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RÉFORME DES TRANSACTIONS EN RDC : Pourquoi la fin du « dollar-papier » dans les paiements est une chance pour l’économie nationale

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Face aux craintes liées à la connectivité et à l’avenir des cambistes, une analyse rigoureuse des faits démontre que la stratégie de la Banque Centrale du Congo (BCC) n’est pas un saut dans le vide, mais un impératif de souveraineté et d’inclusion financière. Décryptage pédagogique sur la base d’un échange avec le Groupe de recherche en économie et commerce (GREC).

Par la Rédaction

La rumeur et l’inquiétude se sont emparées des rues de Kinshasa : la Banque Centrale du Congo (BCC) veut-elle asphyxier l’économie en interdisant le dollar en espèces d’ici avril 2027 ? Certains observateurs brandissent même l’exemple de la Suède, championne européenne du numérique, qui réintroduit l’argent liquide pour des raisons de cybersécurité, pour prédire un chaos congolais.

Pourtant, comparer la RDC à la Suède relève du contresens économique, affirme le GREC. La Suède recule légèrement car elle était parvenue à une société 100 % sans cash, où même un morceau de pain ne pouvait plus s’acheter avec une pièce de monnaie. La RDC ne cherche pas à supprimer le cash : elle cherche à mieux tracer les flux dans son économie et à renforcer sa monnaie. Pour le citoyen congolais, l’usage du Franc congolais (CDF) en espèces reste totalement garanti.

L’illusion de la panne d’Internet : Le Mobile Money fonctionne hors-ligne

L’argument principal des sceptiques repose sur les caprices de la fibre optique sous-marine (WACS) et les coupures de connexion des distributeurs automatiques (GAB). C’est oublier la réalité technologique de l’Afrique subsaharienne.

La bancarisation et la dématérialisation en RDC ne reposent pas sur l’Internet haut débit des banques traditionnelles, mais sur le Mobile Money et la technologie USSD.

Qu’est-ce que l’USSD ? C’est le protocole qui vous permet de taper *123# ou *400# pour transférer de l’argent.

Pourquoi c’est fiable ? L’USSD n’a pas besoin de connexion Internet (4G, 5G ou Wi-Fi). Il utilise le canal de signalisation de base de la téléphonie cellulaire (le réseau GSM). Tant qu’un téléphone capte un signal pour passer un simple appel ou envoyer un SMS, le paiement mobile fonctionne.

De plus, le déploiement de terminaux de paiement capables de stocker les transactions « hors-ligne » (offline) et de les synchroniser dès que le réseau revient est fort encouragé, annulant ainsi l’impact des pannes de câbles sous-marins sur le commerce quotidien.

Une exigence internationale : Sortir de la « Zone Grise » du GAFI

La BCC ne mène pas cette réforme par simple caprice politique. La circulation massive de dollars en espèces dans un secteur informel à 88 % expose la RDC à des sanctions financières internationales dramatiques.

Le Groupe d’action financière (GAFI) maintient une surveillance stricte sur les pays où les flux de devises étrangères échappent au contrôle de l’État, car cela favorise le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

« Un pays dont l’économie est massivement dollarisée en espèces s’isole du système financier mondial. Les banques correspondantes internationales coupent leurs liens, ce qui détruit le commerce extérieur », rappellent régulièrement les experts du Fonds Monétaire International (FMI).

En dématérialisant le dollar (qui ne circulera plus que de compte bancaire à compte bancaire ou par portefeuille électronique), la BCC offre une traçabilité totale. Cela rassure les investisseurs étrangers et protège le système bancaire national contre l’isolement international.

La vérité sur les 50 000 cambistes : Une intégration plutôt qu’un chômage

L’annonce de la fin du régime « maboko bank » fait craindre le chômage pour les milliers de cambistes à la sauvette de Kinshasa et des provinces. Là encore, la pédagogie s’impose : la réforme ne vise pas leur extinction, mais leur mutation professionnelle.

