Connect with us

a la une

Dandy Matata : «il est temps de neutraliser la rhétorique politisante de l’élite congolaise»

Published

on

Dandy Matata : «il est temps de neutraliser la rhétorique politisante de l'élite congolaise»

[TRIBUNE] – L’économiste Dandy Matata a invité la classe dirigeante et l’élite congolaise à neutraliser la rhétorique politisante et les agissements lui associés. Car, ces derniers font perdre à la Nation le temps de focaliser toutes les énergies pour des débats sur des thématiques plus utiles au progrès collectif et des réformes profondes suivies d’actions concrètes. Ce jeune congolais appelle de tous ses vœux à un « regain de conscience collective» pour parvenir réellement à décider et à agir impérativement afin d’engager l’économie nationale dans un processus de rattrapage des économies les plus avancées.

Ses recherches indiquent, à titre d’exemple, qu’avec une croissance moyenne interrompue de 3% l’an, il faudra 32 ans au peuple congolais pour retrouve son niveau de revenu moyen de 1960, soit l’équivalent de la durée exacte de la seconde République de feu le Maréchal Mobutu. Zoom Eco vous propose, ci – dessous, le contenu de sa Tribune :

L’occurrence de certains mots dans le discours public est révélatrice du mode de pensée de l’élite. Il est en effet aisé de conjecturer que c’est autour des concepts les plus récurrents que se cristallisent les principaux centres d’intérêt de « l’élite pensante ».

Depuis l’accession à l’indépendance, la sémantique congolaise reste largement dominée par un vocable emprunté de la sphère politique, traduisant tacitement l’ordre de nos priorités collectives : guerre, rébellion, groupes armés, transition, dialogues, concertation, négociation, pouvoir, élection, démocratie, politique, communauté internationale, mandat, élection, constitution, légitimité, nationalité, sont entre autres termes qui dominent largement la parole publique.

Cela au détriment d’autres concepts, non moins importants comme l’idée de progrès, le développement, l’innovation, la recherche scientifique, la création de richesses, l’accumulation du capital, le capital humain, l’éducation, le plein emploi, la croissance économique, la production, l’inflation, la stabilité macroéconomique, le bien-être, la réforme. Ceux-ci sont généralement confinés à la périphérie du discours public et n’émergent que de façon discontinue, en faisant souvent l’objet d’une dérision populaire injustifiée.

Si de bonne fortune nous étions brusquement frappés d’un regain de conscience collective, nous déciderions probablement d’engager l’économie nationale dans un processus de rattrapage des économies plus avancées que la nôtre. A l’évidence, la sémantique du discours public en sera profondément remaniée. Dans ce contexte hypothétique, nous nous interrogerions sur les délais nécessaires pour réaliser un tel rattrapage.

En considérant le Ghana, l’Afrique du Sud (RSA), la Corée du sud, l’Allemagne et les USA comme cibles à rattraper et le PIB par habitant [1] comme indicateur de rattrapage, une manipulation logarithmique nous permettra d’établir le résultat repris dans le tableau ci-dessous :

[2] Le Produit Intérieur Brut par tête d’habitant revoie au revenu moyen par habitant généré sur une année. Il permet de prendre en compte l’effet de l’accroissement de la population dans l’évaluation du revenu national. Le PIB par habitant n’augmente que lorsque le PIB croît plus vite que la population.

Si nous déployons des efforts garantissant une croissance moyenne interrompue de 3% l’an, il nous faudra 32 ans pour que le congolais retrouve son niveau de revenu moyen de 1960, soit l’équivalent de la durée exacte de la seconde république. Le Ghana ne sera rattrapé qu’au prix de 50 ans d’attente, et un siècle de croissance ininterrompue sera nécessaire pour atteindre le niveau actuel de l’Afrique du Sud. Nous devrions patienter 166 ans avant d’espérer rattraper le niveau actuel des Etats Unis, soit approximativement 3 fois l’âge du Congo indépendant !

Dans un autre cas de figure, si nous parvenons à neutraliser complètement la rhétorique politisante et les agissements lui associés, nous pourrions mieux investir le temps ainsi épargné, focaliser toute notre énergie sur des thématiques plus utiles au progrès collectif et mobiliser le courage nécessaire pour mener des réformes profondes.

Imaginons que dans cet élan, nous parvenions à placer l’économie nationale sur un sentier de croissance du PIB par tête de 20% par an. Dans ce cas très très hypothétique, il nous faudra 5 ans pour revenir au PIB par tête de 1960, soit la durée d’un mandat présidentiel. 26 ans de dur labeur nous sépareront tout de même du niveau actuel de l’Allemagne, ce qui se rapproche du temps d’emprisonnement de Nelson Mandela.

Dans la même perspective, supposons d’une puissance inconnue nous imposait de rattraper les USA dans 5 ans. Les termes du problème restent les mêmes, seul l’angle d’approche aura changé. Pour y parvenir, il nous faudra déployer des efforts pharaoniques aptes à assurer au PIB par habitant un rythme de progression annuel de 167% !

Face à la l’évidente difficulté d’y parvenir, nous pourrions renégocier une cible plus accessible et un horizon temporelle plus réaliste. Il nous faudra alors parvenir à maintenir une croissance de 6% l’an pour rejoindre le niveau actuel du Ghana en 25 ans.

Quoique rattraper le Ghana semble plus accessible, maintenir une croissance de 6% nécessite pourtant un effort considérable et soutenu dans le temps. Effort que, d’une part, nous n’avons pas encore su déployer.  D’autre part, si nous devons nous contenter de rattraper le Ghana d’aujourd’hui en 25 ans, il ne nous restera que très peu de fierté nationale.

Il n’est pas exclu que l’accroissement du revenu moyen s’accompagne de celle des inégalités, en cas de distribution inéquitable des retombées de la croissance. Le PIB par habitant rendant difficilement compte de ce fait, il lui sera préféré l’objectif de plein emploi correspondant à la situation où tous les congolais capables et désireux de travailler trouve un emploi.

Comment faire pour assurer un travail stable, décent et bien rémunéré à l’ensemble des congolais désireux de travailler ? Cette question qui en invite des douzaines d’autres ne mérite-t-elle pas plus d’attention que celle lui réservée aujourd’hui ? L’ignorer relève d’un luxe que nous n’avons pas le droit de nous offrir.

Dandy Matata Amsini, Economiste via Zoom Eco


Notes
[1] Le Produit Intérieur Brut par tête d’habitant revoie au revenu moyen par habitant généré sur une année. Il permet de prendre en compte l’effet de l’accroissement de la population dans l’évaluation du revenu national. Le PIB par habitant n’augmente que lorsque le PIB croît plus vite que la population.
[2] Avec comme point de départ le PIB par habitant de 2016 (voir base de données de la Banque Mondiale : Word Development Indicators).
Références :
Kabuya Kalala, François et Jean-Paul K. Tsasa, 2018, Macroéconomie : Fondements, Microfondements et Politiques, Éditions Hermann, Paris, 652p.

Continue Reading
Advertisement
Click to comment

Laisser un commentaire

Edito

Advertisement
%d blogueurs aiment cette page :