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RDC : Chino-dépendance du cobalt, la nécessité d’un rééquilibrage géostratégique

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TRIBUNE – La République Démocratique du Congo se trouve face à l’impératif de contrôler et capitaliser la chino-dépendance congolaise de la production de Cobalt. D’où, la nécessité pour ce pays de pouvoir jouer son rôle consistant à favoriser l’équilibre géostratégique des puissances tout privilégiant ses intérêts.

 Pour y parvenir, l’analyste Engunda Ikala Alain préconise l’élaboration de cet Arrêté interministériel définissant les conditions d’accès, d’exploitation et de commercialisation des minerais stratégiques. Ce permettra à la RDC de devenir, dans les dix prochaines années, (1) un acteur majeur quant à la transition écologique mondiale, (2) un facteur d’équilibre géostratégique des puissances et (3) développera son parc industriel (Usine de raffinage). Ci-dessous, l’intégralité :

CONTEXTE

La transition écologique est un concept qui vise à mettre en place un nouveau modèle économique et social de manière à répondre aux enjeux écologiques de notre siècle… En transformant le système énergétique actuel, la transition écologique permet ainsi de diminuer son impact environnemental.

Ainsi, face l’utilisation des énergies fossiles dans le secteur stratégique de l’automobile, la voiture électrique semble unanimement être réponse adéquate pour répondre à ce défi écologique. Pour ce faire, il faut noter que la construction de ce type de véhicule implique la fabrication de batterie dont le minerai de cobalt est un élément essentiel.

D’ailleurs 45% du cobalt produit dans le monde servent à la fabrication de ce type de batterie. Si nous rajoutons à cela le fait que les voitures électriques pourraient représenter 22 à 30 % du parc mondial des automobiles d’ici à 10 ans contre moins de 3 % aujourd’hui (Études Mc Kinsey), cela démontre le caractère plus que stratégique de ce minerai à la fois dans la transition écologique mais aussi dans l’économie mondiale.

PROBLEMATIQUE

Face à cette situation, la RDC s’avère être un acteur important. En effet, environ 80% de la production mondiale du cobalt s’effectue en RDC qui, en plus, détient les deux tiers des réserves mondiales.

Au regard de ce fait, force est de conclure que la transition écologique mondiale se joue notamment en RDC. Cependant, comme le note une enquête du New York sortir la semaine passée, « 15 des 19 mines productrices de cobalt au Congo étaient détenues ou financées par des entreprises chinoises… ont reçu au moins 12 milliards de dollars de prêts et autres financements de la part d’institutions soutenues par l’État (Chinois) »

D’ailleurs, rajoute l’enquête « cinq plus grandes sociétés minières chinoises au Congo disposaient de lignes de crédit auprès de banques soutenues par l’État (Chinois) d’un montant total de 124 milliards de dollars ».

À l’heure actuelle, l’ensemble des sociétés à capitaux chinois ont réalisé la moitié de la production de cobalt l’année dernière et 80% des exportations de ce minerai prennent la direction de la Chine qui se trouve être, de surcroit, le leader mondial du raffinage du cobalt.

Au regard de ces faits, même si la RDC détient les 2/3 tiers des réserves mondiales du cobalt dans son sous-sol autant conclure que c’est le gouvernement Chinois qui, à travers les sociétés qu’elle finance, contrôle non seulement la production de cobalt en RDC mais aussi toute la chaine des valeurs du cobalt via sa capacité de raffinage.

Une situation qui place le monde et la RDC dans une forme de Chino-dépendance dans un secteur aussi stratégique qu’est la production de cobalt, indispensable à la transition écologique donc à l’avenir de la planète.  Non pas que je sois anti-chinois, loin de là, mais je suis plutôt de ceux qui pensent que l’on ne doit pas mettre tous ses œufs dans le même panier et que la concentration des capacités industrielles dans un secteur X dont dépend la survie de la planète ne doit pas être concentrées entre les mains d’une même puissance. Pourquoi ?

Si le Gouvernement chinois continue de contrôler directement ou indirectement la production et le raffinage du minerai indispensable à la production des batteries électriques dont seront équipés d’ici 10 ans, 30% du parc automobile mondial, elle aura le pouvoir de :

  • fausser la concurrence mondiale en favorisant aux entreprises chinoises un accès privilégié à la ressource ;
  • sanctionner une entreprise ou un pays en bloquant son accès au cobalt de la RDC via les entreprises chinoises en RDC ;
  • contrôler le prix mondial du cobalt via la baisse ou la hausse de la production des entreprises chinoise en RDC.

