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RDC : Coalition tous pour le Congo révèle « l’imposture idéologique » de Global Witness en cinq points

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RDC : Coalition tous pour le Congo révèle « l’imposture idéologique » de Global Witness en cinq points 1

RAPPORT – Global Witness n’utilise pas ces techniques de propagande pour son seul plaisir. Il y a un but sous-jacent à toute cette manipulation qui est de préempter le terrain idéologique et celui-ci est clair : « les Congolais n’ayant pas fait mieux que les Colons, il est donc nécessaire de se substituer à eux pour les aider. Comment ? En éradiquant la corruption de ses élites – et donc les élites – qui sont la cause de tous leurs problèmes. » Et sur cette base, Global Witness va dérouler son narratif.

Les histoires de global witness : « si les congolais ne bénéficient pas de l’argent de leurs  mines, c’est leur faute ! »

1ère idée : Colons et Congolais – Blanc bonnet et bonnet blanc

Tout à son œuvre de déconstruction, reconstruction historique afin de faire cadrer sa thèse avec la réalité, Global Witness s’est dans son premier rapport consacré à la RDC qui marquait le début de son Projet en 2004, livré à un bel exercice de réécriture de l’histoire congolaise et faire apparaitre l’histoire de la RDC comme un long continuum historique.

Selon elle, son histoire unirait dans une même dynamique les responsabilités entre d’une part les exploiteurs étrangers et d’autre part les exploiteurs nationaux, les seconds n’étant que l’émanation des premiers.

Cette présentation a pour avantage principal sur la période considérée, (i) de faire l’impasse sur la période 1960-1995, seule période où les Congolais ont profité de leurs richesses et (ii) de montrer que quel que soit les dirigeants, ceux-ci furent des exploiteurs, les renvoyant dos à dos.

  • Ainsi, Léopold II et la Colonie seraient l’équivalent du Maréchal Mobutu, de Laurent Désiré Kabila et de Joseph Kabila, il n’y aurait aucune distinction, donc finalement peu de culpabilité de la part des premiers vis-à-vis des seconds, qui n’auraient pas réussi à s’abstraire de leur destin.

En fait, la RDC serait maudite quels que soient ses dirigeants, extérieurs ou intérieurs. Leur salut ne viendra donc que de la Communauté internationale.

C’est d’ailleurs ce qu’on comprend quand on lit : « Tout au long du siècle dernier, quels que soient le système de gouvernement ou les personnalités politiques au pouvoir, les ressources humaines et naturelles de la RDC ont été systématiquement pillées au profit de quelques individus mais aux dépens de la grande majorité du peuple congolais. »

Dans cette phrase, on y parle d’individus, comme s’il s’agissait de la faute personnelle de certains – toujours le même rapport à la morale, alors même que l’Etat Indépendant du Congo et la Colonie étaient un système d’exploitation qui a permis à la Belgique, et pas à des individus, de créer la richesse sur laquelle elle est devenue une grande puissance.

« Les élites politiques et militaires reproduisent aujourd’hui les habitudes établies par le roi Léopold II de Belgique au 19ème siècle de l’usage brutal de la force pour piller les ressources naturelles ».

Pour comparaison voici comment Global Witness dépeint Léopold II dans la partie qui lui est consacrée : « Une force brutale était utilisée pour veiller à ce que les Communautés locales satisfassent les quotas élevésdecaoutchoucfixésparleschefsdelaForce Publique ». L’euphémisme est bien manié.

Sans verser dans la description macabre des abus commis sous l’EIC, il est assez étonnant de comparer les méthodes d’exploitation minières sous Léopold II où le travail forcé était la norme et celles utilisées après l’indépendance via notamment les entreprises d’Etat qui ont constitué la majeure partie de la production du pays, n’en déplaise à Global Witness.

Pour mémoire, la période de l’Etat du Congo Indépendant a été classée comme le 16ème événement le plus meurtrier de toute l’histoire du monde et il a donné lieu, en raison des atrocités commises, à la constitution sous pression britannique d’une commission d’enquête internationale en 1904, qui aboutira finalement à la reprise du Congo par la Belgique en 1907 pour ne pas se le faire prendre par leurs partenaires internationaux.

