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RDC : trois facteurs pourraient retarder la réalisation du projet Inga 3 (Rapport)

L’éventuel retrait de l’Afrique du Sud du projet, le départ effectif de la société espagnole ACS et la volonté du président congolais Félix Antoine Tshisekedi de donner une nouvelle orientation au projet. Tels sont les trois facteurs susceptibles de remettre en cause le projet hydroélectrique Inga III. D’où, l’hypothèse d’incertitude évoquée par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et Resource Matters dans leur nouveau Rapport intitulé : « Je t’aime, moi non plus : l’Afrique du Sud et Inga III.»
Dans ce nouveau rapport publié, ce jeudi 19 mars 2020, le GEC et Phuzumoya Consulting, un centre de recherches basé au Cap, décryptent l’intérêt persistant de l’Afrique du Sud sur Inga III, tout en le replaçant dans le contexte de la politique étrangère mais aussi économique du pays.
[Teaser] L’Afrique du Sud a-t-elle vraiment besoin d’#Inga3 ? Le @GEC_CRG et Phuzumoya Consulting publient ce jeudi 19 mars le rapport « Je t’aime, moi non plus : l’Afrique du Sud et Inga III » #SouthAfricaAndInga3 #RDC pic.twitter.com/bU6FDmPVlP
— Groupe d’étude sur le Congo (@GEC_CRG) March 18, 2020
En effet, le Gouvernement sud-africain s’est engagé, en octobre 2013, à acheter 2,5 des 11 gigawatts que pourrait produire Inga III. Et il a, en février 2020, réitéré publiquement son soutien au projet.
« S’engager dans Inga n’a pourtant aucun sens sur le plan financier ou énergétique pour l’Afrique du Sud. Mais, la politique actuelle d’Inga de l’Afrique du Sud est contradictoire, oscillant entre le désir de projeter une image de puissance panafricanisme promouvant le développement économique du continent, et la réalité selon laquelle acheter de l’électricité auprès d’Inga III est risqué et peut être plus cher que la plupart des autres sources disponibles sur le marché intérieur », indique le Rapport.
Si le projet suscite aujourd’hui la controverse en Afrique du Sud, cela suppose que le pays cherche sans doute une stratégie de sortie. Cependant, soutiennent les auteurs du rapport, l’Afrique du Sud craint de se retirer d’Inga et de donner l’impression de ce fait d’avoir renié son engagement post-apartheid de contribuer au développement économique du continent.
Dans cette hypothèse, l’incapacité de la République démocratique du Congo à respecter ses engagements lui offrirait une porte de sortie honorable.
Au Rapport de souligner : « concrètement, selon le département sud-africain de l’énergie, si la construction du barrage ne démarre pas d’ici le 2023, l’Afrique du Sud ne pourra pas commencer à prélever ses 2,5 gigawatts à Inga en 2030, comme convenu, et pourrait ainsi déclarer caduc le traité relatif au projet Grand Inga. »
De quoi comprendre que si l’Afrique du Sud devait abandonner Inga III, ce serait un coup dur pour ce projet sur le plus grand site hydroélectrique potentiel du monde. Car, sans sa garantie d’acheter l’énergie d’Inga III, le projet risque de ne pas être bancable ni réalisable.
À ce stade du processus, GEC et Resource Matters sont d’avis que la véritable raison pour laquelle le Gouvernement sud- africain s’en tient officiellement à Inga soit plutôt le fait qu’il craint l’impact négatif du retrait de l’Afrique du Sud du projet sur la réputation du pays à travers le continent.
Cela signifierait sans doute l’abandon par l’Afrique du Sud de son engagement post-apartheid à contribuer au développement économique de l’Afrique.
« Dans le meilleur des cas, Inga III pourrait fournir de l’électricité supplémentaire à la compagnie nationale d’électricité sud-africaine en difficulté, mais à un coût probablement plus élevé que les autres sources et à un moment où l’approvisionnement en électricité devient plus abondant et plus diversifié. Dans le pire des cas, l’Afrique du Sud s’engagera à acheter de l’électricité dont elle n’aura peut-être pas besoin, à un prix plus élevé que celui des autres sources, et se rendra complice de dommages importants pour les communautés congolaises et l’environnement », lit – on dans le Rapport.
A RE(LIRE) : Inga 3, un projet gardé dans l’ombre exigeant recadrage et transparence
Dans son discours sur l’état de la nation du 13 décembre 2019, rappellent GEC et Resource Matters, le président Tshisekedi a suggéré le démarrage du projet par un barrage de 4,8 GW avec éventuellement plus de capacité à l’avenir.
A ces structures de noter : « cette proposition a été faite à la suite des pressions de la Banque africaine de développement (BAD). Celle-ci, a souligné que les études de pré-faisabilité avaient déjà été réalisées pour une version plus petite du barrage. On ne sait toujours pas ce que cela signifie pour les consortiums qui prévoient de construire le barrage – ils avaient insisté pour un barrage plus grand afin de le rendre financièrement viable pour eux – et pour l’Afrique du Sud, qui avait demandé plus d’électricité que cette nouvelle version ne pouvait en fournir. »
Emilie MBOYO
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