Afrique
Dette en Afrique : Christian Kazumba pointe le paradoxe d’États moins endettés mais plus pénalisés

La dette publique américaine a franchi, le 18 août 2026, le seuil symbolique de 40.000 milliards USD. Un montant plus de vingt fois supérieur à l’encours de la dette publique de l’ensemble du continent africain, estimé par la Banque africaine de développement (BAD) à plus de 1.800 milliards USD.
Dans une interview accordée à Zoom-eco.net, l’économiste Christian Kazumba met en avant un paradoxe : plusieurs États africains présentent des indicateurs d’endettement plus favorables que ceux de grandes puissances, mais continuent de payer leur financement beaucoup plus cher.
« La vraie question n’est peut-être pas qui doit combien, mais qui contrôle la monnaie dans laquelle il doit », résume-t-il.
Le ratio dette-PIB ne raconte pas toute l’histoire
Selon la BAD, le ratio moyen de dette publique en Afrique devrait reculer à 61,4 % du PIB en 2026.
Aux États-Unis, le Fonds monétaire international (FMI) projette une dette brute des administrations publiques équivalente à 125,8 % du PIB.
Pris isolément, le ratio donnerait donc l’avantage au continent africain. Mais la capacité à supporter une dette dépend également de la monnaie utilisée, de la profondeur des marchés financiers et de la confiance accordée à l’emprunteur.
Les États-Unis empruntent principalement dans leur propre monnaie. Le dollar conserve en outre une place centrale dans le commerce et les réserves internationales, donnant au Trésor américain une capacité de financement très différente de celle des États africains.
En Afrique, le coût compte autant que le volume
La fragilité apparaît davantage dans la structure de la dette.
Selon la BAD, la part des emprunts commerciaux dans l’endettement africain est passée de 35 % en 2010 à 46 % fin 2023.
En 2024, le service de la dette publique extérieure absorbait en moyenne 31 % des recettes publiques.
Le FMI observe parallèlement qu’une part croissante de la dette en Afrique subsaharienne est levée sur les marchés domestiques.
Cette évolution limite certains risques de change, mais elle peut s’accompagner de taux élevés et d’échéances plus courtes.
« Les marchés regardent la nature de la dette, ceux qui la détiennent, la monnaie dans laquelle elle est libellée et la diversification de l’économie qui la porte », souligne Christian Kazumba.
Des performances encore mal transformées en confiance
Certaines économies africaines affichent ainsi des ratios d’endettement plus maîtrisés que plusieurs économies avancées. Pourtant, elles continuent de supporter des primes de risque élevées.
En mars 2026, la BAD relevait un élargissement des primes sur les obligations souveraines africaines, de 347 à 400 points de base.
La gouvernance, la mobilisation des recettes, la diversification économique et la transparence restent déterminantes. Mais une autre faiblesse persiste : plusieurs pays africains peinent encore à présenter leurs progrès économiques de manière suffisamment lisible et crédible aux investisseurs.
Le narratif ne remplace pas les fondamentaux. Il peut cependant contribuer à mieux les faire comprendre et à réduire l’écart entre performances économiques et perception du risque.
Christian Kazumba inscrit justement ses analyses dans cette lecture croisée de la finance, de la stratégie et des économies africaines. Son expertise sur les questions d’endettement, de financement et de positionnement économique peut notamment accompagner entreprises, institutions et investisseurs souhaitant mieux comprendre les marchés africains et leurs dynamiques.
Flory MUSISWA






