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Afrique

Mozambique : retraits financiers européens et nouvelles enquêtes fragilisent le projet LNG

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Les vents contraires s’accumulent autour du mégaprojet gazier Mozambique LNG. Malgré la levée récente de la force majeure par TotalEnergies, le projet reste enlisé dans les surcoûts, les incertitudes réglementaires et de nouvelles pressions internationales liées aux enquêtes sur des violations présumées des droits humains.

La Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont retiré un total de 2,2 milliards de dollars de soutien financier initialement promis à Mozambique LNG.

Le 1er décembre 2025, Londres a annoncé la fin de son engagement de 1,15 milliard de dollars accordé en 2020 via UK Export Finance.

Dans la foulée, le Gouvernement néerlandais a confirmé que TotalEnergies avait retiré sa demande d’assurance à l’export d’un montant de 1,1 milliard de dollars, mettant automatiquement un terme à la participation de l’assureur-crédit Atradius.

Ces décisions font suite à des audits indépendants commandés par les deux gouvernements, visant à examiner les accusations d’exactions commises autour du projet dans la province de Cabo Delgado.

Enquêtes, plaintes et zones d’ombre sécuritaires

Depuis plusieurs mois, ONG, cabinets d’experts et justice française s’intéressent de près aux opérations sécuritaires menées en 2021 par des unités mozambicaines chargées de protéger le site gazier.

En novembre 2025, l’ONG European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) a déposé une plainte en France pour complicité de crimes de guerre, accusant TotalEnergies d’avoir soutenu la Joint Task Force, un groupement mêlant militaires mozambicains et policiers.

Selon des rapports internes communiqués aux bailleurs, une enquête de Politico et plusieurs témoignages, entre 180 et 250 civils auraient été arrêtés, et seules quelques dizaines auraient survécu après une intervention des troupes rwandaises.

TotalEnergies rejette catégoriquement ces accusations, affirmant n’avoir eu connaissance d’aucune information crédible signalant de tels abus et rappelant que ses équipes avaient été évacuées dès avril 2021.

Le Président mozambicain Daniel Chapo a également balayé les allégations, assurant que les investigations du Procureur général et de la Commission nationale des droits humains n’avaient révélé aucun crime imputable aux forces de sécurité. À ces complications politiques et judiciaires s’ajoute un défi financier croissant.

La levée de la force majeure en octobre par TotalEnergies n’a pas suffi à relancer le chantier : la reprise dépend désormais de l’approbation par Maputo d’un budget révisé de 24,5 milliards de dollars, en hausse de 4,5 milliards par rapport au montant initial.

Sur le terrain, la situation sécuritaire demeure instable. Malgré les progrès enregistrés grâce à l’intervention rwandaise, Cabo Delgado continue de subir des attaques sporadiques.

TotalEnergies étudie donc un redémarrage en « mode confiné », limité aux accès aérien et maritime.

Un projet sous tension

Plus de 70 % du financement global du projet est déjà assuré et environ 90 % de la production future a trouvé preneur grâce à des contrats long terme.
Mais le retrait de bailleurs européens et les procédures en cours fragilisent un projet dont la viabilité dépend désormais : de la capacité de Maputo à sécuriser durablement Cabo Delgado, de la solidité juridique de TotalEnergies, et du maintien de la confiance des institutions financières internationales.

Mozambique LNG, longtemps présenté comme un levier majeur de transformation économique pour le pays, reste ainsi suspendu à un ensemble d’arbitrages politiques, sécuritaires et judiciaires qui dépassent largement le seul cadre industriel.

Olivier KAFORO

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