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RDC : des agents de Oxfam, OIM, OMS… cités dans un scandale d’abus sexuels pendant la riposte contre Ebola

Des témoignages recueillis par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters, dans une enquête conjointe, sont accablants. Ils révèlent comment, entre 2018 et 2019, une trentaine de femmes avaient été victimes d’abus sexuels de la part des travailleurs des ONG telles que Oxfam, OIM, OMS et tant d’autres oeuvrant dans l’est du Congo dans le cadre de la riposte à l’épidémie d’Ebola.
Chantage sexuel à l’embauche, agressions sexuelles, séquestrations… Telles sont les griefs mis à charge de ces agents humanitaires. Sur les 30 femmes qui se disent victimes de ces sévices, cinq l’auraient été de travailleurs de World Vision, trois de l’UNICEF et deux de Alima.
D’après le même Rapport, des victimes citées affirment avoir été abusées par des hommes se présentant comme des salariés de Médecins sans frontière, Oxfam et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Bien que les femmes ne connaissent pas toutes les nationalités des hommes qu’elles accusent, elles affirment que certains viennent de Belgique, du Burkina Faso, du Canada, de France, de Guinée et de Côte d’Ivoire.
Une jeune femme de 25 ans, femme de ménage pour l’OMS, raconte ainsi avoir été sexuellement agressée en 2018 par un médecin avec qui elle avait rendez-vous pour parler d’une promotion.
« Il a fermé la porte et m’a dit : « Il y a une condition. Il faut qu’on fasse l’amour tout de suite », raconte la jeune femme. « Il a commencé à me déshabiller. J’ai reculé, mais il s’est jeté sur moi et a continué à m’arracher mes vêtements. Je me suis mise à pleurer et je lui ai dit d’arrêter… Mais il ne s’est pas arrêté. Alors j’ai ouvert la porte et je suis sortie en courant. »
Des femmes ont déclaré avoir reçu des boissons, d’autres ont été prises en embuscade dans des bureaux et des hôpitaux et certaines ont été enfermées dans des chambres par des hommes qui leur promettaient des emplois ou les menaçaient de les licencier s’elles ne se conformaient pas.
Au Rapport de souligner : « tant de femmes ont été touchées par cela. Une femme de 44 ans a déclaré aux journalistes que pour obtenir un emploi, elle avait eu des relations sexuelles avec un homme qui disait être un travailleur de l’OMS. Elle et les autres femmes ont parlé sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. Certains détails d’identification ont été supprimés pour protéger leur identité. »
De nombreuses femmes citées dans le Rapport ont déclaré n’avoir jamais signalé les incidents par crainte de représailles ou de perdre leur emploi. La plupart ont également dit qu’elles avaient honte. Certaines femmes ont déclaré que des abus avaient eu lieu aussi récemment qu’en mars.
Toutefois, l’enquête s’est concentré uniquement sur la ville de Beni, l’un des épicentres de l’épidémie. Il ne s’est pas étendu à d’autres villes.
Un nombre important de victimes a déclaré que les travailleurs congolais impliqués dans la crise étaient plus susceptibles d’exiger des pots-de-vin en échange de travail plutôt que de sexe. Les femmes signalant des abus ont déclaré que la plupart des relations sexuelles avaient lieu dans des hôtels qui faisaient également office de plaques tournantes pour les bureaux des Nations Unies et des ONG.
Une autre femme – une survivante d’Ebola âgée de 32 ans – a soutenu avoir été appelée par un homme qui l’avait invitée à venir assister à une séance de conseil dans un hôtel. En réalité, les numéros de téléphone des patients atteints d’Ebola étaient systématiquement pris pour les soins de suivi après leur sortie.
Si elle a accepté de prendre une boisson gazeuse pendant qu’elle était dans le hall, elle affirme s’être réveillée nue, quelques heures plus tard, seule dans une chambre d’hôtel. Et elle croit avoir été violée.
« J’ai perdu mon mari à cause d’Ebola », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle était restée silencieuse sur l’incident parce qu’elle se sentait déjà rejetée par les gens qui avaient peur de l’attraper d’Ebola. « Au lieu d’aide, tout ce que j’ai eu, c’était plus de traumatisme », a-t-elle témoigné.
Bien plus, les hommes – médecins, agents de santé et administrateurs – ont utilisé des chauffeurs officiels pour transporter les femmes vers les hôtels et vers leurs maisons et bureaux, selon quatre chauffeurs interrogés. Tous les chauffeurs ont requis l’anonymat afin de ne pas compromettre les opportunités d’emploi.
« La majorité d’entre nous, les chauffeurs, conduisions des hommes ou leurs victimes vers et depuis des hôtels pour des arrangements sexuels comme celui-ci. C’était tellement régulier, c’était comme acheter de la nourriture au supermarché », a déclaré l’un d’eux.
D’après les chauffeurs des agences humanitaires, des jeunes hommes ont également été exploités. D’autres garçons et jeunes hommes ont été payés pour se procurer des femmes, selon un recruteur d’une ONG internationale qui a parlé sous couvert d’anonymat.
https://twitter.com/USAmbDRC/status/1311421615872380936?s=20
Toutes ces ONG ont déclaré qu’elles avaient mis en place des politiques pour prévenir et signaler les abus ou l’exploitation, de la formation du personnel aux lignes d’assistance téléphonique. Oxfam par exemple soutient que tout a été mis en oeuvre pour enquêter et donner suite aux allégations lorsqu’elles se présentent, notamment en soutenant les survivants.
Ce Rapport de The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters intervient quelques jours seulement après les critiques émises par le Groupe d’étude sur le Congo sur la gestion de la riposte par la communauté internationale, accusée de négliger les systèmes de santé locaux et d’instaurer un système parallèle « dans la même logique raciste qui a historiquement nié la reconnaissance des systèmes de savoir et de pratique noirs et africains. »
La dixième et la plus meurtrière épidémie d’Ebola au Congo, dans un pays décimé par des décennies de conflit, s’est avérée un test majeur pour l’ONU, à peine deux ans après la fin de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, qui a tué plus de 11 000 personnes.
Plus de 15 000 personnes étaient basées à Beni et dans les villes environnantes comme Butembo pour l’opération d’intervention 2018-2020. Ce qui a coûté plus de 700 millions de dollars et a été entachée par la violence des milices et des centaines d’attaques de groupes armés contre les centres de traitement, le personnel médical et les patients.
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