Afrique
Afrique : les pays membres de la Communauté d’Afrique de l’Est accélèrent le développement du commerce électronique

Les États membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) intensifient leurs efforts pour développer le commerce électronique et renforcer les échanges numériques dans la région.
Réunis du 13 au 15 octobre à Dar es-Salaam, en Tanzanie, les représentants des États membres ont examiné plusieurs mesures visant à améliorer le suivi des activités numériques, à renforcer la protection des consommateurs et à accélérer la mise en œuvre de la stratégie régionale sur le commerce électronique.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la Plateforme régionale de concertation sur le commerce électronique de l’EAC, un mécanisme destiné à coordonner les politiques et les initiatives des États partenaires afin de favoriser l’émergence d’un marché numérique régional intégré.
Les échanges ont notamment porté sur les infrastructures numériques, la logistique, la cybersécurité, les systèmes de paiement, les places de marché en ligne et les cadres réglementaires nécessaires au développement des transactions commerciales transfrontalières.
Des données fiables pour orienter les politiques publiques
D’après un communiqué rendu public à l’issue des travaux, l’amélioration du suivi et de l’évaluation de la Stratégie de l’EAC sur le commerce électronique a constitué l’un des principaux axes de la réunion.
La source indique que les participants à cette session ont procédé à l’examen et à l’actualisation des données de référence, en tenant compte des recommandations formulées lors des consultations nationales organisées entre septembre et octobre 2026.
L’objectif est de disposer de données plus fiables et plus complètes pour mesurer les progrès réalisés, identifier les obstacles persistants et orienter les décisions politiques en faveur du commerce numérique.
Pour Chris Matsiko, responsable des questions commerciales au ministère ougandais du Commerce, de l’Industrie et des Coopératives, le commerce électronique représente un levier important pour élargir l’accès aux marchés, faciliter les échanges transfrontaliers et soutenir l’entrepreneuriat. Il estime également que les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) pourraient tirer davantage profit des chaînes de valeur régionales et internationales grâce aux possibilités offertes par les plateformes numériques.
Toutefois, ces perspectives dépendent de la capacité des États à surmonter plusieurs contraintes, notamment les insuffisances des infrastructures numériques, les lacunes réglementaires, les difficultés logistiques, l’accès aux systèmes de paiement, le déficit de compétences numériques et les problèmes liés à la protection des consommateurs.
La confiance, un enjeu majeur pour les transactions numériques
Au-delà des infrastructures et de la réglementation, les États partenaires souhaitent renforcer la confiance des consommateurs et des entreprises dans les transactions électroniques. À cet effet, la réunion a permis d’examiner les enseignements tirés du Forum d’échange de connaissances sur le renforcement de la confiance dans le commerce électronique, organisé en Suisse et en Serbie en juillet 2026.
Les participants ont identifié plusieurs domaines prioritaires, dont l’harmonisation des règles de protection des consommateurs, le renforcement des mécanismes de règlement des différends en ligne et la promotion d’initiatives destinées à sécuriser les transactions numériques. Le dialogue entre les secteurs public et privé figure également parmi les pistes privilégiées pour améliorer la crédibilité des échanges commerciaux en ligne.
Ces mesures visent à instaurer un environnement numérique plus sûr et plus transparent, susceptible d’encourager les entreprises et les consommateurs à recourir davantage aux plateformes de commerce électronique, y compris pour les transactions entre pays de la région.
Les échanges intra-communautaires atteignent 19,65 milliards de dollars
Le développement du commerce électronique intervient dans un contexte de progression significative des échanges commerciaux entre les États partenaires de l’EAC.
Selon Gordon Kalema, responsable du Projet régional d’intégration numérique de l’Afrique de l’Est (EARDIP), le commerce intra-communautaire est passé de 1,6 milliard de dollars américains en 2005 à 19,65 milliards de dollars en 2025.
Cette évolution témoigne, selon lui, du potentiel économique de la région et des possibilités qu’offre le numérique pour consolider cette dynamique.
Le commerce électronique pourrait notamment permettre aux entreprises d’accéder à de nouveaux marchés, de réduire certaines contraintes liées aux échanges transfrontaliers et de multiplier les opportunités commerciales.
Les États partenaires entendent ainsi s’appuyer sur la croissance des échanges régionaux pour accélérer la transformation numérique de leurs économies et approfondir leur intégration économique.
La ZLECAf au cœur des perspectives d’intégration numérique
Les travaux ont également porté sur la préparation des États partenaires à la mise en œuvre du Protocole de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) relatif au commerce numérique. Cette dimension continentale complète les initiatives régionales de l’EAC, qui cherche à harmoniser ses approches et à renforcer la coordination entre ses États membres.
L’enjeu consiste à créer des conditions plus favorables aux échanges numériques, en améliorant la compatibilité des réglementations, la circulation des données et l’interopérabilité des systèmes de paiement.
Les participants ont par ailleurs évalué les progrès accomplis dans l’application de la Stratégie de l’EAC sur le commerce électronique et identifié des mesures destinées à accélérer sa mise en œuvre.
Un marché numérique régional en construction
Les ambitions de l’EAC reposent également sur le Projet régional d’intégration numérique de l’Afrique de l’Est (EARDIP), une initiative financée par la Banque mondiale pour soutenir l’intégration numérique et la connectivité dans la région.
Le projet vise notamment à élargir l’accès aux infrastructures régionales de haut débit, à renforcer les cadres juridiques et réglementaires du secteur numérique, à améliorer la gouvernance des données et à développer les compétences numériques. Il prévoit également de soutenir l’interopérabilité des paiements électroniques, la cybersécurité et le développement du commerce électronique transfrontalier.
À travers ces interventions, l’EAC ambitionne de favoriser la création d’un espace numérique régional dans lequel les entreprises et les consommateurs pourront accéder plus facilement aux services, effectuer des transactions et participer à l’économie numérique au-delà des frontières nationales.
Pour rappel, la Communauté d’Afrique de l’Est regroupe huit pays : la République démocratique du Congo, la Somalie, le Burundi, le Kenya, le Rwanda, le Soudan du Sud, l’Ouganda et la Tanzanie.
L’organisation poursuit un objectif d’intégration économique, politique, sociale et culturelle destiné à améliorer les conditions de vie des populations, notamment grâce au développement des échanges commerciaux, des investissements et de la production à valeur ajoutée.

Le renforcement du commerce électronique constitue ainsi un axe stratégique de cette ambition régionale. Sa concrétisation dépendra toutefois de la capacité des États partenaires à coordonner leurs politiques, à réduire les obstacles réglementaires et techniques et à instaurer un climat de confiance durable dans les échanges numériques.
Olivier KAFORO







