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RDC : Louis Watum Kabamba institue un suivi trimestriel pour encadrer l’action des structures minières

Le Ministre des Mines Louis Watum Kabamba a réuni, le mardi 7 avril 2026, les responsables des structures placées sous la tutelle de son ministère.
La rencontre marque l’introduction d’un dispositif de redevabilité appelé à se tenir chaque trimestre. Chaque entité devra désormais présenter un bilan de ses activités, les difficultés rencontrées et ses perspectives.

Cette mesure s’inscrit dans un contexte où le secteur minier congolais reste caractérisé par une organisation administrative dispersée. Plusieurs services interviennent sur les mêmes segments, avec des responsabilités parfois imbriquées. Cette configuration complique le suivi global des performances et limite la capacité de l’État à disposer d’une lecture consolidée des activités.
Le principe retenu repose sur une production régulière d’informations. Les structures sont tenues de documenter leurs résultats. L’intérêt du dispositif dépendra de la manière dont ces données seront centralisées et exploitées. Sans traitement analytique, les rapports restent descriptifs et n’influencent pas les décisions. Les données disponibles montrent pourtant l’importance de ce suivi : selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le secteur extractif congolais a généré plus de 7 milliards de dollars de revenus en 2022, dont l’essentiel provient des mines.

Lors de cette réunion, le Directeur Général du SAEMAPE, Jean-Paul Kapongo, a insisté sur la portée organisationnelle de l’initiative.
« Il est important de réunir autour d’une même table l’ensemble des Chefs des Corps afin de renforcer la cohésion, la coordination et l’efficacité dans la mise en œuvre des politiques publiques du secteur », a-t-il indiqué. Cette observation renvoie à une difficulté structurelle : la coordination entre les administrations techniques.
La question de la fraude minière reste centrale dans cette réorganisation. Une partie des flux échappe encore aux circuits officiels, ce qui réduit les recettes publiques. Ce phénomène est accentué dans les zones où les capacités de contrôle sont limitées.
Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC décrivent des circuits de contrebande structurés vers le Rwanda et l’Ouganda, à des niveaux qualifiés sans précédent. Dans certaines zones minières comme Rubaya, les groupes armés tirent jusqu’à 300.000 dollars par mois de la taxation illégale des minerais, avec des estimations pouvant atteindre 800.000 dollars mensuels selon les zones.
Ces flux se reflètent également dans les statistiques commerciales régionales.
Les exportations d’or du Rwanda sont estimées à plus de 650 millions de dollars, tandis que celles de l’Ouganda dépassent 2 milliards de dollars, des niveaux sans rapport avec leur production minière réelle. Ces écarts sont régulièrement cités comme indicateurs de transferts de minerais en provenance de la RDC. À cela s’ajoute le poids stratégique de certains sites congolais : la zone de Rubaya représenterait à elle seule près de 15 % de l’offre mondiale de coltan.
L’exploitation artisanale concentre une grande partie de ces enjeux.
Encadrée par le SAEMAPE, elle reste largement informelle.
Selon plusieurs études sectorielles, elle mobilise des centaines de milliers de travailleurs et fait vivre plusieurs millions de personnes en RDC, tout en échappant en partie aux mécanismes de contrôle et de fiscalisation.
La redistribution des revenus miniers constitue un autre point de suivi.
Dans plusieurs zones de production, les retombées économiques locales demeurent peu visibles.
Des analyses de la Banque africaine de développement (BAD) soulignent que les mécanismes de transfert vers les collectivités locales restent insuffisamment suivis, limitant l’impact du secteur sur le développement territorial.
Le ministère met également en avant la relance de l’exploration géologique par des experts congolais. Cette orientation vise à améliorer la connaissance des ressources et à réduire l’incertitude pour les investisseurs. Elle suppose des investissements techniques et humains pour produire des données fiables, comme le rappellent plusieurs travaux de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
L’attractivité du secteur reste liée à des paramètres identifiés par les opérateurs. La stabilité des règles, la sécurité juridique et la clarté des procédures conditionnent les décisions d’investissement.
Dans un environnement marqué par la demande en minerais stratégiques, la RDC conserve un potentiel important, mais ce potentiel dépend de la prévisibilité du cadre d’exploitation.

Le dispositif de suivi trimestriel introduit par le Ministre Louis Watum Kabamba constitue un instrument administratif de taille. Ce mécanisme permettra à la République démocratique du Congo de mapper tous ses projets avec à clé ; le suivi-evaluation, coulé sur le KPI (key performance indicator) minier congolais, conçu en harmonie avec les desiderata du pays.
Flory MUSISWA






















