Afrique
Congo : Après son retour sur le marché des eurobonds, Brazzaville prépare un échange « dette contre nature »

Après avoir fait son grand retour sur le marché international avec une émission d’euro-obligations de 670 millions de dollars, la République du Congo s’apprête à franchir une nouvelle étape financière : un échange de dette contre nature. Objectif : alléger le fardeau de la dette tout en renforçant la protection de la biodiversité.
Le Ministre des Finances, Christian Yoka, a annoncé, le mercredi 5 novembre 2025, à Belém (Brésil) en marge de la COP30, que des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires européens pour structurer ce mécanisme innovant.
« Nous échangeons avec des partenaires susceptibles d’apporter des garanties de crédit, mais le montant potentiel de l’opération n’est pas encore arrêté », a-t-il déclaré à Reuters.
Ce projet intervient alors que la dette extérieure congolaise, estimée à 5 milliards de dollars fin 2024, demeure élevée malgré plusieurs cycles de restructuration. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la dette publique du Congo est considérée comme soutenable, mais en situation de détresse, en raison d’arriérés persistants envers certains créanciers bilatéraux et commerciaux.
Les créanciers bilatéraux, notamment la Chine et les membres du Club de Paris, détiennent plus des trois quarts de cette dette, tandis que le secteur privé en représente environ 16 %.
Miser sur la finance verte pour alléger la dette
L’échange « dette contre nature » ne vise pas à contracter de nouveaux emprunts, mais à renégocier ou racheter une partie de la dette existante à prix réduit, avec le soutien de partenaires internationaux.
En contrepartie, le Congo s’engagerait à protéger durablement ses forêts et à investir les économies réalisées dans des programmes environnementaux.
Une telle initiative pourrait réduire la pression sur le service de la dette tout en renforçant la crédibilité financière du pays auprès des investisseurs. Elle permettrait aussi de canaliser les fonds vers des projets concrets : reboisement, surveillance des forêts, gestion durable des ressources naturelles ou création d’emplois verts dans les zones rurales.
Le bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale de la planète après l’Amazonie, représente un capital écologique stratégique, abritant une biodiversité exceptionnelle et stockant près de 8 % du carbone mondial.
« Un échange dette-contre-nature résonne particulièrement pour notre pays, compte tenu du rôle stratégique du bassin du Congo », a souligné Christian Yoka.
Le Congo s’inspire d’exemples récents : les Seychelles, le Brésil ou encore le Gabon, qui ont réussi à transformer une partie de leur dette extérieure en financements verts durables. Le Gabon, en 2023, avait notamment conclu une opération de 500 millions de dollars à travers un « Blue Bond » destiné à la protection de ses écosystèmes marins.
Aucun calendrier précis n’a encore été communiqué, mais les négociations devraient se poursuivre dans les prochaines semaines, alors que plusieurs États africains cherchent à convertir leurs actifs naturels en leviers de financement durable.
Olivier KAFORO























