’exercice de leurs fonctions publiques ; l’abandon total du rôle d’encadrement civique et politique, d’orientation et de promotion du peuple ; et la négligence dans le rôle de sélection des responsables appelés à occuper des charges publiques.

27 ans après le discours du 24 avril 1990 qui marqua le début du multipartisme, le peuple congolais semble n’avoir aucune bonne perspective quant au rôle primordial que doit jouer les partis politiques.

La démocratie voulue devrait trouver son fondement à la base des partis. Il est impérieux que les Présidents, les Secrétaires généraux soient élus par les militants au sein de leurs partis. C’est la condition sine qua non pour contribuer à une vraie démocratie, celle que tout congolais est appelé à faire vivre par conviction et non par obligation.

 Zoom Eco

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