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RDC : balises de lecture des programmes des candidats présidents de la République

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[TRIBUNE] – En cette période pré-électorale, des candidats président de la République sont nombreux à rivaliser d’ardeur pour partager leurs visions et ambitions au peuple. Derrière la série de publications de programmes électoraux, s’en suit un bombardement de chiffres qui suscitent des interrogations pertinentes pour lesquelles les économistes Benedict Konso et Oasis Kodila Tedika tentent d’y réfléchir.

 Objectifs : alerter l’opinion sur les balises de lecture desdites projections ; et, pousser les candidats à tenir compte des structures socio-économiques actuelles et d’un horizon temporel raisonnable dans leurs grilles d’analyses respectives. Ce qui aura l’avantage de mettre le peuple à l’abri de la démagogie. Ci-dessous, l’intégralité de cette réflexion :

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Quid des programmes des candidats pour les élections présidentielles 2018 ?

*Les propos exprimés dans cette note expriment les points de vue de ces auteurs et n’engagent nullement les institutions d’appartenance.

L’année 2018 restera gravée, sans nul doute, dans les annales de l’histoire politique de la RD Congo. Prévues initialement en fin 2016, c’est au 23 décembre 2018 que les élections générales devront être organisées à en croire le calendrier officiel publié par la Commission Electorale Indépendante (CENI).

Si jamais, ces scrutins arrivaient à être organisés, le pays connaitrait le premier transfert démocratique du pouvoir au sommet de l’Etat depuis son indépendance. Soit une alternance au sein de la majorité actuelle, conduite par le président Kabila, soit vers l’opposition.

Dans l’entre-temps, c’est l’ambiance pré-électorale, avec à la clé, le dépôt des candidatures (clôturé depuis le 08 août) couplé aux publications des programmes de campagne en vue de conquérir l’électorat. Cette écurie avec des chiffres pour séduire suscite une kyrielle d’interrogations, que chacune devrait naturellement se poser. Jusqu’où ces chiffres sont démagogiques ou réalistes ? Sur quels fondements s’appuient-ils ?

Quelques balises de lecture des différents programmes de campagnes déjà présentés et à venir constituent l’objectif d’une série de tribunes pour éclairer la décision, à notre humble avis. Mais si on contribue à l’agora, on aura atteint notre objectif.

De prime abord, il est tentant d’affirmer qu’il n’y a pas des programmes qui soient trop ambitieux. Car, cela devrait traduire la vision de son auteur. Toutefois, cela devrait, en toute logique, refléter une certaine réalité tenant compte des structures socio-économiques actuelles ainsi que d’un horizon temporel raisonnable.

Un fait intriguant de cette manifestation des testostérones est véritablement les chiffres.

S’ils ne constituent pas une publicité pour positionner les candidats sur la meilleure étagère du marché politique congolais, il devrait naturellement partir des hypothèses et des modèles de simulation défendables.

Premier constat : le flou autour des estimations de ces budgets. Pour aucun des candidats, on connait le staff économique, les cerveaux qui se cachent derrière. Ceci est un flou qui ne crédibilise pas le processus. Ce qui, ailleurs, n’est pas « normale ».

Au-delà du flou sur le staff, les estimations tombent sans véritablement une logique démonstrative de leur provenance. Ce manque d’argumentation est-il une stratégie d’attirer l’attention pour rendre vibrante la campagne électorale ?

Tout porte à croire, pour l’instant, du moins pour la majorité de candidats, qu’il n’en est rien. Pourtant, il serait plus pertinent de convaincre avec des arguments afin de faire différemment la politique, pour un pays qui désire un décollage.

En parlant de la provenance de ces estimations, il y a un malaise qui plane tel l’épée de Damoclès. A part des discours génériques, beaucoup de programmes publiés à ce jour planchent sur un taux de croissance annuel moyen supérieur à 20%.

Une croissance soutenue de cette ampleur semble, dans le meilleur des cas, irréalisable. Les miracles économiques qui se sont déroulés dans le siècle passés avec les pays asiatiques comme de l’Europe de l’Ouest n’ont pas été portés par des chiffres aussi impressionnants. Or, à cette époque, le monde se prêtait à une certaine dynamique que la mondialisation de l’époque pouvait tolérer.

Aujourd’hui, il n’en est rien. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les chiffres.

Qu’en juge : depuis le début de ce millénaire, seuls 14 pays ont connu des taux de croissance supérieur à 20% dont 5 en Afrique (Sierra Leone, Libéria, Guinée Equatoriale, Tchad et l’Angola).

Deuxième fait : de ces 14 pays, seul Azerbaïdjan a maintenu pendant 3 ans de suite un taux de croissance supérieur à 20%.

Troisième fait stylisé : la chute de pic de croissance est souvent brutal. En moyenne pour tous ces pays aux croissances stratosphériques, ils perdent 21,9 points de croissance l’année de chute.

Quatrième fait stylisé : seuls quatre pays (Guinée Equatoriale, Macao, Nauru et Sierra Leone) ont connu deux périodes de pic de croissance supérieure à 20%.

Enfin, près de 40% de ces pays sont des pays pétroliers.

Au regard de ces évidences empiriques, tabler sur des budgets portés par de telles estimations de taux de croissance n’est pas réaliste. D’ailleurs, la vraie question du financement du développement congolais n’est pas exclusivement une question de croissance, ou d’abord une question d’amener la croissance à deux chiffres. Loin de nous l’idée de dire que la croissance n’est pas importante. Ceci serait un crime de lèse-majesté.

En des termes différents, une question importante n’est pas tant l’ampleur des budgets de financement proposés par les candidats, mais comment on en arrive à cette enveloppe. Pour l’heure, ils n’évoquent véritablement pas la question d’optimisation de ressources disponibles.

Pourtant à l’immédiat, s’ils veulent faire la différence, c’est à ce niveau que le jeu en vaut la chandelle.

Benedict Konso Mulali et Oasis Kodila Tedika, 

Economistes à l’Université de Kinshasa

Sur le même sujet :

RDC : présidentielle 2018, la « guerre de chiffres » déclenchée !

Notes

Oasis Kodila Tedika et Modeste Nyembo Kakanda (2018), Financement  du développement durable en RDC : diagnostic, opportunités et perspectives, à Paraitre.

Dani Rodrik (2016), An Africa Growth Miracle, Journal of African Economies, 10-27

McMillan, Rodrik, Verduzco-Gallo (2014), Globalization, Structural Change and Productivity Growth, with an update on Africa, World Development, 63, 11-32

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