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RDC : « En voulant réduire les déficits, on a réduit la croissance », constate Albert Tcheta-Bampa

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RDC : « En voulant réduire les déficits, on a réduit la croissance », constate Albert Tcheta-Bampa 1

[TRIBUNE] – Le débat sur la différente nature des déficits est crucial dans une économie en rattrapage et relativement ouverte, comme la nôtre. Ce débat ne doit pas tourner court, la question consistant à savoir où l’on met le curseur entre les investissements et les dépenses courantes afin d’augmenter notre produit intérieur brut par personne et de réussir à nous en sortir pour éventuellement atteindre des produits intérieurs bruts par personne comparables à ceux des pays industrialisés.

La distinction que je propose entre le déficit courant, qui porte toutes les incertitudes de la conjoncture, et le déficit structurel, permettant de savoir à quoi le gouvernement congolais doit s’engager, ne doit pas être écartée dans la politique d’ajustement budgétaire.

En juillet dernier, j’ai dit qu’il était grand temps de voir le gouvernement Matata, jusqu’alors arc-bouté sur la baisse du budget de l’Etat, de comprendre qu’il était dans l’erreur. J’ai mis en garde contre le risque que fera peser sur l’économie la poursuite de la baisse du budget de l’Etat (de déficit public) en ce temps de ralentissement de l’activité. Le gouvernement Matata a crée de toutes pièces une crise artificielle. J’ai également alerté qu’il était grand temps de désarmer ce piège dans lequel notre économie va tomber en 2016. Les effets de la politique d’austérité seront nombreux.

La réduction du budget de l’Etat, l’objectif qui a consisté à passer d’un budget 2016 en cours d’exécution, de 8 milliards de dollars à un déficit à 6 milliards de dollars, a rendu obligatoire une purge de plusieurs points du PIB. Il s’est agit d’un effort monstrueux. Le problème est que les effets macroéconomiques de cette purge conduisent, au bout du compte, à une course-poursuite entre les objectifs que le gouvernement se fixe et ceux effectivement atteints. Et je pense que cette course a été vaine et autodestructrice.

Dans une économie en rattrapage, comme celle de la RDC, chaque fois que l’on réduit les dépenses publiques ou que l’on augmente les impôts, on affecte l’activité économique et par là-même les rentrées fiscales : il y a une déperdition énorme des efforts. Le résultat effectivement atteint en bout de course, en termes de réduction du déficit, est inférieur à l’effort engagé. Il est évident que lorsque l’on réduit notre déficit de quelques points de PIB, on réduit également la croissance de quelques points. C’est ce que l’on appelle le « multiplicateur ».

Avec le financement du déficit au moyen de l’augmentation d’impôt, il y a donc une déperdition, en termes de recettes publiques. Le gouvernement Matata se rendra compte trop retard qu’en réalité, pendant cette crise, l’impact de sa politique d’austérité sur la croissance est plus important. Cela peut s’expliquer : les gens changent de comportement, ils retirent moins d’argent sur leur épargne, les entreprises freinent leurs investissements, etc.

En conclusion, il n’est pas du tout efficace de mener une politique de rigueur en période de crise. C’est ce que toute la science économique nous a appris depuis les années 30 : il ne faut pas adopter la rigueur en période de crise. C’est en période de croissance qu’une telle politique convient, alors que durant une période de crise, il est nécessaire de laisser filer les déficits (voir aussi, Cohen, 2011).

Nous avons perdu presque deux ans (depuis le gouvernement Matata 2) à cause d’une vision fausse de l’économie. La troïka stratégique a envisagé à tort un multiplicateur budgétaire négatif en RDC, c’est-à-dire, comme Bertola et Drazen (1993) l’ont affirmé, que le point de vue conventionnel ne s’applique pas nécessairement dans les pays où, dès le départ, les déséquilibres et la dette publique sont importants. Au contraire, l’austérité budgétaire peut être expansionniste. En réalité, ce n’est pas le cas de la RDC qui a un déficit structurel et un taux d’endettement faibles aujourd’hui.

