Quantcast
Connect with us

a la une

RDC : stabilité économique et croissance, une affaire de gouvernance et choix politique (Congo Challenge)

Published

on

RDC : stabilité économique et croissance, une affaire de gouvernance et choix politique (Congo Challenge) 9

*ANALYSE – Le dérapage du taux de change et la flambée des prix sur les principaux marchés ont fait la une de l’actualité congolaise depuis quelques mois. Outre les médias, ces perturbations du cadre macroéconomique ont pris une dimension politique du fait de l’impact direct sur le pouvoir d’achat des citoyens et de la grogne subséquente de ceux-ci exigeant un retour immédiat à la stabilité. 

Le Gouvernement s’est retrouvé dans l’obligation d’intervenir en toute urgence. Le chef de l’Etat s’est personnellement impliqué en instruisant les instances habilitées à œuvrer de manière prioritaire pour cette fin. Malheureusement, l’injection des devises fraiches par la Banque centrale du Congo (BCC) n’a pas réussi à calmer la nervosité sur le marché de change. 

En effet, alors qu’on annonçait une appréciation du Franc Congolais (CDF) d’environ 20% le dimanche 02 août 2020 où le dollar américain se changeait à 1 700 CDF, 1 600 CDF voire 1 500 CDF sur le marché parallèle, non seulement le taux indicatif de la BCC a demeuré aux alentours de 1 960 CDF le dollar américain mais également la BCC a, dans un communiqué datant du 04 août 2020, interdit aux changeurs de monnaie (cambistes) d’afficher publiquement les cours de change. 

Comme si elle choisissait de « casser le thermomètre plutôt que de soigner les causes de la fièvre », la BCC a, par cette attitude, ouvert la voie à la spéculation de la part des cambistes qui fixent les prix à l’achat et à la vente des devises selon leurs humeurs et intérêts renforçant ainsi l’incertitude quant à la fiabilité et durabilité des mesures prises en vue de la stabilisation du taux de change. 

Le phénomène d’inflation et instabilité du taux de change n’est pas nouveau en RDC. La figure 3 montre que le pays a connu le pire de son instabilité économique au cours de la période allant de la fin des années 1980 à la fin des années 1990 avec les taux d’inflation et des variations de taux de change dépassant 20 000% et des variations du déficit budgétaires oscillant entre -6 000% et 6 000%. 

La littérature économique postule qu’un cadre macroéconomique est jugé stable quand l’inflation est faible et prévisible, les taux d’intérêt sont convenables, la politique fiscale est stable et durable, le taux de change est compétitif et prévisible, et la situation de la balance des payements est viable1. L’auteur soutient que, de ces cinq critères de stabilité, seule l’inflation est quantifiable et que l’adéquation des autres variables dépend de la réponse des politiques économiques aux chocs ayant causé l’instabilité. 

Se basant sur l’expérience des pays industrialisés pour près de 40 ans, il considère l’inflation comme meilleur indicateur de stabilité macroéconomique et le déficit budgétaire comme le deuxième indicateur en terme d’importance.

Pour lui, l’inflation indique la capacité du gouvernement à gérer. Il conclut en stipulant qu’un Gouvernement qui produit un niveau élevé d’inflation « est un Gouvernement qui a perdu contrôle » du moment qu’il n’y a aucune justification économique à entretenir une hausse inflation au sein d’une économie. 

La stabilité économique est d’autant plus importante du fait qu’elle est intimement liée à la croissance économique. Ce lien a été empiriquement confirmé entre autres par les recherches sur l’Amérique Latine ou pour le cas de l’Espagne qui soulignent l’impact négatif des perturbations économiques sur la croissance de long-terme2 . 

De manière générale, il est établi qu’une inflation modérée et prévisible et des budgets publics viables réduisent les incertitudes, fixent les attentes de rendement des investissements et renforcent la confiance des entreprises, ce qui stimule la productivité.

Aussi, dans un monde de plus en plus interconnecté où les capitaux peuvent se déplacer rapidement, la perte de confiance dans la stabilité macroéconomique peut déclencher la fuite des capitaux, avec des effets économiques déstabilisants. 

