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Afrique

Afrique du Sud : près de 73.000 étrangers reconduits à la frontière en un peu plus d’un mois

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L’Afrique du Sud accélère la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie de gestion des migrations.

Entre le 7 juin et le 14 juillet 2026, les autorités ont procédé au renvoi de 72.906 ressortissants étrangers en situation irrégulière vers leurs pays d’origine, principalement le Malawi, le Zimbabwe et le Mozambique.

Cette annonce a été faite par la Ministre de la Justice et des Services correctionnels, Mmamoloko Kubayi, lors de la présentation du premier bilan du plan gouvernemental consacré à la politique migratoire.

Selon la Ministre, plus de 68.000 personnes ont également été prises en charge par le Centre temporaire de traitement des rapatriements (TRPC) de Musina, situé à proximité de la frontière avec le Zimbabwe, entre le 14 juin et le 24 juillet.

Le Gouvernement met en avant un renforcement significatif du contrôle des frontières. Depuis avril, 93 opérations conjointes ont été menées contre les réseaux de trafic transfrontalier, tandis que des investissements supplémentaires sont prévus pour moderniser les infrastructures et les systèmes de surveillance.

Pretoria affirme vouloir bâtir un dispositif intégré capable de mieux protéger les frontières nationales tout en garantissant la fluidité des échanges commerciaux et des déplacements légaux.

Ces premières mesures s’inscrivent dans le plan en cinq axes présenté le 7 juin par le président Cyril Ramaphosa. Celui-ci prévoit notamment l’intensification des expulsions des migrants en situation irrégulière, le renforcement de la sécurité aux frontières, la lutte contre la corruption dans l’administration migratoire, la modernisation des systèmes d’identification et une révision de la législation relative à l’immigration et à l’emploi.

Les autorités estiment que les premiers résultats sont encourageants, tout en reconnaissant que plusieurs défis demeurent.

Une réponse aux tensions économiques et sociales

Le durcissement de la politique migratoire intervient dans un contexte de fortes pressions économiques. La persistance d’un chômage élevé, la faiblesse de la croissance et les inégalités sociales alimentent les débats sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail et les services publics.

Ces derniers mois, le mouvement citoyen March and March a multiplié les manifestations dans plusieurs grandes villes pour réclamer une application plus stricte de la législation migratoire. Ses militants estiment que l’immigration irrégulière accentue les difficultés économiques, accroît la pression sur les infrastructures publiques et favorise certaines formes de criminalité. Ces accusations restent toutefois sujettes à débat parmi les chercheurs et les organisations de défense des droits humains.

L’évolution de la situation suscite également des réactions à l’échelle continentale. Plusieurs États africains ont mis en place des dispositifs d’assistance et de rapatriement pour leurs ressortissants présents en Afrique du Sud. Le Ghana et le Nigeria ont, pour leur part, demandé à l’Union africaine d’inscrire à l’ordre du jour de son sommet de février 2027 la question des violences xénophobes, appelant à une réponse collective face à ce qu’ils qualifient de montée de « l’afrophobie ».

Des défis structurels persistants

Première économie industrialisée d’Afrique australe et deuxième économie du continent selon les classements de la Banque mondiale, l’Afrique du Sud demeure une destination privilégiée pour les travailleurs migrants de la région. Toutefois, le pays continue de faire face à des déséquilibres économiques profonds.

Si la Banque mondiale anticipe une amélioration de la croissance en 2026, celle-ci devrait rester insuffisante pour réduire sensiblement le chômage et la pauvreté. En 2025, le taux de chômage s’est établi en moyenne à 32,4 %, soit plus de huit millions de personnes sans emploi, tandis qu’environ 60 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté applicable aux pays à revenu intermédiaire supérieur.

Dans ce contexte, la politique migratoire s’impose comme un enjeu stratégique pour les autorités sud-africaines, à l’intersection des impératifs de sécurité, de gestion du marché du travail, d’intégration régionale et de compétitivité économique.

Olivier KAFORO

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