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REGIDESO : derrière le bénéfice historique de 56,3 milliards de CDF, un redressement encore fragile

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Le retour aux bénéfices de la REGIDESO, confirmé par son rapport annuel 2025, constitue un signal positif pour les entreprises publiques congolaises. Mais derrière ce résultat comptable, les déficits de l’activité courante, les pertes d’eau, les impayés de l’État et le manque d’investissements continuent de fragiliser le redressement du service public de distribution d’eau.

La REGIDESO renoue avec les bénéfices, mais le redressement est encore loin d’être consolidé.

Dans une publication sur son compte X, Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances de la République démocratique du Congo, salue les résultats de l’entreprise publique, tout en appelant à des réformes structurelles pour assurer sa viabilité financière et améliorer durablement l’accès à l’eau potable.

Selon les chiffres qu’il met en avant, le rapport annuel 2025 de la REGIDESO fait état d’un bénéfice de 56,3 milliards de francs congolais (CDF). Un résultat historique, qui témoigne d’une évolution encourageante dans la gestion de cette entreprise stratégique.

Toutefois, l’ancien argentier national invite à distinguer la performance comptable de la rentabilité réelle de l’activité.

En effet, ce bénéfice reposerait largement sur des éléments exceptionnels et des ajustements comptables, tandis que l’exploitation courante demeure déficitaire. Autrement dit, la REGIDESO affiche un résultat net positif sans avoir encore résolu les déséquilibres fondamentaux de son modèle économique.

Une réforme de la gouvernance à consolider

Pour Nicolas Kazadi, ce retour aux bénéfices mérite d’être salué, notamment parce qu’il constitue un signal encourageant pour les entreprises publiques congolaises. Il souligne également la contribution de la réforme ayant ouvert le recrutement des dirigeants à une procédure compétitive, ainsi que les efforts de l’équipe conduite par le directeur général, David Tshilumba Mutombo.

Au-delà des chiffres, cet enjeu touche à la gouvernance des entreprises publiques. La sélection des dirigeants sur la base de leurs compétences, de leur expérience et de leur capacité à produire des résultats peut contribuer à améliorer la gestion des établissements publics, à condition que cette exigence s’accompagne d’objectifs mesurables, d’un contrôle rigoureux et d’une obligation de rendre compte.

Le défi consiste désormais à transformer cette amélioration comptable en performance opérationnelle durable.

Pour la REGIDESO, cela suppose notamment de réduire les pertes, d’augmenter les recettes effectivement encaissées, de maîtriser les charges et de mobiliser les financements nécessaires à la modernisation de ses infrastructures.

Près de 40 % de l’eau livrée échappe à la facturation

Sur le plan opérationnel, les données relayées par l’ancien ministre font état d’une progression de 2,9 % du volume d’eau livré au réseau, passé de 336,3 millions à 346 millions de mètres cubes en 2025.

Cette évolution constitue un progrès, mais elle reste insuffisante au regard des pertes commerciales et des difficultés de distribution.

Environ 40 % de l’eau produite ou livrée au réseau ne serait pas facturée, tandis que près de la moitié des points de vente seraient inactifs.

Ces dysfonctionnements réduisent les recettes d’une entreprise dont la capacité d’autofinancement dépend largement de la facturation et du recouvrement des consommations. L’eau non facturée représente ainsi un manque à gagner considérable, qu’il soit lié aux fuites physiques, aux défaillances des compteurs, aux branchements irréguliers ou aux insuffisances du système commercial.

La priorité ne consiste donc pas uniquement à accroître la production. Elle consiste également à mieux mesurer les volumes distribués, à sécuriser les branchements, à fiabiliser la facturation et à recouvrer les recettes dues.

À Kinshasa, la desserte recule malgré les besoins croissants

La situation est particulièrement préoccupante dans la capitale. Selon les chiffres cités par Nicolas Kazadi, le taux de desserte en eau à Kinshasa s’établit à 58 %, en baisse de 8,2 points.

Cette évolution met en évidence le décalage entre les besoins des populations et les capacités du service public.

Dans une ville en expansion démographique, l’insuffisance des infrastructures et les difficultés d’exploitation contribuent à maintenir de nombreux ménages dans une situation d’accès irrégulier, voire inexistant, à l’eau courante.

Dans les autres provinces, les investissements consacrés à la réhabilitation des infrastructures ne produisent pas toujours les résultats attendus. Certaines installations remises en état ne peuvent fonctionner en continu faute d’une alimentation électrique suffisante.
À ces contraintes s’ajoutent les conséquences de la guerre dans les zones affectées, les érosions et les coupures d’électricité.

La performance de la REGIDESO dépend donc aussi de facteurs qui dépassent la seule gestion interne de l’entreprise : disponibilité de l’énergie, sécurité des installations, aménagement urbain et financement des infrastructures.

Le financement de la réhabilitation du réseau constitue un autre point de vulnérabilité.

D’après les données avancées par l’ancien Ministre des Finances, Nicolas Kazadi, seulement 88.272 dollars auraient été exécutés sur une enveloppe prévisionnelle de 27,6 millions de dollars, soit un taux de réalisation d’environ 0,3 %. Un tel écart, s’il est confirmé par les documents budgétaires détaillés, soulève des interrogations sur la capacité de l’entreprise à transformer ses prévisions en investissements effectifs.
Or, sans renouvellement des conduites, réparation des fuites, extension du réseau et modernisation des équipements, les gains de production risquent de ne pas se traduire par une amélioration proportionnelle de la desserte.