RDC : stabilité économique et croissance, une affaire de gouvernance et choix politique (Congo Challenge) 10

En plus de son impact négatif sur la croissance, l’instabilité macroéconomique impose un lourd tribut au pauvre3. Ces auteurs expliquent par exemple que l’inflation, étant une taxe régressive et arbitraire, pèse de manière disproportionnée sur la couche de la population la plus pauvre du fait qu’elle a la majeure partie de ses actifs en numéraire et non en actifs susceptibles de générer des intérêts. 

Elle a aussi moins de possibilités de protéger la valeur réelle des actifs qu’elle détient ou ses revenus, ce qui l’expose à plus de vulnérabilité en cas de forte inflation comparé à la classe riche de la société. Cet aspect permet d’établir le lien entre stabilité économique et stabilité politique et peut expliquer, du moins en partie, l’hypersensibilité des masses aux situations de forte inflation prolongée de par le monde. 

Le cas de la RDC est particulièrement illustratif s’agissant de la relation entre stabilité économique et croissance. En effet, comme le montre la figure 4, le pays a connu la pire contraction économique de son histoire, -13,5% en 1993, exactement au cours de la période la plus instable d’entre 1988 et 2001, période où l’inflation et la variation du taux de change s’évaluait à au-moins trois chiffres. 

De même, la figure 5 montre que la période de croissance soutenue d’après 2001 a connu des niveaux d’inflation et de variation de taux de change très faibles. 

RDC : stabilité économique et croissance, une affaire de gouvernance et choix politique (Congo Challenge) 11

L’observation approfondie de la période d’après 2001 laisse entrevoir un lien inextricable entre stabilité des prix et taux de change et croissance économique. La Figure 5 montre que la plus forte croissance soutenue de 2010 à 2015 s’est réalisée avec le niveau moyen d’inflation et de variation du taux de change avoisinant un chiffre. 

Ceci est particulièrement vrai pour la période 2013 à 2015 où le taux de croissance du PIB a atteint son pic de 8,5% et 9,5% respectivement en 2013 et 2014 pendant que l’inflation et la variation du taux de change étaient maitrisées à une moyenne annuelle proche 0,00% pour toute cette période. 

RDC : stabilité économique et croissance, une affaire de gouvernance et choix politique (Congo Challenge) 12

Ce lien entre stabilité économique et croissance pour le cas de la RDC transparait également dans l’étude de la corrélation entre l’inflation, la variation du taux de change, celle du déficit budgétaire et la croissance économique présentée au tableau 4. 

De manière globale, il est indiqué une corrélation parfaite entre l’inflation et la variation du taux de change d’une part, et une forte corrélation entre ces variables et la variation du déficit budgétaire de l’autre.

Cette relation, qui est manifeste pour la période 1965-1996 couvrant la quasi-totalité du règne du Maréchal Mobutu, n’établit pas une relation significative entre ces indicateurs de stabilité macroéconomique et le niveau de croissance observé au cours de cette période. 

Loin de rejeter complètement la possibilité d’un lien entre ces indicateurs et la croissance, il semble plutôt plausible de penser à une relation non pas contemporaine mais plutôt inter-temporelle entre eux faisant par exemple que l’instabilité observée au cours d’une période donnée affecte la croissance non pas durant la même période mais bien au cours de la période ou des périodes suivante(s). Une telle relation n’est pas appréhendée par le coefficient de corrélation. 

RDC : stabilité économique et croissance, une affaire de gouvernance et choix politique (Congo Challenge) 13

La situation parait un peu différente pour la période d’après Mobutu. En effet, bien qu’une corrélation forte demeure observée entre l’inflation et la variation du taux de change, le tableau 4 indique l’absence d’une corrélation significative entre ces deux variables et la variation du déficit budgétaire pour la période 1997-2019. 

La possibilité d’une relation plutôt inter-temporelle évoquée plus haut peut valablement être envisagée dans ce cas.

