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RDC : Albert Tcheta-Bampa propose cinq mesures économiques au gouvernement

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[TRIBUNE] – La première est simple à mettre en œuvre : je préconise que, dès aujourd’hui, le gouvernement prenne ses décisions budgétaires en termes de déficit public structurel, c’est-à-dire hors effets de la conjoncture et non plus en déficit courant ou opérationnel. Telle est donc la façon correcte d’analyser les finances publiques. Cela est vital, car, on voit les dangers de la course-poursuite entre une croissance qui se dérobe avec l’ampleur du choc des prix des produits de base, et les mesures d’austérité additionnelles du gouvernement Matata pour respecter l’équilibre budgétaire, objectif plus difficile à atteindre du fait des chocs induits par une baisse des prix à l’exportation (pour faire la part des effets asymétriques de l’évolution des prix à l’exportation et à l’importation).

La deuxième mesure qu’il convient de mettre en œuvre est la suivante: le gouvernement congolais devrait mettre fin à ses politiques de réduction des dépenses publiques et de financement du déficit par l’augmentation de l’impôt, menées déjà durant l’effondrement des cours des produits de base. Il faut faire de la rigueur en période de croissance, et laisser filer les déficits en période de crise. Il n’est pas responsable de mener un programme d’austérité quitte à sacrifier la croissance.

Le gouvernement doit augmenter et maintenir les dépenses productives afin de mettre en œuvre des projets d’investissement public destinés à remédier au déficit d’infrastructures, même si les recettes fiscales tirées du secteur extractif sont encore faibles par rapport à la période du pic du supercycle. Un certain déficit public est souhaitable en situation de croissance ralentie, de chômage, de contrainte extérieure.

Il s’agit d’un côté de soutenir la demande car la demande émanant des entreprises se réduit fortement ; de l’autre, de gérer l’offre : le déficit public (plutôt que la hausse des charges des entreprises) peut favoriser la compétitivité et l’investissement donc augmenter la production possible à déficit extérieur donné. Au lieu d’augmenter les impôts, le gouvernement congolais doit seulement se contenter de renforcer la capacité du fisc à collecter les revenus en élargissant la base d’imposition qui est encore trop étroite : par exemple la réforme encours de l’impôt sur le revenu va dans le bon sens.

La troisième mesure découle des mesures précédentes. Le gouvernement congolais devrait choisir en priorité le financement obligataire avant d’opter pour le financement monétaire ou le financement fiscal. La RDC peut aujourd’hui emprunter parce qu’il y aura des investissements qui engendreront des retours d’investissement plus importants. Par ailleurs, un accroissement des dépenses publiques courantes en termes réels aujourd’hui va amoindrir des pertes de production, parce que le ratio dette/PIB est largement inférieur aux seuils au-delà desquels l’efficacité de la politique budgétaire en tant que moyen d’action anticyclique, s’amenuise. Il n’y a de risque d’une fuite de l’endettement.

Techniquement, le déficit public couvert par l’emprunt est un mode de redistribution des charges fiscales entre les générations ; il correspond à un choix tout à la fois juste et efficace lorsqu’il s’agit de développement économique ; d’autant que ses effets ne diffèrent pas d’un accroissement équivalent des impôts lorsque les individus anticipent correctement la finalité future à laquelle ce déficit donnera lieu.
En faisant croître les activités économiques et en diminuant le chômage, le capital humain de la RDC s’accroîtrait. Baisser les dépenses publiques courantes et augmenter l’impôt, ce que le gouvernement Matata a fait, en ayant un taux de chômage très élevé, c’est détruire le capital humain du pays (d’autant plus que le capital humain congolais est de qualité médiocre). C’est en investissant que le gouvernement renforce le pays.

La RDC doit laisser son déficit budgétaire se creuser durant plusieurs années en continuant à mettre en œuvre des projets d’investissement public destinés à remédier à son déficit d’infrastructures, les recettes fiscales tirées du secteur extractif ne diminuent plus.

En évaluant les politiques publiques, le gouvernement devra notamment s’efforcer de mieux hiérarchiser les nombreux projets d’investissement dans les infrastructures qu’il envisageait d’entreprendre. Afin de limiter les effets négatifs sur leurs perspectives de croissance à moyen terme, il sera nécessaire de privilégier les projets les plus rentables à condition que leur financement soit assuré.

La quatrième mesure est la conséquence de la troisième. Même si l’accès aux marchés internationaux est compromis, la RDC peut le retrouver grâce aux différents systèmes de garantie mis en place au sein du système financier international. L’Etat congolais peut par exemple bénéficier de la garantie d’un autre État partenaire plus solide financièrement et économiquement, par exemple les Etats-Unis, la Chine, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore la Belgique. Par ailleurs, il peut, comme souvent, être placé sous les auspices d’institutions financières internationales telles que le FMI et la Banque Mondiale ou encore la BAD.

L’Etat congolais peut donc accéder à l’épargne étrangère par l’intermédiaire des institutions financières internationales. Le gouvernement doit tout faire pour rétablir la confiance de nos prêteurs. Il lui faut par exemple faciliter la reprise avec le programme du FMI d’aide à la stabilisation du cadre macroéconomique, suspendu depuis 2012 suite à un contrat de la Gécamines qui ne respectait pas les normes de la bonne gouvernance.

Enfin, en donnant le signal d’une amélioration de la qualité de nos institutions (état de droit, qualité de la bureaucratie, qualité de régulation, lutte contre la corruption dans le gouvernement, baisse du risque d’expropriation, de dénonciation des contrats par le gouvernement, efficacité gouvernementale…) notre pays peut profiter d’un cycle vertueux car la bonne gouvernance augmente la confiance des marchés et améliore la notation de notre dette, réduisant ainsi le taux d’intérêt et la charge de celle-ci.

Si nous laissons la qualité de nos institutions politiques (démocratie) et économiques (gouvernance) se dégrader, notre pays perdra la confiance de ses prêteurs, « l’intolérance vis-à-vis de la dette » peut créer rapidement un cercle vicieux de hausse du taux d’intérêt et du ratio de la dette, qui conduira à une restriction de l’accès aux marchés du capital et à l’apparition du spectre de la récession.

Il risque enfin de compte, de ne plus disposer de ce genre de marges de manœuvre, sera contraint à adopter des mesures budgétaires d’urgence et n’aura guère la possibilité d’opter pour des politiques budgétaires anticycliques.

Albert Tcheta-Bampa
PhD in Economics
University Paris 1-Panthéon-Sorbonne
Centre d’Économie de la Sorbonne (CES)
Maison des Sciences Économiques

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1 Comment

1 Comment

  1. Damien mpoto

    4 janvier 2017 at 17 h 20 min

    Courage mon jeune frere tcheta pour ton analyse .on construit le pays avec desvidees pareille et non injurier les autorites .bonne idee merci .le vieux cinquantenaire Soibos

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