La rentabilité financière de la REGIDESO dépend précisément de sa capacité à investir dans les actifs qui permettent de fournir un service régulier et de générer des recettes.

L’enjeu est donc double : mobiliser des ressources nouvelles et améliorer l’exécution des dépenses d’investissement. Les appuis des partenaires extérieurs peuvent contribuer au financement de grands projets de production, tandis que les ressources internes et de nouveaux partenariats devraient soutenir la modernisation du réseau de distribution.

L’État, premier débiteur de la REGIDESO

La situation financière de l’entreprise ne peut cependant être analysée sans tenir compte des obligations de l’État.

Les impayés des administrations publiques envers la REGIDESO dépasseraient 1.289 milliards de CDF, soit 88 % des créances nettes, selon les chiffres cités par Nicolas Kazadi.

En parallèle, l’entreprise accumulerait 920,1 milliards de CDF de dettes fiscales et sociales et devrait 197,6 milliards de CDF à la Société nationale d’électricité (SNEL). Ces montants illustrent un problème structurel de finances publiques : les organismes publics se retrouvent liés par des créances et des dettes croisées qui fragilisent leur trésorerie respective.

Lorsque l’État ne règle pas ses factures d’eau, la REGIDESO perd des ressources nécessaires à son fonctionnement et à ses investissements.

Lorsqu’elle ne parvient pas à honorer ses obligations fiscales, sociales et énergétiques, elle contribue à son tour aux difficultés financières d’autres institutions.

Cette interdépendance appelle une réponse coordonnée. La régularisation des factures publiques, l’identification des créances réciproques et l’établissement de mécanismes de paiement crédibles pourraient contribuer à assainir les comptes.

Encore faut-il que ces opérations reposent sur des montants vérifiés et un calendrier de règlement réaliste.

La question tarifaire constitue l’un des principaux arbitrages économiques auxquels la REGIDESO est confrontée.

Nicolas Kazadi estime que le blocage du prix de l’eau ne garantit pas automatiquement la protection des ménages les plus pauvres. Le raisonnement est économique : lorsqu’un tarif ne permet pas de couvrir durablement les coûts d’exploitation et de contribuer au renouvellement des infrastructures, l’entreprise risque de manquer des ressources indispensables à la continuité du service.

Les conséquences peuvent alors être paradoxales. Les ménages raccordés au réseau bénéficient du tarif officiel, tandis que ceux qui n’ont pas accès à l’eau courante doivent acheter leur eau auprès de revendeurs, parfois à des prix nettement supérieurs.

Une politique tarifaire viable ne signifie toutefois pas une augmentation uniforme des prix sans protection sociale. Elle suppose une évaluation transparente des coûts, une tarification soutenable et des mécanismes d’accompagnement ciblés : branchements sociaux, aides aux ménages vulnérables et dispositifs spécifiques pour les populations les moins bien desservies. L’objectif est de concilier trois impératifs : l’accessibilité financière de l’eau, la viabilité de l’entreprise et l’extension effective du service public.

Deux priorités pour transformer l’essai

Face à ces défis, l’ancien ministre des Finances avance deux pistes prioritaires. La première consiste à installer des compteurs prépayés dans les bâtiments publics, avant d’étendre progressivement ce dispositif à l’ensemble de la clientèle. Cette mesure pourrait améliorer la maîtrise des consommations, réduire les impayés et renforcer la discipline de paiement, à condition de prévoir des mécanismes de gestion adaptés et des garanties d’accès au service.

La seconde priorité porte sur l’accélération des investissements, aussi bien dans la production que dans la distribution. Les financements extérieurs pourraient soutenir la construction ou la réhabilitation des infrastructures de production, tandis que les ressources internes et les partenariats devraient contribuer à réduire les pertes, à renouveler les canalisations et à étendre le réseau.

La réussite de ces deux chantiers dépendra également de la qualité de l’exécution, de la transparence dans l’utilisation des fonds et de la capacité à mesurer les résultats obtenus sur le terrain.

Un bénéfice historique, mais pas encore une victoire économique

Le rapport annuel 2025 de la REGIDESO fait apparaître une évolution positive, mais encore fragile.

Le bénéfice de 56,3 milliards de CDF constitue un signal encourageant pour la gouvernance des entreprises publiques. Il ne suffit cependant pas à démontrer que l’entreprise a retrouvé un équilibre économique durable.

Les pertes d’eau, la faiblesse du taux de desserte à Kinshasa, le déficit de l’activité courante, l’insuffisance des investissements et l’accumulation des créances et des dettes demeurent des obstacles majeurs.

Le véritable indicateur du redressement ne sera donc pas seulement le résultat net affiché à la fin de l’exercice. Il faudra aussi observer l’amélioration de la rentabilité opérationnelle, la réduction des volumes non facturés, la progression du recouvrement, l’exécution des investissements et, surtout, l’accès effectif des ménages à une eau potable disponible et abordable.

Pour la REGIDESO, l’enjeu est désormais de transformer une performance comptable historique en une amélioration durable du service public.

Pour l’État actionnaire, il s’agit de consolider la réforme de la gouvernance, d’honorer ses propres engagements financiers et de donner à l’entreprise les moyens d’accomplir sa mission économique et sociale.

Olivier KAFORO

ZoomEco TV