Vouloir en 2004 unir dans une histoire commune Léopold II et le Maréchal Mobutu et ses successeurs est donc particulièrement osé, mais il est toujours possible que les lecteurs peu au fait de l’histoire de la RDC s’y soient laissés prendre à la lecture du rapport de Global Witness.

Mais non content d’essayer d’établir un parallèle entre la période indépendance et post indépendance, on a presque l’impression que l’indépendance fut pire que la Colonie

« Comme Léopold II et la Belgique avant lui, Mobutu géra le Congo comme son entreprise personnelle. Il étendit donc un contrôle politique absolu dans tout le territoire congolais par des méthodes répressives, supprimant l’opposition politique et par la distribution patrimoniale de l’accès aux richesses naturelles du Zaïre. Son autorité fut caractérisée par la brutalité, la corruption, les héritages de contrôle patrimonial, une grossière incompétence dans la gestion économique et une absence épouvantable dans les services publics. Les ressources naturelles du Zaïre étaient principalement exploitées au bénéfice exclusif de MOBUTU et des amis tandis que la vaste majorité des Congolais languissait dans une pauvreté affligeante ».

« Kabila (Laurent-Désiré) a exercé un style de contrôle personnel semblable à celui de Mobutu sur les ressources de l’Etat et reprit les méthodes de son prédécesseur, comptant sur le népotisme et la corruption pour consolider son pouvoir »

Quand on compare les descriptions, avec celle de Léopold II on se demande s’il ne valait pas mieux être Congolais sous Léopold II ou la Colonie ?

  • Autre lien commun : la chute du Zaïre serait la cause de la corruption et de l’incompétence de ses dirigeants.

« Plus de 25 ans de gestion financière désastreuse et corrompue des ressources minières par le Gouvernement et les sociétés paragouvernementale ont mené à un effondrement de l’économie et à la faillite de l’Etat au milieu des années 80 »

Cette présentation est volontairement simplificatrice des causes structurelles ayant entrainé la chute économique du pays.

Dans la réalité, ce ne sont pas uniquement les politiques publiques et le mode de gouvernance qui ont été en cause dans la fin de la 2ème République, mais également le contexte international et les crises régionales, et enfin la difficulté que tout Etat africain depuis l’indépendance a connu pour se construire en tant qu’Etat.

Global Witness aurait pu rappeler par exemple que l’Etat indépendant nouvellement créé dût assumer une partie conséquente des dettes contractées durant la période coloniale : l’entièreté de la dette exprimée en francs congolais -23 milliards de francs congolais- et la dette exprimée en devises mais non garantie par la Belgique, 300 millions de francs belges.

Certains estimant que cette dette est illégale (car issue de la colonisation) et illégitime (car n’ayant pas bénéficié au peuple congolais), ce qui est certain.

Global Witness aurait dû s’intéresser au rapport de la « Commission d’enquête parlementaire chargée d’enquêter sur l’exploitation et le commerce légaux et illégaux des richesses naturelles dans la Région des Grands Lacs au vu de la situation conflictuelle actuelle et de l’implication de la Belgique » dont le rapport daté du 20 février 2003, c’est dire avant la parution de celui de Global Witness donne un aperçu plus objectif des causes de l’effondrement de l’économie et de l’Etat.

Ils auraient pu lire qu’au cours de la période s’étalant de 1967 à 1974, la croissance économique s’élevait à 7,6% par an et l’accroissement de l’industrie manufacturière à 8,6%. Le Congo est alors la 3ème puissance régionale d’Afrique.

Que les causes de la récession qui ont frappé à partir de 1974 ont été de plusieurs facteurs :

  • comme la chute de 50% du cours du cuivre et d’autres minerais qui représentaient la quasi- totalité des revenus de l’Etat, couplée à la hausse des prix pétroliers, événements qu’on peut difficilement attribuer à la corruption endémique du pays.
  • comme la guerre en Angola qui a entrainé la rupture des voies d’exportation des produits katangais sur l’Atlantique.
  • comme les deux guerres du Shaba, qui ont entrainé le départ des étrangers.

« Les grandes conséquences de cette politique de zaïrianisation combinée à un environnement économique mondial défavorable sont une période de récession de 6% l’an entre 1976 et 1978 accompagnée d’inflation. La corruption se généralise. »

Comme toujours chez Global Witness, la conséquence se substitue à la cause, comme la fin se substitue aux moyens. Dans les faits, la corruption s’est généralisée quand la situation s’est dégradée, mais on s’aperçoit néanmoins qu’on est loin de l’explication du roi nègre, qui doit trouver résonnance dans l’esprit des donateurs occidentaux de Global Witness, qui serait la cause personnelle de tous les maux de son pays.

