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Afrique : Christian Kazumba, de la banque à l’ingénierie du secteur privé

De la banque en France au conseil stratégique en Afrique, Christian Kazumba a construit son parcours autour d’un même sujet : comment créer les conditions permettant au secteur privé africain de grandir, de se financer et de devenir un moteur plus puissant de transformation économique.
Expert du développement du secteur privé subsaharien, il cumule plus de vingt ans d’expérience à des fonctions de direction en Europe et en Afrique. Son itinéraire professionnel l’a conduit de Paris à Abidjan, avec des responsabilités exercées notamment au Maroc, au Mali, au Burkina Faso, au Togo, en République démocratique du Congo et au Gabon.
Son profil se distingue surtout par la combinaison de trois univers qui se croisent rarement sur une même trajectoire : la banque, la gestion opérationnelle d’entreprises et le conseil en développement du secteur privé.
De Paris à la finance, le socle d’une carrière
Christian Kazumba est né en France, d’une mère française et d’un père congolais. Il effectue ses études à Paris, où il obtient une Maîtrise des Sciences de Gestion à l’Université Paris-Dauphine en 1991, puis un troisième cycle en Finances publiques et Fiscalité à l’Université Paris-Assas en 1992.
Sa carrière débute dans le secteur bancaire et financier français. Il y évolue pendant une quinzaine d’années. Une séquence importante se déroule chez Fortuneo, où il passe neuf ans et exerce successivement les fonctions de Directeur du service clients puis de Directeur du Développement. Ces postes lui permettent de travailler aussi bien sur le management que sur des projets transverses de développement.
Ce passage par la banque donnera une première cohérence à la suite de son parcours : comprendre une entreprise non seulement par ses comptes, mais aussi par ses clients, son organisation, sa stratégie et sa capacité à exécuter ses projets.
Le choix de l’Afrique et l’apprentissage du terrain
Il y a une quinzaine d’années, Christian Kazumba choisit de poursuivre sa carrière sur le continent africain, mû par le souhait de contribuer à son développement économique et de se rapprocher de ses origines subsahariennes.
Il commence alors un parcours essentiellement opérationnel. Au Maroc, il dirige notamment un site d’une entreprise française d’externalisation. Il prend ensuite la direction de filiales au Mali, au Burkina Faso et au Togo pour un groupe panafricain de services aux entreprises.
Cette étape est importante pour comprendre son positionnement. Avant de devenir conseiller des entreprises et des institutions, Christian Kazumba a lui-même dirigé des équipes et travaillé dans plusieurs environnements économiques africains. Son expertise sur les PME repose donc en partie sur une expérience directe de leurs marchés, de leurs contraintes organisationnelles et de leurs besoins de croissance.
En RDC, les PME deviennent un axe central
Le tournant vers le conseil intervient lorsqu’il choisit de concentrer davantage son activité sur des projets capables d’avoir un impact dans plusieurs pays.
En République démocratique du Congo, il pilote ainsi, pour le compte de KPMG, un projet de la Banque mondiale destiné au développement de l’écosystème entrepreneurial. Le programme comprend la mise en place de centres dédiés aux PME.
C’est aussi autour des PME que se structure progressivement une partie de sa réflexion économique. Dans une tribune publiée par Financial Afrik en 2023, il insiste sur la nécessité de rendre davantage les entreprises africaines « investissables », notamment en améliorant leur structuration et en rapprochant les mécanismes d’accompagnement des solutions de financement.
Son raisonnement est relativement constant : « créer une entreprise ne suffit pas. Pour changer d’échelle, une PME doit améliorer sa gouvernance, disposer d’une organisation solide, maîtriser ses finances et pouvoir accéder à des capitaux adaptés à son cycle de développement. »
De Libreville à Abidjan, le passage au conseil panafricain
Christian Kazumba rejoint ensuite Entrepreneurial Solutions Partners, ESP, cabinet panafricain de conseil et d’investissement spécialisé dans le développement du secteur privé.
Il dirige d’abord le bureau gabonais du cabinet, qui accompagne notamment le fonds d’investissement et la société de garantie du Fonds gabonais d’investissements stratégiques, (FGIS). Il rejoint ensuite Abidjan, où il supervise des responsables de programmes intervenant dans plusieurs pays africains.
Il exerce aujourd’hui les fonctions de Chief of Staff chez Entrepreneurial Solutions Partners, basé à Abidjan.
Pour Christian Kazumba, cette fonction se situe au croisement de la stratégie et de l’exécution.
Dans une analyse consacrée au métier de Chief of Staff, il explique que celui-ci doit notamment coordonner les priorités stratégiques du dirigeant, faciliter les interactions entre équipes, anticiper les difficultés et piloter certains projets complexes de transformation.
Son parcours professionnel semble ainsi suivre une progression assez lisible : gérer une activité, accompagner des entreprises, piloter des programmes, puis travailler sur la transformation même des organisations.
Fiscalité, dette et capital-investissement : une réflexion qui s’élargit
Christian Kazumba ne limite pas son activité aux missions de conseil. Depuis plusieurs années, il publie des tribunes consacrées aux grandes questions économiques africaines.
En 2018 déjà, il plaidait dans Financial Afrik pour une réforme de la fiscalité applicable aux PME en Afrique francophone, estimant nécessaire de mieux adapter le système fiscal aux réalités des entreprises de petite et moyenne taille et aux impératifs de formalisation.
En 2023, il s’interroge sur la capacité des fonds d’investissement à devenir un nouvel instrument de financement des PME en RDC, proposant notamment des véhicules adaptés à la taille et aux besoins du marché congolais.
En janvier 2025, son plaidoyer pour un Private Equity « made in Africa » prolonge cette réflexion. Il y défend une mobilisation plus importante des capitaux africains pour financer les entreprises du continent et réduire leur dépendance aux seules sources extérieures de financement.
Quelques mois plus tard, il aborde la dette publique africaine en appelant à ne pas juger sa soutenabilité sur le seul ratio dette/PIB, mais aussi selon le coût de l’emprunt, sa maturité, sa monnaie, son utilisation et la nature du créancier.
Cette production intellectuelle dessine une ligne : faire du financement, de la fiscalité et de la gouvernance des instruments capables de renforcer les entreprises et la souveraineté économique des économies africaines.
Un profil entre expertise économique et engagement
Christian Kazumba est également membre fondateur de l’Association des Administrateurs du Congo (ADAC), organisation qui travaille sur la promotion de la bonne gouvernance dans les entreprises publiques et privées congolaises.
Depuis 2025, il est aussi responsable du Chapter Côte d’Ivoire des Alumni de Paris-Dauphine, chargé notamment de fédérer la communauté locale des anciens étudiants et de développer les échanges entre diplômés et monde professionnel.
Banque, management, PME, investissement, gouvernance, fiscalité et dette publique : les différentes séquences de son parcours finissent ainsi par converger.
Christian Kazumba appartient à ces profils qui abordent le développement économique africain par le secteur privé et par la capacité des entreprises locales à devenir plus solides, mieux financées et mieux gouvernées.
De Paris aux capitales économiques africaines, son itinéraire raconte surtout le passage d’un métier de financier à celui d’un praticien du développement du secteur privé. Avec une conviction qui revient dans ses travaux : l’Afrique ne manque pas seulement d’entrepreneurs. Elle doit encore bâtir autour d’eux les institutions, les capitaux et les organisations capables de transformer leurs initiatives en entreprises durables.
Flory MUSISWA






