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RDC : Voici les causes de la dépréciation accentuée du Franc Congolais !

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De l’origine et des causes de cette dégringolade de la monnaie nationale face à la devise étrangère, Zoom Eco a posé la question à un économiste qualifié. Le décryptage du PhD. Albert Tcheta-Bampa en dit long. Ci – dessous, l’intégralité :

La dépréciation du franc congolais est le résultat de la mauvaise technique d’intervention de la Banque Centrale du Congo (BCC), plus précisément, de la baisse du taux directeur qui s’est inscrite dans la cadre d’un « biais baissier » adopté par la BCC au début 2012, par lequel elle s’était engagée à maintenir son taux bas et un niveau d’inflation inférieur à 2 % sur le moyen terme. Malheureusement, cette politique monétaire anormalement restrictive n’a pas accru le potentiel productif de l’économie.

Elle est anormale parce que le taux directeur n’a pas été modifié suivant le principe de la positivité de sa marge par rapport à l’inflation. Jamais la BCC n’avait fixé son taux directeur à un niveau aussi bas durant une année (sauf en 2001-2002 où on était passé de l’hyperinflation à l’inflation). En janvier de l’année 2012, il stagnait à 20 %, et la BCC a baissé son taux directeur jusqu’à 4 % à la fin de la même, avec une ampleur de près de 3 points chaque deux mois en moyen.

La baisse du taux d’intérêt directeur n’a pas reflété la baisse du taux d’inflation. Le prix à la consommation était déjà inférieur à 2 % en janvier 2012, le taux plus bas depuis 2000 ; il a atteint en décembre 2012 un niveau historiquement bas, presque de zéro. En principe, une baisse du taux directeur rend moins cher le coût du crédit dans l’économie, ce qui soutient l’investissement, l’activité des entreprises donc la croissance.

Cependant, rien ne garantit que la baisse du taux directeur ait suffi à soutenir la croissance en RDC alors que depuis des années, la BCC a un problème de transmission de sa politique monétaire, c’est-à-dire de répercussion des mesures prises sur l’économie réelle, à cause notamment de fort degré de dollarisation. A notre connaissance, aucune étude réalisée sur la RDC n’a mis en évidence l’existence d’un effet positif de faible inflation entre 2012 et aujourd’hui. L’écart entre objectif et réalisation d’inflation est l’un d’indicateurs qui montrent cette mauvaise politique monétaire.

En effet, les taux d’inflation observés ont toujours été biaisés par rapport aux objectifs (les taux d’inflation cible que la BCC avait prévus et publiés au début de chaque année). Par exemple, en 2012, le taux d’inflation objectif est de 9,9 % mais, le taux d’inflation effectif n’est que de 2,72 %. On observe également une variabilité forte de l’inflation et de l’inflation anticipée : le taux d’inflation a été de 15 % en 2011 et a baissé jusqu’à atteindre 2,7% en 2012 et celui d’inflation anticipée est passé de 17 % en 2011 à 9,9 % en 2012.

L’écart entre objectif et réalisation d’inflation a été plus grand depuis cette date. Donc, l’horizon retenu par la BCC pour atteindre l’objectif de stabilité des prix n’était pas approprié. La stabilité monétaire doit être recherchée seulement à long terme, essayer de l’atteindre à court terme à tout prix conduirait à une augmentation des erreurs d’anticipation et une baisse de la production. C’est la raison pour laquelle la faible inflation n’a pas aidé le marché à orienter les ressources à où elles devraient être le plus productives. On a la dépréciation parce que le taux d’inflation est aujourd’hui en RDC historiquement bas. Ce niveau d’inflation ne maximise pas les revenus du seigneuriage, nécessaires depuis le début de l’effondrement des recettes fiscales des exportations des produits de base. Il ne joue pas un rôle notable dans le redressement de la croissance après un choc. Toutes choses égales par ailleurs, cela assure au gouvernement une plus large marge de manœuvre budgétaire lui permettant de recourir davantage aux revenus du seigneuriage et d’atténuer l’effet de l’effondrement des recettes fiscales des exportations des produits de base.

La BCC se trompe à nouveau comme c’était le cas où elle utilisait les réserves internationales. Cette politique de dédollarisation a échouée parce que le degré de dollarisation reste élevé même après que la stabilisation de l’inflation ait été accomplie (et RDC est une économie moins diversifiée). Sa stratégie de relèvement de taux de coefficient des réserves obligatoires et de dépôts à vue des devises ne sera pas efficace parce que l’économie est en proie à de profonds déséquilibres.

Le manque de diversification économique en RDC fait que les élasticités-prix des exportations et des importations soient relativement faible, de ce fait, la dépréciation du taux de change peut ne pas toujours atténuer les pertes de croissance. La technique d’intervention de la BCC est donc mauvaise et c’est ce qui aggrave la dépréciation aujourd’hui. La stratégie des ventes des devises sur le marché des changes afin stopper la dépréciation du Franc Congolais (FC) et stabiliser le taux de change a épuisée de plus en plus les maigres réserves et cela s’est traduit aujourd’hui par une augmentation durable du déficit public et donc, du seigneuriage qu’il sera nécessaire de dégager dans le futur pour stabiliser ce dernier.

En effet, quand les interventions sur les marchés des changes sont de grande taille, elles font baisser la surréaction du de change ; quand elles sont en revanche de plus faible taille, la dépréciation du taux de change remonte ; comme les dernières interventions qui ont été de bien trop petite taille. La BCC continue avec sa mauvaise technique d’intervention. La stratégie de relèvement de taux de coefficient des réserves obligatoires et de dépôts à vue des devises n’est autre qu’une activité quasi-budgétaire.