S’agissant enfin de la « mauvaise gestion » – entendre la politique de zaïrianisation en RDC – on pourrait aussi essayer d’objecter à Global Witness, si cela avait la chance d’avoir un quelconque résultat, que les situations en matière de politiques publiques africaines, et notamment économiques, sont hélas plus complexes qu’il n’y paraît.

Ce positionnement de Global Witness relève d’un courant de pensée – simpliste – mais répandu chez certains économistes intitulé « L’hypothèse de l’ignorance » qui postule que les inégalités dans le monde existent parce que les gouvernants (sous- développés) ne savent pas comment faire pour transformer des pays pauvres en pays riches, que leurs marchés ont des faiblesses que les économistes et pouvoirs publics n’ont pas réussi à dépasser et qu’ils ont suivi de mauvais avis par le passé.

Cette hypothèse qui fait des leaders africains de parfaits incompétents et des idiots complets, passe totalement à côté de la dimension politique d’une politique publique qui peut avoir d’autres priorités.

A titre d’exemple cité par les auteurs précités, on peut observer qu’après avoir conspué les politiques publiques de Nkwame Nkrumah, lorsque le Premier Ministre Busia du Ghana qui lui succéda appliqua enfin les réformes qui lui furent imposées par le FMI et la Banque Mondiale, c’est-à-dire les bonnes politiques de bonne gestion, il fut promptement déposé par l’armée qui revint immédiatement sur les mesures prises, car non applicables.

Les dirigeants africains vivent dans des environnements complexes que des esprits hors sol notamment étrangers au contexte africain, du haut de leur autorité, ne peuvent appréhender et encore moins juger à l’aune de leurs propres référentiels. Mais l’effet recherché par Global Witness aura sûrement été atteint, avant mais surtout après l’indépendance, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, peu importe que ce soit faux.

2ème idée : la corruption des elites est la cause de la pauvreté contemporaine du peuple congolais

Dès le début de son entreprise de déstabilisation en 2004, Global Witness est partie du postulat suivant : La pauvreté du peuple congolais est la conséquence de la corruption passée et actuelle…mais surtout actuelle.

  • Ainsi dans SOS « Les ressources naturelles du Zaïre étaient principalement exploitées au bénéfice exclusif de Mobutu et ses amis tandis que la vaste majorité des Congolais languissait dans une pauvreté affligeante ».
  • Ainsi dès l’introduction d’« Une corruption profonde : fraude et abus dans les mines de cuivre et de cobalt du Katanga » – 2006. 

« Le secteur minier du Katanga se caractérise par une corruption et une fraude généralisée, à tous les niveaux…. Les profits servent à remplir les poches d’une élite peu nombreuse mais puissante, composée de politiciens et d’hommes d’affaires qui exploitent la population locale et l’abondance des ressources naturelles à des fins d’enrichissement personnel. …d’où une perte importante pour l’économie congolaise et une opportunité manquée de lutter contre la pauvreté et de promouvoir le développement ».

« La situation économique au Katanga, tout comme dans le reste de la RDC, est désespérée depuis plusieurs décennies, résultat direct de la mauvaise gestion et de la corruption au sein du Gouvernement».

  • «OutofAfrica(2016)»–(p.3) « La demande en minerais – utilisés dans la fabrication de smartphone, d’ordinateurs, de batteries et d’innombrables autres biens de consommation populaire est incroyablement élevée, mais la corruption endémique et la mauvaise gestion maintiennent toutefois les citoyens congolais dans la pauvreté tandis que le commerce illicite de minerais finance la violence et le conflit armé depuis des décennies».

Et pour étayer ses accusations proférées tout azimut, Global Witness va illustrer largement son propos en décrivant les affres et la souffrance du peuple congolais, art un peu obscène dans lequel Global Witness excelle, sûr du bon droit que leur confère la justesse de leur croisade, où la moralité leur confère l’autorité, à moins que ce ne soit l’inverse.