 

Conformément à la Recommandation 204 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui préconise une transition progressive de l’économie informelle vers l’économie formelle, ces acteurs ont un rôle d’avenir à jouer. Ils ne seront plus des changeurs clandestins exposés aux braquages de rue, mais deviendraient des agents financiers agréés.

En devenant des points de service officiels pour les banques, les institutions de microfinance ou les opérateurs de télécoms (sous le statut de « Sub-agents »), les cambistes :

– sécurisent leurs revenus grâce à des commissions officielles ;
– ⁠sortent de la précarité et accèdent eux-mêmes au crédit bancaire pour développer leur affaire ;
– ⁠intègrent le tissu économique légal de la République.

Ce qui va changer concrètement

Ce qui sera interdit en avril 2027 :

❌ Payer un loyer, une parcelle ou une voiture avec des liasses de billets de dollars américains.

❌ Acheter des marchandises au marché en dollars cash.

Ce qui reste TOTALEMENT autorisé :

– Payer en Francs congolais (CDF) en espèces, sans aucune limite de montant (dans le respect des seuils définis).

– Transférer des dollars par Mobile Money ou par virement bancaire pour des transactions importantes.

La transition d’ici le premier quadrimestre 2027 donne le temps nécessaire à l’écosystème pour s’adapter. En reprenant le contrôle de sa politique monétaire, la RDC ne détruit pas son économie : elle pose les fondations d’un État moderne, stable et financièrement souverain.

Tout le reste ne serait que pure manipulation. Et la population qui se réjouit de la stabilité actuelle de la monnaie nationale a confiance dans son caractère durable, mentionne le GREC spécialisé notamment dans les enquêtes socio-économiques.

L’allègement des frais sur le Mobile Money : Le levier de l’adhésion populaire

Le GREC estime, par ailleurs, que pour que cette transition numérique soit pleinement adoptée par la population, la Banque Centrale du Congo, en concertation avec les opérateurs de télécommunications et les fintechs, gagnerait à mettre en œuvre une politique stricte de réduction des coûts des transactions électroniques. L’objectif est de briser le mythe selon lequel « le paiement électronique coûte plus cher que l’espèce ». En plafonnant les frais de transfert de compte à compte et en tendant vers la gratuité des paiements marchands (le fait de payer ses courses ou ses factures directement depuis son téléphone), la BCC s’assurerait que le petit commerce ne soit pas pénalisé. Cette baisse concertée des tarifications stimulera la vélocité de la monnaie électronique et transformera le téléphone portable en un véritable portefeuille du quotidien, accessible même aux bourses les plus modestes.

Les institutions de microfinance : Les piliers de la souveraineté monétaire en province

Si la connectivité et la bancarisation classique sont fortement concentrées à Kinshasa et dans les grands centres miniers du Kivu, les institutions de microfinance (IMF) et les coopératives d’épargne (COOPEC) constituent le maillage vital pour le reste du territoire national. Présentes là où les banques commerciales n’ont pas d’agences, ces structures de proximité s’adaptent aux réalités locales grâce à des technologies de rupture. Elles déploient des solutions de banque hors-ligne (offline banking) et des terminaux connectés par satellite de petite taille, permettant de valider les transactions rurales de manière sécurisée sans dépendre des infrastructures terrestres. En intégrant ces institutions dans la réforme, la BCC garantirait que l’arrière-pays agricole ne soit pas exclu de la dynamique de formalisation de l’économie.

Le GREC ne doute aucunement de ce que l’Autorité monétaire a intégré la gestion des risques dans sa feuille de route opérationnelle, garantissant une transition maîtrisée grâce à l’interopérabilité des systèmes et des protocoles de secours. En encadrant le Mobile Money et le maillage des microfinances, l’institut d’émission sécurise une modernisation de l’économie qui est à la fois planifiée et inclusive.

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