Banques
RDC : les banques commerciales appelées à recourir à la syndication pour booster l’économie

Les banques commerciales jouent un rôle déterminant pour le développement des économies en accomplissant plusieurs fonctions clés.
Cependant, en République Démocratique du Congo (RDC), le portefeuille de crédit des banques commerciales alloué à l’investissement est limité à 8%. Ce qui ne favorise pas le développement d’une économie forte dans le pays.
Au cours d’une conférence-débat organisée, ce vendredi 26 juillet 2024, à la Haute école de commerce de Kinshasa (ex ISC) sous le thème « Industrie bancaire congolaise : État des lieux et perspectives », les intervenants, composés des éminents professeurs et experts en banque, ont soutenu que les banques commerciales exerçant en RDC devraient se réinventer pour soutenir le développement de l’économie nationale.
D’après le professeur Nelson Ifeka de la Haute école de commerce de Kinshasa, les banques commerciales de la RDC doivent recourir à la syndication pour permettre de participer à un financement important, tout en respectant la réglementation en vigueur qui interdit aux banques de prêter plus de 8% de ses fonds propres.
« Au centre de mon intervention, c’est une interpellation aux banques. Les banques doivent jouer un rôle en ce qui concerne le financement de l’économie. Les banques développent des mesures défensives mais nous voulons à ce que l’économie nationale congolaise constate l’apport du secteur bancaire et comme il y a des limitations en termes de dépôt à terme qu’ils ne sont pas très élevés, je suggère à toutes ces banques qu’elles puissent syndiquer, qu’elles mettent un peu de côté les considérations commerciales, qu’elles se mutualisent pour accorder le crédit à l’investissement et financer les opérateurs économiques afin contribuer au développementde la RDC. », a-t-il déclaré.
Nelson Ifeka estime que la syndication bancaire en RDC est dans sa phase embryonnaire avec un premier financement mobilisé en février 2024 autour de 123,5 millions USD pour financer la dette envers les compagnies pétrolières.
C’est ainsi que le professeur Nelson Ifeka formule trois recommandations à l’État congolais :
– Assainir le climat politique et le monde des affaires afin de favoriser l’investissement privé;
– Promouvoir la politique d’investissement et accorder une assistance efficace aux institutions bancaires;
– Revoir à la baisse le taux d’imposition fiscale sur le crédit à l’investissement afin d’inciter les banques commerciales à recourir au crédit à l’investissement.
Faisant un état des lieux du paysage bancaire de la République Démocratique du Congo entre 2014 et 2024, le professeur Bob-David Nzoimbengene a, lui, relevé le fait que l’activité bancaire en RDC a enregistré une croissance impressionnante au cours de ces 10 dernières années.
D’après lui, en 2014, le nombre des banques dans le pays était de 18 banques avec un résultat net total du secteur de 9,6 milliards USD. Au cours de la même période le volume des dépôts clients était de l’ordre de 3,4 milliards USD et une rentabilité financière évaluée à 2%.
Le nombre est passé à 15 établissements bancaires actifs. Le volume de dépôts bancaires est chiffré à 12,2 milliards USD et une rentabilité allant de 20 à 25%.
Par ailleurs, ce dernier a soutenu qu’aucune banque de la RDC n’est classée comme une grande banque. Cette affirmation tire son origine de l’indice BBCM qui permet de catégoriser les banques en quatre groupes : Grande banque avec une note de 0,75; Moyenne banque, 0,51 à 0,75; Petite banque de 26 à 50% et Très petite banque de 0 à 0,25.
Il explique que les facteurs pris en compte pour calculer cet indice sont :
– Le niveau des crédits par rapport au produit intérieur brut du pays ;
– La capacité prudentielle à financer les investissements dans le secteur minier et la taille de la banque vue par le total bilan.
De son côté, le Président honoraire du Sénat, le professeur Bahati Lukwebo, qui a exposé sur la réglementation bancaire en RDC, a indiqué que toutes les mesures sont prises pour permettre qu’il y ait une efficacité et une efficience dans le système bancaire de la RDC.
« La vraie question de l’industrie bancaire congolaise reste l’assainissement du secteur financier. Nous devons mettre en application les différentes mesures et dispositions prises par les autorités compétentes, les législateurs et régulateurs pour que notre secteur financier soit clean et ne soit pas exposé à toutes les activités illicites », a déclaré le professeur Modeste Bahati Lukwebo.
Il faudrait noter que cette conférence-débat était un moment d’échanges fructueux entre les professeurs des universités, les professionnels de la banque et les étudiants de la Haute école de commerce de Kinshasa prêts, pour la plupart, à affronter bientôt le monde professionnel.
Mitterrand MASAMUNA


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