« Ce que nous avons trouvé explique en partie le paradoxe entre la pauvreté et la richesse qui touche le Congo : la présence de familles à quelques pas du centre-ville de Kinshasa, la capitale, qui ne mangent souvent qu’un repas par jour ; les communautés entières vivant dans le besoin, dont les enfants n’ont accès ni à une éducation de base, ni aux soins de santé».

Toutes ces justifications ne constituent qu’une succession de clichés, sans aucun lien systémique avec la pauvreté de la RDC.

  • Le 1er cliché : la RDC devrait être l’un des pays les plus riches du monde. C’est malheureusement faux, car il y a loin de la coupe aux lèvres.

La RDC est un pays potentiellement riche, et qui pourrait l’être si toutes ses richesses étaient exploitées. Dans Out of Africa, Global Witness écrit : « La République Démocratique du Congo devrait être l’un des pays les plus riches du monde grâce aux milliers de milliards de dollars que représentent l’or, le diamant, le cuivre et le cobalt et autres ressources naturelles de son sous-sol ».

Mais comment le pays pourrait-il financer tous ses projets et combien d’années cela prendrait-il de les « mettre en valeur » ? Une mine de cuivre de 100 000 tonnes par an coûte approximativement 1 milliard de dollars et la totalité de lancement d’un projet nécessite presque 5 années de travail à partir du moment où on dispose de réserves certifiées.

Le projet de barrage d’Inga c’est 14 milliards de dollars et cela fait des décennies que personne n’arrive à financer le projet. La RDC sera riche, quand elle aura les moyens de financer tous ses projets, ce qui n’est pas demain la veille avec la faiblesse des revenus qu’elle perçoit de l’exploitation de ses partenaires étrangers.

Ce point est d’ailleurs valable pour presque toute l’Afrique. La Communauté internationale n’arrive pas à trouver annuellement les fonds qui seraient nécessaires à la réalisation de ses infrastructures par exemple, dont les besoins varient entre 130 à 170 milliards de dollars par an, mais dont le déficit annuel de financement constaté est estimé entre 50 milliards et 90 milliards de dollars.

Comment trouver alors les centaines de milliards nécessaires quand on n’arrive pas à trouver les quelques milliards de dollars qui permettraient d’impulser de tels projets dont l’importance est d’échelle continentale ?

Sauf à postuler que la RDC devrait redevenir sous une forme moderne ce qu’elle fut par le passé, c’est-à-dire une grande zone franche ouverte aux investisseurs étrangers pouvant y exploiter ses richesses sans entraves et sans retour pour le pays. Mais faire croire qu’un pays comme la RDC, aussi vaste que l’Europe occidentale, n’est pas devenu un des pays les plus riches du monde depuis 1965 à cause de sa corruption endémique et malgré ses richesses est volontairement simpliste et passe juste à côté de l’essentiel.

  • Le 2ème cliché, est du même acabit. Il suffirait de pas grand-chose pour que tout change. Ainsi Global Witness écrivait dès 2006 : « elles (des mesures préconisées – ndr) mettraient un terme à des décennies de corruption et d’impunité dans le secteur minier, et permettraient enfin à la population congolaise de commencer à bénéficier des richesses naturelles du pays ». Rien que ça. C’est sans doute le pendant de « la thèse de l’ignorance » qui s’exprime ici.

Global Witness persévère dans son raisonnement alors qu’il est avéré que les causes du sous- développement du pays résident principalement dans l’absence d’Etat centralisé fort et que la pauvreté et la corruption n’en sont qu’une conséquence.

Il convient d’ailleurs de rappeler que les Etats centralisés bureaucratiques fonctionnels comme les USA ou la Grande Bretagne ont mis des siècles à se développer et avec des conditions historiques spécifiques ; ce qu’une abondante littérature de chercheurs a largement démontré et décrit.

Bien sûr, d’autres puissances non occidentales ont également pu émerger beaucoup rapidement plus récemment mais sans interférences extérieures. Mais il est vrai qu’il est plus facile de venir s’occuper de la RDC où il y a tout à prendre, que d’aller enquêter en République Populaire de Chine.

  • Le 3ème cliché récurrent de Global Witness est que la corruption et la mauvaise gestion, permet l’exploitation des ressources naturelles « au profit de quelques individus ».

Concrètement, quelques congolais capteraient l’essentiel de la richesse du pays condamnant le reste de la population à la pauvreté.

