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Afrique : flambée des prix de produits alimentaires, le FMI alerte sur « les risques de troubles sociaux »

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Produits alimentaires

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a engendré une flambée des prix alimentaires qui accroît.

Dans un rapport régional publié le jeudi 28 avril 2022, le Fonds monétaire international (FMI) a alerté sur « les risques de troubles sociaux » en Afrique.

L’alerte du FMI intervient quatorze ans après les « émeutes de la faim ».

Selon le FMI, les craintes à l’égard de la sécurité alimentaire se sont nettement accentuées avec la guerre en Ukraine et l’explosion des prix des denrées alimentaires, accroissant ainsi « les risques de troubles sociaux » au sein des pays vulnérables.

« Nous sommes très inquiets de la récente flambée des prix des aliments et du carburant sur le continent », a commenté dans les colonnes de l’AFP, le Directeur du Département Afrique au FMI, Abebe Aemro Selassie. Il a ainsi relevé les risques de « protestations sociales ».

Pour lui, « ce choc frappe de manière extrêmement ciblée les plus pauvres, en faisant augmenter les prix alimentaires, ceux des carburants et du transport en général, et au bout de la chaîne les producteurs de biens et services qui rehaussent leurs prix ».

La flambée des prix des denrées alimentaires est sans précédent : ils ont atteint un nouveau record en mars et effacé le précédent record plus haut de 2011, selon l’indice de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui inclut les tarifs des huiles végétales, des céréales ou des produits laitiers.

Le blé importé à 85 %

La progression des prix du blé est « particulièrement préoccupante », écrit le FMI dans son rapport intitulé « un nouveau choc et une faible marge de manœuvre ». Car l’Afrique sub-saharienne importe 85 % de sa consommation des céréales, avec des montants particulièrement élevés en Tanzanie, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, et au Mozambique.

Plus largement, les importations de blé, riz et de maïs représentent plus de 40 % des calories consommées chaque jour par les habitants du Botswana, du Lesotho, de Maurice et du Cap Vert, détaille un graphique de l’organisation internationale, qui voit parmi les pays les plus fragilisés par l’insécurité alimentaire Madagascar, la République Démocratique du Congo et les Etats autour du Sahel.

Le FMI craint que deux mois après le début de la guerre en Ukraine et alors que le conflit ne montre pas de signe d’accalmie, « la hausse des prix des denrées alimentaires exacerbera l’insécurité alimentaire et les tensions sociales ».

Les spécialistes affirment que c’est justement une forte augmentation des prix des aliments de base qui avait précédé les « émeutes de la faim » de 2008, des mouvements de protestations plus ou moins violents dans une trentaine de pays, notamment au Sénégal et au Cameroun, ainsi qu’au Maghreb et dans les Caraïbes.

« Faut-il craindre un acte 2 ? », s’interroge le FMI.
Cette institution monétaire reste cependant prudente quant à de potentielles révoltes violentes.

Pour sa part, le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a dressé un parallèle entre l’explosion de 2008 et la situation actuelle.

Selon lui, les deux crises sont marquées par une flambée des prix alimentaires, des carburants, des engrais, ainsi que des transports.

Pour les spécialistes, la situation est même potentiellement plus problématique cette fois, en raison de deux années de pandémie et des risques majeurs que fait peser la guerre en Ukraine sur les récoltes de l’an prochain.

La pandémie a fait augmenter le nombre de personnes sous alimentées à un quart de la population sub-saharienne en 2021, calcule le FMI.

Une redite de 2008 « peut être évitée », a toutefois estimé Qu Dongyu, évoquant la nécessité de ne pas voir s’accélérer les restrictions à l’export sur les aliments.

Le FMI s’inquiète également quant aux capacités budgétaires des Etats, dans une région dont la croissance économique devrait ralentir cette année à 3,8 %.

Olivier KAFORO

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