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Léonide Mupepele : « le Congo a-t-il eu raison de déclarer le cobalt métal stratégique ?

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Léonide Mupepele : « le Congo a-t-il eu raison de déclarer le cobalt métal stratégique ? 1

[TRIBUNE] – Le cobalt, déclaré substance stratégique par le Décret N° 18/042 du Premier Ministre sortant, est en chute libre. Au 14 février 2019, il se négociait à 32 000 USD par tonne alors qu’en mars 2018, il était à 95 000 USD par tonne et certains analystes pensaient que le métal blanc, porté par la demande de l’industrie de l’automobile électrique, allait crever le record historique de juin 2008, 115 000 USD par tonne.

L’objectif visé par le Gouvernement au travers de son décret est pourtant clairement d’ordre pécuniaire. Pour lui, il est question, en effet, de se faire des recettes fiscales additionnelles en profitant de la conjoncture économique pour assujettir les exportations du cobalt au taux le plus fort de la redevance minière qui est de 10 % de la valeur marchande brute, conformément à l’article 241 de la Loi Minière Révisée.

Mais, c’est sans compter sur son impéritie à se donner les moyens d’influer sur le destin du métal. Dans le cas des pays industrialisés, lorsqu’une substance est déclarée stratégique, l’objectif poursuivi est généralement de mettre les filières industrielles tributaires de ce matériau à l’abri d’éventuelles pénuries.

En conséquence, les Etats s’organisent pour se donner les moyens de contrôler les flux du matériau en faisant surveiller, par des structures spécialisées, les réserves mondiales, les productions et ventes annuelles réalisées par pays producteur ainsi que les stocks dans les entrepôts de différentes places boursières.

Dans le cas du Congo, le métal a été déclaré stratégique sans que le Gouvernement n’ait mis en place un dispositif qui viendrait influer sur le prix du cobalt, alors que, du fait de sa position de quasi-monopole sur ce segment de marché (le pays produit à ce jour 80 % de l’offre mondiale), le Congo est en capacité de prendre le contrôle des flux sur ce marché et d’influer en conséquence sur les cours.

Résultat : Au prix actuel de 32 000 USD/tonne, non seulement les recettes additionnelles attendues par le Gouvernement sont dérisoires, mais à des cours aussi bas, le taux de 10 % de redevance minière appliqué pour ce métal devient pénalisant pour les miniers qui, au-delà des charges locales d’extraction minière et de bonification déjà assez lourdes, doivent faire face aux frais de commercialisation et de traitement métallurgique dans les usines chinoises pour des produits exportés sous forme des céments relativement pauvres en cobalt, mais fortement chargés en eau.

Il est évidemment de l’intérêt de la RD Congo de voir le marché du cobalt pratiquer des cours hauts. Mais il ne faut pas non plus trop tirer sur la corde et je suis d’avis que le pays devrait s’organiser pour maintenir les prix autour de 55 à 60 000 USD/tonne.

Un prix de cobalt qui irait au-delà de cette fourchette deviendrait vite un frein à la croissance de la mobilité électrique outre le fait qu’il inciterait les industriels à se tourner davantage vers des batteries consommant moins de cobalt.

Et à l’inverse, du cobalt à moins de 55 000 USD/tonne ne ferait pas l’affaire des miniers par rapport à une redevance acquittée au taux 10 % du prix marchand brut.

Léonide MUPEPELE, Ingénieur des Mines

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