C’est un autre mensonge grave, car il détourne l’attention des vraies questions. La pauvreté économique des Congolais est systémique. Tous les chiffres avancés par Global Witness dans ses rapports au sujet de la supposée corruption des Congolais, outre qu’ils sont faux, sont finalement sans rapport avec les pertes récurrentes liées à l’exploitation privée étrangère dans le pays depuis des siècles.

Mais cela permet d’écrire que les pertes potentielles de l’Etat du Congo entre 2010 et 2012 auraient représenté « deux fois le budget de l’éducation et de la santé », comme si d’ailleurs en doublant une seule année deux fois le budget de la santé et de l’éducation, le pays irait mieux de manière structurelle et pourrait s’engager sur la voie du développement.

Comme l’a rappelé un éminent africaniste, les phénomènes de corruption constituent un élément « des luttes sociales constitutives de la recherche hégémonique et de la production de l’Etat » et pas comme cela est rappelé de manière simpliste et manichéenne par Global Witness, le fait d’« une élite peu nombreuse mais puissante, composée de politiciens et d’hommes d’affaires qui exploitent la population locale et l’abondance des ressources naturelles à des fins d’enrichissement personnel. »

3ème idée : la communauté internationale est la solution

Considérant que les ressources naturelles de RDC n’avaient jamais été exploitées au profit du peuple congolais, elle évoquait dans son premier rapport : « SOS : Toujours la même histoire – Une étude contextuelle sur les ressources naturelles en République Démocratique du Congo », une

« opportunité unique pour la communauté internationale de travailler ensemble pour, cette fois, bien faire les choses pour les Congolais18» à savoir leur permettre « de récolter les bénéfices issus des richesses naturelles de son pays et non pas être retenu en otage des modèles d’exploitation mis en place il y a des décennies».

Ainsi on peut lire sous la plume de Global Witness : « La Banque Mondiale et le FMI sont les organismes les plus adéquats pour apporter les réformes nécessaires à la reconstruction ». (SOS p 16) ou encore « Il faut saluer et encourager l’assistance soutenue et engagée fournie à la RDC »

Qu’a réellement fait la Communauté internationale pour la RDC, c’est-à-dire les bailleurs de fonds et les investisseurs internationaux ?

Pendant la guerre, on apprend de la Commission sénatoriale belge précitée que « Les institutions multilatérales telles que le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale ou l’Union Européenne ont mené une politique différenciée dans les différents pays de la Région impliqués dans la guerre au Congo.

Cette politique « deux poids deux mesures » n’a certainement pas contribué à dissuader les pays impliqués dans la guerre de poursuivre celle- ci et d’aboutir rapidement à des Accords de Paix dans la Région ».

En langage simple, certains belligérants bénéficiaient de l’aide pour qu’ils deviennent démocrates, comme l’Ouganda et la Rwanda, et d’autres n’en bénéficiaient plus au motif qu’ils n’étaient pas des démocraties, mais qu’ils le seraient une fois qu’ils auraient accédé à la démocratie. Dans les faits, cela a contribué à aider financièrement certains belligérants et en a poussé d’autres, comme la RDC, à céder des actifs miniers pour financer la guerre notamment.

Grâce au Panel des experts de l’ONU, on sait aussi de son premier rapport au sujet de la Communauté internationale des investisseurs « que 85 individus et sociétés contrevenaient aux directives de l’OCDE pour les entreprises multinationales », donc on ne parle pas de PME. « En octobre 2002, 70 autres sociétés et individus qui avaient prétendument (sic) violé les normes internationales d’Ethique des affaires » .

Dans les faits, le panel de l’ONU a estimé à 10 milliards de dollars l’accaparement des richesses de la RDC par les gentils investisseurs internationaux venus au chevet du pays, et au niveau minier, la quasi-totalité des gisements de GECAMINES notamment.

On remarquera que la fameuse ONG de lutte contre la corruption et pour la transparence prend d’inhabituels gants pour ne pas fustiger ces attitudes répréhensibles dénoncées par l’ONU. D’ailleurs elle note elle-même que le rapport de l’ONU devint « controversé », mais sans expliquer pourquoi, à moins que ce ne soit le début de l’histoire.