Selon le point de vue conventionnel de l’austérité budgétaire (présenté comme le point de vue Keynésien), une réduction des dépenses publiques réduira la demande globale et la production. Il est temps d’utiliser la marge de manœuvre ouverte par le taux d’endettement faible pour donner une chance à la croissance économique, et interrompre l’hémorragie de ralentissement de la croissance et pérennisation d’un chômage de masse.

Par conséquent, en prenant en compte les résultats de Reinhart et Rogoff (2009) et du FMI (2016) ainsi que le niveau d’endettement actuel de la RDC, je démontre la marge de manœuvre dont dispose le gouvernement, à partir d’une adaptation de la courbe de Laffer. En adoptant l’approche en termes d’optimalité financière, on met en évidence le rapport les recettes de l’État et la dette , ce qui correspond au taux d’endettement en pourcentage des recettes publiques.

Les ratios de la dette publique et de la dette extérieure en pourcentage du PIB de la RDC sont respectivement de près de 15 % et près de 19 % (voir, FMI, 2016). Ces taux d’endettements sont inférieurs respectivement, au taux d’endettement optimal du FMI qui est de 40% (cf. le graphique 1a) et au taux d’endettement optimal de Reinhart et Rogoff, qui est de (cf. graphique 1b).

Ces écarts entre les taux d’endettement effectifs (encours de la dette publique/extérieure) et les taux d’endettement optimal (niveau optimal d’endettement) constituent une capacité d’amortissement budgétaire pour pouvoir soutenir l’activité économique et contrer le ralentissement de la croissance. Une relance par voie budgétaire permet donc d’atténuer les pertes de croissance après la crise. Ce faible endettement est un indicateur de la marge de manœuvre dont dispose aujourd’hui le gouvernant congolais.

Ainsi, la RDC peut aujourd’hui emprunter à des taux d’intérêts faibles, et certains investissements engendreront des retours d’investissement plus importants (je l’ai déjà dit). Il n’y a pas de fuite en avant, car, le danger de la dette publique est encore éloigné.

Graphique 1a. Courbe de l’optimalité financière de la dette publique

Graphique 1b. Courbe de l’optimalité financière de la dette extérieure

Donc, je reste convaincu que la dette publique est un bon outil pour soutenir l’activité économique. Il dit qu’au-delà de vertus pédagogiques de cette représentation ci-dessus, les véritables questions consistent à savoir à quel moment les déficits publics réduisent l’activité; à quel moment les dettes publiques deviennent tellement importantes qu’elles ne peuvent plus être absorbées par les marchés financiers et enfin, à quel moment les taux d’intérêt font la police et remontent.

En RDC, où le taux de chômage atteint le chiffre astronomique (taux de chômage de 40 % de l’ensemble de la population active et 80 % de la population active jeune), il est temps de réfléchir à un plan de relance, qui mobilise de manière contra-cyclique les fonds disponibles. Il est encore temps d’éviter les erreurs des politiques économiques de la Troïka stratégique, mais, il faut faire vite.

Notre pays n’a pas constitué de réserves en temps utile dans lesquelles il pourrait puiser en cette période de crise. Il s’agit toutefois d’un pays peu endetté aujourd’hui, en mesure d’accroître son déficit budgétaire, notamment par l’emprunt, en cette période de tassement de l’activité, voire de crise, sans perdre la confiance des marchés.

Si le gouvernement ne renforce pas rapidement la qualité de nos institutions politiques et économiques , le pays risque de ne plus disposer de ce genre de marges de manœuvre, sera contraint à adopter des mesures budgétaires d’urgence et n’aura guère la possibilité d’opter pour des politiques budgétaires anticycliques.

Les expériences des crises de la RDC montrent que les mesures de compression budgétaire d’urgence risquent davantage de nuire à l’investissement, à la croissance et aux indicateurs sociaux étant donné qu’elles sont souvent conçues dans l’urgence et visent des gains financiers à court terme au détriment d’une efficacité à long terme. La résilience de la production dépend alors des mesures prises face aux chocs.

Albert Tcheta-Bampa
PhD in Economics
University Paris 1-Panthéon-Sorbonne
Centre d’Économie de la Sorbonne (CES)
Maison des Sciences Économiques

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