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Tourisme en RDC : de la visibilité à la crédibilité, il y a un pas

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TRIBUNE-Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) multiplie les partenariats prestigieux comme ceux noués avec le FC Monaco ou l’AC Milan pour promouvoir l’image de la destination « Visit Congo » sur la scène internationale, une question essentielle demeure : que vendons-nous exactement au touriste étranger ?

Nous assistons à un déploiement médiatique ambitieux, mais qui, sans assise réelle, risque de tourner à vide. Car si l’intention est louable, le chemin vers un tourisme crédible et durable passe d’abord par la construction d’un produit touristique solide, et non uniquement par sa mise en vitrine.

Où est le produit minimum viable ?

Dans tout secteur, avant de lancer une campagne de promotion, il faut un produit attractif, prêt à l’emploi. En tourisme, cela implique bien plus qu’un slogan ou un partenariat sportif. Or, la RDC peine à offrir une expérience touristique cohérente :

Nos aéroports, première vitrine du pays, accueillent les visiteurs avec désordre, tracasseries administratives et absence d’orientation.

De nombreux sites touristiques, pourtant classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont difficilement accessibles ou souffrent d’un manque de sécurité élémentaire.

L’offre hôtelière, très inégale, reste souvent hors de prix pour un rapport qualité-prix décevant.

Et l’insécurité dans plusieurs zones majeures continue de peser lourdement sur notre attractivité.

Un problème de fond, pas seulement de forme

On cite souvent le modèle rwandais, en vantant sa montée en puissance touristique. Mais le Rwanda ne s’est pas contenté de campagnes publicitaires : il a bâti une véritable plateforme nationale du tourisme, avec une vision, des outils, une coordination rigoureuse.

À ce jour, la RDC ne dispose même pas d’un « Tourism Board » pleinement fonctionnel. Aucune plateforme numérique officielle, aucun portail centralisé pour informer, rassurer, orienter. Aucune stratégie unifiée pour coordonner les efforts entre Kinshasa et les provinces. Pourtant, 80 % des décisions de voyage se font en ligne aujourd’hui. Que trouve un voyageur curieux de la RDC ? Des fragments, du flou, de la confusion.

La visibilité ne remplace pas la construction

Les réussites touristiques de l’Afrique de l’Est, du Maroc ou du Cap-Vert ne sont pas dues à de simples coups de communication. Elles sont le fruit d’années de structuration des infrastructures, de formation des professionnels, de sécurisation des sites, de valorisation cohérente du patrimoine.

Nous ne pourrons pas court-circuiter ces étapes. Une campagne de visibilité sans fondation est comme un château de cartes. À quoi bon attirer l’attention mondiale si, à l’arrivée, le touriste est confronté à un parcours d’obstacles ?

Une stratégie touristique ne s’improvise pas

Aujourd’hui, nous ne vendons pas une destination, nous vendons une promesse non tenue. Et cela comporte un risque : celui de décevoir, de nuire à notre image à long terme, et d’investir des millions de dollars dans des campagnes qui n’ont ni levier structurant, ni retour sur investissement mesurable.

La RDC a un potentiel exceptionnel. Des paysages époustouflants, une biodiversité unique, une richesse culturelle et historique immense. Mais le potentiel n’est rien sans plan. Avant de vouloir séduire, construisons.

La construction d’une marque pays forte exige une vision, une stratégie, une gouvernance. Le tourisme congolais ne pourra émerger qu’à travers un travail de fond, incluant :

– Une autorité touristique centrale, visible et professionnelle ;
– Un cadre institutionnel clair ;
– Des infrastructures de base opérationnelles ;
– Une offre sécurisée, encadrée, normalisée.

Le monde ne nous attend pas. Si nous voulons faire du tourisme un levier de développement, commençons par mettre les bœufs devant la charrue.

Et maintenant, que faire ?

Des campagnes de communication ont été lancées. Le monde nous regarde. Il est encore temps de corriger le tir.
Plutôt que d’attendre que les millions investis ne se diluent dans le vide, il faut réagir rapidement, intelligemment et collectivement. Voici les mesures urgentes et prioritaires à mettre en œuvre :

1. Créer immédiatement un Tourism Board de la RDC

Il s’agit d’un organe national centralisé, chargé de structurer l’offre touristique du pays, de coordonner les acteurs publics et privés, et surtout de parler d’une seule voix.
Ce Tourism Board devrait :

– Superviser la stratégie globale de promotion touristique, au niveau national et international ;

– Uniformiser la communication autour d’un seul slogan, une seule marque-pays ;

– Travailler avec les provinces pour identifier les atouts locaux à promouvoir.

2. Mettre en ligne une plateforme numérique touristique nationale

Puisque les campagnes de visibilité sont déjà lancées, les touristes potentiels chercheront des informations. Il faut leur donner une porte d’entrée claire, moderne, à jour.
Cette plateforme devra inclure :

– Un système d’e-visa intégré, simple, multilingue, accessible ;

– Des fiches détaillées sur chaque province touristique, avec itinéraires, recommandations, alertes sécurité ;

– Un annuaire d’hébergements agréés, avec filtres par prix, confort, accessibilité ;

– Des contenus photo et vidéo inspirants sur les sites naturels, culturels et historiques de la RDC ;

– Un moteur de recherche intelligent et une assistance en ligne (chat ou WhatsApp) pour orienter les visiteurs.

3. Structurer une task-force multisectorielle
On ne peut pas faire du tourisme une affaire d’un seul ministère. Il faut une task-force nationale composée de :

– Ministère du Tourisme
– Ministère des Transports
– Ministère de l’Intérieur (Sécurité)
– Ministère des Affaires étrangères (visas)
– ANAPI (Investissements)
– DGCMP (marchés publics)
– Fédération des entreprises du tourisme (secteur privé, hôtellerie, agences).

Cette task-force travaillerait à la mise en place rapide de normes, de formations et d’infrastructures de base, en partenariat avec les provinces pilotes.

Par Jean Fidèle Bosemba

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