J’insiste ! Je n’affirme pas que la Gouvernement Chinois fera ce qui est dit dans le paragraphe précédent, mais que, compte tenu de l’emprise financière qu’il exerce directement ou indirectement via les entreprises minières chinoises évoluant dans la production du cobalt en RDC, elle aura, à long terme, le pouvoir de le faire.

Il est donc impérieux pour la RDC de pouvoir ici jouer son rôle consistant à favoriser l’équilibre géostratégique des puissances tout privilégiant ses intérêts.

ACTIONS

Selon le Code Minier, il existe la notion de « substance stratégique », il s’agit dans sa définition de « toute substance minérale qui, suivant la conjoncture économique internationale du moment, à l’appréciation du Gouvernement, présente un intérêt particulier au regard du caractère critique et du contexte géostratégique ».

A cet effet, l’article 7bis al.1 du Code minier nous apprend que « si la conjoncture économique nationale ou internationale le permet, le Premier ministre peut, par décret délibéré en Conseil des ministres, sur avis des ministres sectoriels concernés, déclarer certaines substances minérales substances stratégiques ».

Pour ce faire, le deuxième alinéa de la même disposition précise que « l’accès, la recherche, l’exploitation et la commercialisation des substances stratégiques sont régis par des dispositions réglementaires particulières »

En application de la disposition citée plus haut, le Premier Ministre a pris le Décret n°18/042 du 24 novembre 2018 portant déclaration du cobalt, du géranium et de la colombo-tantalite « Coltan » comme substances minérales stratégiques qui stipule en son article 1er que « le cobalt, le géranium et la colombo-tantalite sont déclarés substances stratégiques en République démocratique du Congo » et rajoute, en son article 2, que « les conditions d’accès, de recherche, d’exploitation et de commercialisation de ces substances seront fixées par une réglementation particulière prise par Arrêté des ministres ayant les mines et les finances dans leurs attributions ».

Fort malheureusement, ledit Arrêté interministériel n’est toujours pas pris à l’heure actuelle.

RECOMMENDATIONS

Cependant, cet Arrêté, au regard de la problématique de l’emprise chinoise sur la chaine de valeur du cobalt, constitue, pour la RDC, une opportunité afin de jouer son rôle d’équilibre géostratégique des puissances dans un secteur stratégique. Pour ce faire, je propose l’élaboration de cet Arrêté se base sur les principes suivants :

  • Conditions d’accès 

L’accès au nouveau gisement certifié de minerai stratégique ne peut être octroyé à des entreprises dont l’origine du capital favorise une concentration géostratégique de la capacité de la production mondiale ou nationale entre les d’une société d’unconlut.

  • Conditions d’exploitation

– Compte tenu que l’article 342 ter du code minier fixe le principe de l’obligation de traitement et de transformation de minerai au niveau local, les entreprises industrielles ont l’obligation de non seulement de traiter le minerai mais aussi de les raffiner à 80% de leurs productions d’ici dix ans au niveau local sous peine de sanction. Condition : Mesures incitatives à l’investissement dans l’électricité et soutien aux initiatives de production électrique.

– 1% de la production industrielle de minerai stratégique est réservée à l’État en guise de réserve stratégique nationale.

  • Conditions de commercialisation 

L’État fixe annuellement, au regard des perspectives la demande mondiale et de ces objectifs économiques et géostratégiques, la hauteur de la production maximale annuelle des minerais stratégiques.

CONCLUSION

Si l’État congolais décide, enfin, de prendre cet Arrêté interministériel sur les minerais stratégiques afin de matérialiser notamment les principes ci-haut évoqués, elle deviendra, dans les dix prochaines années, (1) un acteur majeur quant à la transition écologique mondiale, (2) un facteur d’équilibre géostratégique des puissances et (3) développera son parc industriel (Usine de raffinage).

La RDC ne doit plus se limiter à être un simple rentier de matières premières et elle doit se donner les moyens de s’assoir à la table des décideurs mondiaux et que voix puisse compter. J’invite donc, en réalité, le gouvernement congolais à matérialiser le « caractère stratégique » du cobalt qui ne doit pas se limiter, comme c’est le cas aujourd’hui, à une simple déclaration.

La RDC n’est pas destinée à demeurer un pays pauvre qui se contente de la rente (miette) minière des puissants. Elle est destinée à devenir une puissance mondiale. La dépendance mondiale sur le cobalt congolais est une opportunité, c’est à elle de la saisir.

ENGUNDA IKALA

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