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RDC : La crise économique et financière, analysée par Adolphe Muzito

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La crise économique et financière est parmi les trois principales crises (Politique & sécuritaire et Sociale) qui traversent la RDC actuellement. Selon Adolphe Muzito, ces 3 crises s’alimentent mutuellement. D’où la solution à cette triple crise devrait obéir à une approche globale. « Celle –ci devra impliquer tous les acteurs : les institutions, la classe politique, la société civile ainsi que la communauté internationale », précise – t – il dans sa 12ème Tribune intitulée : « RDC : Les 3 crises » dont Zoom Eco vous présente ci – dessous, un gros plan sur l’analyse de la crise économique et financière.  

L’économie congolaise est caractérisée par un degré élevé d’extraversion. Cette extraversion rend d’autant plus vulnérable l’économie qu’elle repose essentiellement sur un secteur, le secteur minier, dominé par : une production à faible valeur ajoutée ; une monoproduction et une mono-exportation portant sur le minerai le cuivre. L’exploitation de celui-ci est axée sur des investissements essentiellement étrangers  et à capital intensif, lesquels s’accaparent quasi-exclusivement du surplus généré par l’ensemble de la branche d’activité.

Contribution du secteur minier à la croissance de l’économie, Exercice 2014

Comme on le voit dans le tableau n°1 ci-après, la croissance de l’économie congolaise est tributaire pour l’essentiel du secteur minier dont la production et les ventes dépendent exclusivement de l’économie internationale.

En effet, dans la configuration de la croissance du PIB de la RDC, pour la période 2014-2015, comme cela apparait dans le tableau n°1 ci-après, sur un taux de croissance de 9,6%, le secteur primaire de l’économie congolaise contribue pour 4%.

Screenshot_2016-05-23-12-58-37-1Dans cette contribution du secteur primaire, la part de la branche extractive est de 3,4% sur un total de 4%, soit 85% du total du secteur, tandis que la branche agricole ne représente que 0,6%, soit 15% du total du secteur primaire.

La contribution du secteur industriel congolais dans la croissance du PIB s’élève pour la période à 1,4%. Cela signifie tout simplement que la RDC n’a pas de tissu industriel, celui-ci n’ayant contribué que faiblement à la croissance du PIB dans la période.

Bien que le tertiaire a contribué pour 3,8%, ce secteur reste extraverti en amont, car ses transactions portent essentiellement sur une production industrielle et agricole d’origine extérieure. Le pays produit ce qu’il ne consomme pas et consomme ce qu’il ne produit pas.

Contribution du secteur minier aux recettes d’exploitation dans la période 2014-2015

Comme on le voit dans le tableau n°2 ci-après, sur un total de 10.000 milliards de FC d’exportations congolaises en 2013, les secteurs miniers et des hydrocarbures contribuent à lui seul avec 9.800 milliards de FC, soit 97,7%.

Quant aux secteurs agricole et industriel, ils contribuent respectivement pour 1,9% et 0,4% aux recettes d’exportation réalisées par le pays en 2013. Cela signifie que la RDC n’a ni secteur industriel, ni secteur agricole, capables de lui rapporter des avoirs extérieurs pour financer ses importations.

Il se pose donc un problème de compétitivité de l’économie congolaise sur le plan international.

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Une moindre diminution des prix des matières premières dont le cuivre et le cobalt sur le marché international, constitue un choc dont l’impact est direct sur : les avoirs extérieurs du pays ; les réserves de change ; les recettes fiscales et les valeurs interne ou externe de la monnaie nationale.

C’est cette situation de faible intégration de l’économie qui est, entre autres, à la base du problème de la récession que connait actuellement le pays.

En effet, dès le second semestre 2015, le choc dit exogène s’est traduit par la baisse de réserves de change qui sont passé de 1,403 milliards $US au 31 décembre 2015 à 1,208 milliards $US au 22 avril 2016 contre 1,702 milliards $US au 01 avril 2015, comme on peut le lire dans le tableau n°3 et 3’ ci-après.

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S’il est évident que la cause de la crise est d’origine internationale, il ne reste pas moins vrai que la gravité de son impact sur la situation financière du pays est due à l’absence de garde-fous nécessaires. Le Gouvernement ayant rompu sa coopération formelle avec ses partenaires stratégiques, s’est privé de leur appui technique et financier qui l’aurait aidé, comme en 2009, à amortir le choc exogène.

A cause de l’absence d’un appui technique, la gestion financière du Gouvernement s’est caractérisée par une grande indiscipline.

En effet, au premier trimestre 2015, le plan de trésorerie s’est soldé positivement avec 5.895 millions de FC contre un solde négatif de 72.847 millions de FC pour le premier semestre 2016.