En effet, à la suite de McKenzie et Stella (1996), les activités quasi-budgétaires peuvent être définies comme des opérations dont l’effet peut en principe être dupliqué par des mesures budgétaires sous la forme d’une taxe explicite, d’une subvention ou d’une dépense directe. Elles sont effectuées depuis décembre 2015 par la BCC, influencées par la Troïka stratégique et motivées par le désir de cacher ce qui est essentiellement des activités budgétaires effectuées pour des raisons politiques ou autres raisons. Il existe plusieurs exemples d’activités quasi-budgétaires, mais on a remarqué que la BCC utilise principalement deux.

La manipulation des réserves et liquidités obligatoires statutaires, à travers, par exemple, les régulations de la banque centrale obligeant les banques commerciales à détenir de larges réserves (qui servent ensuite comme une base des prêts accordés à l’Etat à des taux d’intérêt en dessous des taux du marché) ou une grande part de leurs liquidités sous la forme de titres d’Etat rémunérés à des taux d’intérêt en dessous des taux du marché. Les deux politiques fournissent à l’Etat congolais des sources captives de financement de son déficit budgétaire depuis février 2016.

La BCC n’est pas donc crédible et elle est anticipée, par les agents économiques du secteur privé, laissé revenir la dépréciation. Ceci a plusieurs conséquences. D’abord, les anticipations de dépréciation sont fortes, puisque les agents économiques anticipent que la BCC n’empêchera pas le retour de la dépréciation, ce qui conduit à une dépréciation effective forte. Ensuite, la dépréciation et la dépréciation anticipée réagissent beaucoup à court terme aux chocs de la volatilité du taux de change, puisque les agents économiques pensent que la BCC le laissera ces chocs entraîner une dépréciation durable. L’instabilité de la dépréciation anticipée favorise alors celle de dépréciation observée. Enfin, la réaction dès le court terme de la BCC à la volatilité du taux de change est faible ; c’est pourquoi, la crédibilité de notre Banque centrale décline.

Les agents économiques, observant la hausse de la dépréciation, pourraient en conclure que la Banque centrale ne lutte pas fortement contre la dépréciation, même s’il s’agit de chocs du taux de change transitoires. Une analyse plus détaillée sur la politique monétaire (Réserves internationales, taux de change i.e. dépréciation, inflation) est en préparation. Elle sera publiée incessamment sur Zoom Eco.

La BCC ne doit pas continuer à dégrader sa crédibilité. Plus récemment encore, elle a augmenté son taux directeur alors que l’économie congolaise est ralentissement de l’activité. Cette décision est prise en retard et à un mauvaise période, elle va diminuer les investissements. Les interventions de la BCC peuvent indiquer qu’elle ne veut pas céder aux pressions du gouvernement, parce qu’elle pense, (à tort, à notre avis) que la politique budgétaire est laxiste et la situation peut déboucher sur une « arithmétique monétariste déplaisante ».

Autrement dit, l’autorité monétaire juge que le recours aux revenus du seigneuriage depuis le début de l’année 2016 aura pour conséquence l’exacerbation des tensions inflationnistes et la dégradation durable de la crédibilité de la BCC dans la conduite de sa politique monétaire. Les interventions de la BCC reposent sur un faux postulat, parce que comme nous le montrons plus loin, l’utilisation des revenus du seigneuriage est justifiée pour le moment. La politique budgétaire actuelle n’est pas exagérément laxiste et ne peut pas contraindre la politique monétaire à se détourner de son objectif de stabilité des prix.

A notre avis, le gouvernement est raisonnablement en position de « dominance budgétaire » en ce sens que la BCC n’a pas d’autre choix que de s’ajuster au comportement de l’autorité budgétaire afin de satisfaire la contrainte budgétaire de cette dernière. A partir de ses interventions, la BCC souhaite se montrer (aux agents économiques) plus rigoureuse en choisissant un niveau de seigneuriage plus faible, mais en réalité, elle n’est pas crédible, dans le sens où les réserves sont limitées et le gouvernement continuera à financer le déficit public par la création monétaire jusqu’à l’optimalité financière du seigneuriage.

La BCC doit savoir que nous sommes dans période de dominance budgétaire et se devrait pour le moment, d’estimer le seuil d’inflation optimale de l’économie congolaise afin, de lutter efficacement contre l’inflation. Il existe un niveau d’inflation, qui maximise les revenus du seigneuriage avant que ces derniers ne décroissent. Le seigneuriage correspondant est appelé seigneuriage optimal.

En effet, comme la théorie du seigneuriage optimal de Mankiw (1987) le montre, avant ce niveau d’inflation, qui est aussi considéré comme une inflation optimale, le gouvernement peut continuer à financer le déficit public par la création monétaire sans que cela ne nuise aux agents économiques. En revanche, dès que le niveau d’inflation optimal est dépassé, le gouvernement n’a plus intérêt à continuer d’utiliser ce type de financement car l’inflation qu’il génère exercera un effet distorsif (par l’intermédiaire de la taxe d’inflation) sur les agents économiques.

PhD. Albert Tcheta-Bampa ÉCONOMISTE & POLITOLOGUE.
Chercheur au Centre d’Économie de la Sorbonne de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Professeur à l’Université Protestante au Congo

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