Il faut rappeler, mais cela sera traité dans les chapitres suivants que les multinationales étrangères, à l’occasion de la guerre et de la période instable qui a suivie, ont fait main basse sur les mines congolaises.

Aller en profondeur sur les responsabilités des uns et des autres – et surtout les véritables bénéficiaires de ces transferts – impliquerait nécessairement de reconnaître que les entreprises privées, aidées par leur Gouvernement, se sont allègrement servies pour pas cher – certes en profitant de la faiblesse du régime politique installé qui était soit en guerre et avait besoin de fonds pour défendre le pays, soit dans un gouvernement de transition regroupant les adversaires d’hier, mais qu’in fine, venir remuer tout cela reviendrait à remettre en cause des avantages acquis, contre lesquels Global Witness n’avait que peu de prévention.

C’est d’ailleurs pourquoi, Global Witness fit probablement le choix de concentrer son rapport de 2006 « Une corruption profonde » sur l’artisanat minier même s’ils reconnaissaient eux-mêmes que les développements dans le secteur formel, comprendre industriel « ont des conséquences considérables et durables pour l’avenir économique de la province, et du pays dans son ensemble ».

Cette attitude très attentiste de la part d’une ONG pourtant prompte à l’indignation, pourrait-être lue comme une manière de donner l’impression qu’elle ne se désintéresse pas complètement du problème, tout en ne s’intéressant, comme d’habitude, qu’à la partie congrue du problème, dont les revenus et les pertes pour l’Etat sont infimes.

C’est ce que dira d’ailleurs le Carter Center pendant le processus de revisitation des contrats qui débutera en 2007 : « la Communauté internationale des donateurs apportent des sommes considérables pour des problématiques moins controversées comme l’amélioration de l’artisanat minier ou l’implantation du processus de l’ITIE, qui sont des objectifs importants. Mais leur appui transparent et vigoureux sur ces objectifs, qui ne remettent pas en cause les intérêts miniers de leurs nations, donne un relief supplémentaire à leur silence sur la question de la revisitation des contrats ».

Ce rapport constitua donc un premier témoignage de la malhonnêteté de Global Witness sur la question des vraies causes de la pauvreté dans le secteur minier congolais.

4ème idée : dénoncer la corruption c’est bien, mais pour être crédible, il faudrait quand même trouver des coupables

Pour que tout cet édifice intellectuel trouve un débouché, il fallait quand même identifier des coupables et en la matière les premières années de la recherche en coupables fut assez pauvre en découvertes.

Ainsi, en 2006 pouvait-on lire : « Depuis des décennies, les décideurs politiques de la RDC aux plus hauts niveaux hiérarchiques du Gouvernement, consacrent leurs efforts à leur enrichissement personnel au moyen du commerce lucratif du cuivre et du cobalt au Katanga, au lieu d’utiliser ces ressources pour développer le pays et la province ».

Mais à cette époque aucune remise en cause frontale du système minier n’est faite, à part quelques acteurs isolés et quelques dénonciations anonymes du régime politique du président de l’époque.

Il faudra attendre le 9 mai 2012, dans une note intitulée « Le secret qui entoure les transactions de Glencore en République Démocratique du Congo risque d’exposer les actionnaires à des pratiques de corruption » pour que Global Witness trouve enfin un coupable prêt à être désigné à la vindicte populaire nationale et internationale.

Global Witness accusa ainsi le régime politique de l’époque d’avoir bradé des actifs miniers de GECAMINES entraînant pour l’Etat congolais des pertes potentielles de plusieurs milliards de dollars et de « n’avoir pas réussi à sortir la population congolaise de la pauvreté abjecte dans laquelle elle est plongée ».

Cinq années plus tard en juillet 2017, l’ONG accusa cette fois-ci directement GECAMINES, dans un rapport intitulé « Distributeur automatique du régime (cash machine) : Comment les exportations en plein essor de la République Démocratique du Congo ne profitent pas à ses habitants », rapport qui accuse GECAMINES.

« Plus de 750 millions de dollars de revenus tirés de l’exploitation minière et versés par des entreprises aux organismes publics de la République Démocratique du Congo ont été perdus durant leur acheminement au Trésor entre 2013 et 2015. Cette somme a disparu dans les caisses d’une compagnie minière publique dysfonctionnelle et celles d’organismes fiscaux nationaux au fonctionnement opaque ».