Cette situation démontre l’indiscipline du Gouvernement, car, alors que les recettes du premier trimestre 2016 ont connu une baisse en passant de 882.170 millions de FC au premier trimestre 2015 à 859.153 millions de FC au premier trimestre 2016, les dépenses ont connu une hausse en passant de 876.275 millions de FC au premier trimestre 2015 à 932.001 millions de FC pour le premier trimestre 2016.

Screenshot_2016-05-23-12-59-30Le déficit du premier trimestre 2016, soit 72.847 millions de FC et le nécessaire recours à la planche à billet au cours du premier trimestre 2016 ont été causés par, non seulement la baisse de recettes dans la période, mais aussi, par la hausse incontrôlée des dépenses du Gouvernement pour ladite période ; comparée à la même période de l’année précédente (2015).

Par ailleurs, rappelons que le Gouvernement a renoncé au programme des réformes économiques (diversification de l’économie par le programme de transformation des entreprises publiques et construction des infrastructures), monétaires et financières (recapitalisation de la BCC) et l’amélioration de l’effort des administrations fiscales par une meilleure optimalisation du potentiel fiscal.

Il n’a donc pas pu trouver les 2 milliards $US dont il a besoin aujourd’hui pour boucler son budget 2016 et s’est vu ainsi obligé de recourir à un budget rectificatif réduisant de plus ou moins 2 milliards $US ses recettes et dépenses publiques.

La contraction du budget de l’Etat et le cercle vicieux de la récession

La réduction d’environ 8 à 6 milliards $US, soit d’environ 6 milliards à 4 milliards de recettes propres du budget rectificatif de l’Etat 2016, va entrainer la contraction de la consommation de l’Etat et de la demande globale et aura une incidence négative sur la production globale ainsi que sur l’assiette fiscale. D’où le cercle vicieux de la contraction fiscale, contraction de la demande globale et  contraction de la production et de l’assiette fiscale.

Le Gouvernement aurait pu maintenir son budget à 8 milliards $US, en introduisant des réformes pour compenser le manque à percevoir de certains actes générateurs par la maximisation sur ceux à fort potentiel fiscal et en recourant pour la différence aux partenaires extérieurs.

Il aurait restructuré le budget en ressources propres, en remplaçant les actes générateurs concernés par la baisse, par ceux qui disposent d’un grand potentiel fiscal jusque là non mobilisées par les administrations fiscales.

Car on ne peut comprendre qu’avec un PIB d’environs 35 milliards $US, le pays ne puisse mobiliser que 4,5 milliards $US des ressources propres soit plus ou moins 10% du PIB. D’où un manque à percevoir d’au moins 1  milliard $US, pour une pression fiscale de 15 ou 17%.

Conclusion

Pour sortir le pays de la crise économique, financière et sociale, la solution doit s’asseoir sur les considérations ci-après :

  • L’instabilité politique et l’illégitimité relative des institutions pour les 2 ou 3 prochaines années ;
  • Le caractère plus ou moins durable et pluridimensionnel (politique, sécuritaire, économique, financière et social) de la crise ;
  • Les limites de moyens politiques diplomatiques et sécuritaires du pays
  • La nécessité d’un plan d’aide internationale à négocier avec la Communauté internationale.

L’instabilité et la légitimité relative des institutions de 3 prochaines années exigeraient un accord politique minimum entre Majorité, Opposition et Société civile pour un plan d’aide internationale à moyen terme.

Aucun gouvernement actuel comme à venir, au courant des prochaines années, n’aurait par lui-même la légitimité et la force politique nécessaire pour sortir le pays de l’impasse économique, financière et sociale actuelle. Un consensus national s’impose et le dialogue en sera le lieu commun pour adopter ce plan d’aide. Celui-ci devrait reposer sur un paquet des reformes pour lesquelles et sur base desquelles les ressources seraient sollicitées à la Communauté internationale.

Au lieu d’une approche restrictive de la dépense publique comme préconisée par le Gouvernement à travers son budget rectificatif, le plan d’aide internationale devrait pour faire face à la récession, être expansif, pluriannuel et s’intégrer dans un cadrage budgétaire tout aussi  pluriannuel.

Les réformes qu’il doit engager devront porter sur : les questions d’élections à tout le degré ; les questions institutionnelles, économiques, financières, monétaires, fiscales, sociales et sécuritaires ; la transformation des entreprises publiques ; et la diversification de l’économie, etc.

Adolphe Muzito, Premier Ministre Honoraire

A RE(LIRE) : 

11ème Tribune de Muzito « RDC : Emergence à l’horizon 2030, illusion ou propagande? »

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