Bien plus, le tableau indique une corrélation significativement négative entre l’inflation et la variation du taux de change et la croissance économique. C’est-à-dire, au cours de la période 1997- 2019, les perturbations économiques entrainant une forte inflation ou de fortes variations du taux de change, ont été associées à des baisses de croissance économique.

Pour la période de croissance soutenue de 2002-2019, il est indiqué que la croissance économique a été particulièrement associée à la variation du taux de change. 

Quoique la corrélation entre variables n’indique pas nécessairement un lien de causalité entre elles, elle n’en demeure pas moins une indication de la direction de leur association contemporaine.

Dans ce sens, il ne serait pas erroné de s’attendre par exemple à une réaction à la hausse du taux de change en case de hausse significative de l’inflation et vice-versa. Ou encore, il ne serait pas surprenant de faire face à une contraction économique si le taux de change a connu d’importantes perturbations non maitrisées au cours de la période. 

La situation d’inflation galopante et haute volatilité du taux de change que connait la RDC depuis quelques mois rend ce débat autour du lien entre instabilité et croissance encore plus d’actualité. 

En effet, s’il est de notoriété publique que cette instabilité du cadre macroéconomique a résulté du financement monétaire du déficit budgétaire, il n’est pas moins exclu que l’impératif de ce recours au financement monétaire aurait été dicté par les faibles performances économiques au cours de la période considérée qui ont limité la capacité du gouvernement à mobiliser les recettes à la hauteur de ses objectifs de la période. 

Ceci fait penser à un cercle vicieux où, d’une part l’instabilité macroéconomique affecte la croissance et, d’autre part, les faibles performances économiques affectent la stabilité macroéconomique. La responsabilité du décideur politique est donc engagée à ce niveau étant donné que le retour à la stabilité dépend plus de son comportement et ses choix quelle que soit la nature du choc. 

Il y a un grand intérêt pour l’Etat à œuvrer pour la stabilité du cadre macroéconomique et ainsi créer un climat de confiance qui diminue l’incertitude dans la conduite des affaires. 

Cette stabilité permettrait par exemple à l’Etat d’inverser la tendance dans la politique de financement par les bons du Trésor dont les résultats ont été jusque-là mitigés à cause notamment de la forte incertitude des adjudicataires sur les perspectives économiques à si court-terme comme 6 mois. 

Aussi, au regard du climat politique qui peine encore à se stabiliser, la perduration de l’instabilité macroéconomique aurait des conséquences fâcheuses non seulement sur la réalisation des objectifs du plan national de développement mais aussi et surtout sur la stabilité sociopolitique du pays au vu de ses conséquences sur le bien-être des plus démunis. Il y a donc intérêt et urgence. 

 

*Extrait de l’analyse tiré du Mensuel N°40 de Congo Challenge portant sur l’évolution de la situation économique et politique de la Rd Congo

 

Notes de référence

1. Fischer, Stanley, 1992, « Macroeconomic stability and growth », Cuadernos de Economia, vol. 29, no. 87, 171-186

2. Voir Vedia-Jerez, Daniel H. and Coro Chasco, 2016, « Long-Run Determinants of Economic Growth in South America », Journal of Applied Economics, vol.1, no.19, 169-192 et Sanchez-Robles, Blanca, 1998, « Macroeconomic stability and economic growth: the case of Spain », Applied Economics Letters, vol.9, no.5, 587-591

3. Les valeurs extrêmes de l’inflation (23.773,13%) et variation du taux de change (47.398,77%) de l’année 1994, ainsi que celles de la variation du déficit du budget de l’Etat de -309,93%, -5.918,40% et 6.238,96% pour respectivement 1992,12993 et 1994 ont été ignorées pour la bonne visualisation du graphique.

4. Ames, Brian, Ward Brown, Santa Devarajan and Alejandro Izquierdo, 2001, « Macroeconomic policy and poverty reduction », International Monetary Fund and the World Bank, (Unpublished), https://www.imf.org/external/pubs/ft/exrp/macropol/eng/#3

Continue Reading
Advertisement
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Advertisement

Edito