En 2020 enfin, Global Witness dans un nouveau rapport intitulé « L’accord pour DEZIWA, CNMC, GECAMINES et l’avenir du commerce en RDC » accusa GECAMINES d’avoir réalisé un MEGA CONTRAT avec un partenaire chinois qui serait la préfiguration de ce que pourrait être la main mise chinoise sur la RDC, une sorte de « Péril Jaune » après le « Péril Blanc ? », ainsi qu’un projet d’usine à DEZIWA qui bien que présenté par GECAMINES comme son plus beau projet serait selon l’ONG inéquitable, mais explique pourquoi.

Toutes ces accusations qui seront réfutées constituaient donc enfin pour Global Witness la validation de leur thèse.

5ème idée : Avec une théorie et des coupables, je dois obtenir des résultats

Dernière brique de l’échafaudage, la preuve du bien fondé de toute cette action par les résultats, l’impact comme on dit désormais. C’est pourquoi après ces dénonciations, il apparut quand même nécessaire à Global Witness, de trouver un débouché opérationnel direct à son activisme et d’en prouver l’utilité pour les Congolais.

Pourtant, malgré des recherches approfondies dans les rapports de Global Witness, et mis à part la satisfaction d’avoir enfin réussi à faire sanctionner certaines personnes, qui ne semble être en fait que leur seul objectif probablement pour faire exclure du jeu local les acteurs qui ne conviennent pas aux intérêts de leurs mandants, nulle part on ne trouve de preuve que toute cette énergie aurait permis aux Congolais, comme ils l’avaient défini dès 2004 « de récolter les bénéfices issus des richesses naturelles de son pays et non pas être retenu en otage des modèles d’exploitation mis en place il y a des décennies. »

Finalement dans son rapport Out of Africa, Global Witness, dont les travaux sont régulièrement financés par des coopérations qui elles-mêmes financent l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives, affirme que les revenus issus du secteur minier auraient été multipliés par cinq, grâce à l’engagement du pays sur la voie d’une plus grande transparence. Enfin pourrait-on dire !

« Cet engagement sur la voie d’une plus grande transparence (il s’agissait de l’adhésion à l’ITIE ndr) a déjà commencé à porter ses fruits, les secteurs pétrolier et minier ayant rapporté un chiffre record de 2 milliards de dollars à l’Etat en 2014, une hausse impressionnante par rapport aux 400 millions de dollars annoncés en 2007 et ceci, en dépit d’une chute des prix des matières premières ».

Ce serait beau si c’était vrai. Mais une nouvelle fois, cette argumentation ne résiste pas à une analyse objective des faits et Global Witness s’attribue des mérites qui ne lui appartiennent pas et pour lesquels son action est nulle.

En 2007, la production de cuivre était de 185 000 tonnes et en 2014 de 1 030 129 tonnes, celle de cobalt de 25 000 tonnes, contre 75 560 en 2014, l’or de 143 kilos à 23 937 kilos, etc…A part le diamant qui a baissé, la production a explosé dans tous les domaines de production.

L’augmentation des revenus pour l’Etat sont donc simplement le résultat de la reprise de la production en RDC. Certes, la transparence est un combat pour lequel nous devons nous battre, mais à elle seule comme le rappelait le Carter Center, sans changer les déséquilibres en place, elle serait bien incapable d’apporter 5 fois plus de revenus pour le pays.

En plus d’être un mensonge, c’est un péché d’orgueil, Global Witness se targuant d’être par ailleurs [son travail] « key catalyst in the creation … of the Extractive Industries Transparency Initiative».

En réalité, Global Witness est incapable de justifier l’impact de son action au nom de la défense des revenus du peuple congolais, car il n’y a pas de lien entre ce qui est dénoncé par Global Witness, la corruption et ses conséquences, la faiblesse des revenus des mines pour l’Etat et son manque de moyens.

Et c’est toute l’imposture de Global Witness d’avoir substitué à un objectif noble, lutter contre le sous- développement, un objectif indigne : contribuer à maintenir le pays dans sa situation de faiblesse vis-à- vis de ses partenaires internationaux, en contribuant à sa déstabilisation.

Extrait du Rapport : « Pour qui travaille réellement Global witness ? » de la Coalition Tous pour la Rd Congo.

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