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RDC – Securiport : derrière les 292 millions USD, un modèle financier encore opaque

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Inscrit au Programme d’investissement public 2026–2028, le projet de système intégré de sécurité et d’immigration confié à Securiport LLC affiche une valeur de 292 millions de dollars sur vingt ans. Ce montant figure dans les documents officiels, mais sa composition et les modalités de son financement restent à préciser.

Le montant de 292 millions de dollars associé au contrat entre la République démocratique du Congo (RDC) et la société américaine Securiport LLC soulève plusieurs interrogations sur le financement du système intégré de sécurité et d’immigration.

S’agit-il du coût des équipements à installer, des dépenses nécessaires au fonctionnement du système ou de la valeur totale du contrat sur vingt ans ? Cette distinction est essentielle pour comprendre les engagements financiers de l’État et les recettes attendues par l’opérateur privé.

Ce que révèle le document officiel

Le Programme d’investissement public (PIP) 2026–2028 inscrit ce projet parmi les investissements prévus dans le portefeuille de l’État congolais.

Le document identifie Securiport LLC comme partenaire, précise que le contrat prend la forme d’une concession de travaux et de services publics et fixe sa durée à vingt ans, pour une valeur déclarée de 292 millions USD.

Le projet a également obtenu un avis favorable « sous réserve de la prise en compte d’observations et recommandations ».

Cependant, les informations publiées ne permettent pas de déterminer comment ce montant a été calculé.

Aucun détail n’est fourni sur le coût des équipements, les dépenses de maintenance, les frais de financement ou encore la répartition des charges entre les parties.

Ainsi, les 292 millions USD ne peuvent pas être présentés avec certitude comme un investissement initial de Securiport, faute d’informations détaillées sur la structure financière du projet.

Un montant qui peut couvrir plusieurs dépenses

Dans une concession de vingt ans, la valeur globale d’un projet peut correspondre à plusieurs catégories de dépenses et de recettes.

La première concerne les investissements de départ, notamment l’acquisition des équipements, l’installation des systèmes informatiques et la construction éventuelle des infrastructures nécessaires.

La deuxième regroupe les dépenses de fonctionnement : maintenance, licences informatiques, connexion aux réseaux, formation du personnel et renouvellement des équipements.

Une troisième catégorie comprend les charges financières et la rémunération attendue par l’entreprise concessionnaire.

Enfin, le montant annoncé peut représenter la valeur cumulée des recettes ou des paiements prévus pendant toute la durée du contrat.

À titre indicatif, 292 millions USD répartis sur vingt ans représentent une moyenne de 14,6 millions USD par an.

Ce calcul est uniquement arithmétique. Il ne signifie pas que Securiport investira ou percevra exactement cette somme chaque année.

Les flux financiers peuvent varier selon les investissements réalisés, les charges d’exploitation et le nombre de voyageurs concernés.

La redevance de 30 USD, une équation à clarifier

Selon des informations relayées par la presse en novembre 2025, le dispositif prévoit une redevance de 30 USD par passager international.

La répartition annoncée attribuerait 85 % des recettes à Securiport, contre 15 % à l’État congolais.

Sur cette base, chaque redevance de 30 USD générerait théoriquement 25,50 USD pour l’entreprise et 4,50 USD pour l’État.

Toutefois, cette répartition ne permet pas, à elle seule, de déterminer les recettes globales du contrat.

Pour effectuer une projection financière fiable, il faudrait notamment connaître le nombre annuel de passagers soumis à la redevance, les éventuelles exemptions, les modalités de perception et la date effective de mise en application.

Il serait également nécessaire de préciser si les revenus attendus couvrent les dépenses d’investissement, les coûts de fonctionnement et la rémunération du concessionnaire.

Sans ces informations, le lien financier entre la redevance de 30 USD et la valeur déclarée de 292 millions USD reste impossible à établir avec précision.

Un avis favorable assorti de réserves

Le PIP 2026–2028 indique que le projet a reçu un avis favorable conditionné à la prise en compte de certaines observations et recommandations.

Cette précision mérite une attention particulière, car elle indique que l’examen du dossier a donné lieu à des réserves.

Le document consulté ne permet cependant pas d’identifier leur contenu ni de savoir si elles ont été levées.

Plusieurs aspects du contrat nécessitent des éclaircissements : le fondement juridique de la redevance, la gestion des recettes, la protection des données personnelles des voyageurs et les obligations respectives de l’État et de Securiport.

D’autres interrogations concernent les mécanismes de contrôle financier, les indicateurs de performance et les conditions de transfert des équipements à l’État à l’expiration de la concession.

Ces questions ne constituent pas nécessairement les réserves formulées lors de l’évaluation officielle. Seul l’accès au dossier d’instruction permettrait de le vérifier.

Les informations nécessaires pour évaluer le contrat

L’appréciation de la viabilité financière du projet nécessite la publication de plusieurs éléments contractuels et économiques.

Un résumé du contrat permettrait notamment de connaître les infrastructures concernées, les équipements à installer, le calendrier de déploiement et les engagements financiers de chaque partie.

Les autorités pourraient également communiquer les prévisions de recettes, les dépenses de fonctionnement, les hypothèses de trafic international ainsi que les mécanismes de contrôle et de partage des revenus.

La clarification du régime de propriété des équipements et des logiciels constitue un autre élément important, notamment pour déterminer les droits de l’État à la fin des vingt années de concession.

Ces informations pourraient être publiées sans divulguer les données sensibles relatives à la sécurité des frontières et aux dispositifs de contrôle des voyageurs.

Les 292 millions USD doivent être correctement qualifiés

À ce stade, la formulation la plus précise demeure celle de « valeur globale déclarée du projet sur vingt ans ».

Présenter les 292 millions USD comme un investissement déjà réalisé, un décaissement immédiat ou le coût exclusif des équipements reviendrait à attribuer au document officiel des informations qu’il ne fournit pas.

Le PIP 2026–2028 confirme l’existence du projet, sa durée, sa forme contractuelle et sa valeur annoncée. Il ne précise toutefois pas la structure financière qui justifie cette estimation.

Pour mesurer les engagements réels de l’État congolais, les revenus prévisionnels de Securiport et les avantages économiques du dispositif, la publication des principales données du modèle financier constitue donc une étape indispensable.

Flory MUSISWA

ZoomEco TV