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Rentrée scolaire : Le Franc congolais à l’épreuve des pressions saisonnières

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À l’approche de septembre, le Franc Congolais maintient sa stabilité face au dollar américain.

Au-delà du taux indicatif de 2 263,43 CDF/USD publié le 31 août, c’est surtout la faible volatilité du change qui retient l’attention.

Dans une économie encore fortement dollarisée, cette accalmie constitue à la fois un signal macroéconomique favorable et un test pour la crédibilité de la politique monétaire.

À quelques jours de la rentrée scolaire, le marché des changes congolais aborde une période traditionnellement sensible sans tension majeure apparente.

Le taux indicatif publié le lundi 31 août par la Banque Centrale du Congo (BCC) situe le cours moyen à 2 263,43 CDF pour un dollar américain, contre un cours acheteur moyen de 2 212,38 CDF et un cours vendeur moyen de 2 314,48 CDF.

Pris isolément, le niveau du taux de change renseigne cependant moins que sa trajectoire. C’est la faible amplitude des variations enregistrées ces dernières semaines qui constitue le principal signal. Le Franc Congolais évolue dans une zone de relative stabilité face au dollar, alors même que l’économie entre dans une séquence susceptible d’accroître la demande de liquidités et, potentiellement, de devises.

Dans une économie caractérisée par une dollarisation persistante et par une sensibilité importante des prix intérieurs aux mouvements du change, cette stabilité mérite donc d’être analysée au-delà de la seule photographie du 31 août.

Septembre, premier test de résistance

La rentrée scolaire constitue un test intéressant pour le marché des changes. Elle concentre traditionnellement des dépenses importantes des ménages : frais scolaires, fournitures, uniformes, transport, équipements et consommation courante.

L’augmentation saisonnière des besoins de trésorerie peut entraîner des arbitrages de portefeuille et, dans certains cas, une demande supplémentaire de devises.

Le Comité de Politique Monétaire avait d’ailleurs identifié, lors de sa réunion du 17 juillet, les dépenses saisonnières liées à la rentrée parmi les facteurs appelant une vigilance particulière.

Que le Franc Congolais aborde cette période sans volatilité marquée constitue donc un signal favorable.

L’enjeu ne réside pas seulement dans la parité CDF/USD. Il concerne également le canal de transmission du taux de change vers les prix intérieurs.

Dans une économie où une partie des biens consommés est importée et où le dollar demeure une référence dans la formation de nombreux prix, une dépréciation rapide peut alimenter l’inflation par le renchérissement des importations, mais aussi par les anticipations.

À l’inverse, un change relativement stable contribue à réduire ce canal de transmission et améliore la prévisibilité des décisions économiques.

Le couple change-inflation au centre de l’analyse

La stabilité actuelle du Franc doit ainsi être mise en perspective avec l’évolution de l’inflation.

Lorsque la décélération des prix coïncide avec une faible volatilité du change, le signal envoyé aux agents économiques est plus puissant que celui résultant de la seule évolution de la parité.

Ce couple change-inflation constitue l’un des déterminants essentiels de la crédibilité monétaire.

Pour les entreprises, un taux de change moins volatil réduit l’incertitude entourant les coûts futurs des intrants importés et améliore les conditions de planification.

Pour les banques, il influence les arbitrages de portefeuille et la structure des dépôts.

Pour les ménages, il agit sur la préférence entre détention du Franc Congolais et détention de devises.

L’enjeu devient alors celui des anticipations. Une économie fortement dollarisée peut en effet entrer dans un cercle auto-entretenu lorsque les agents anticipent une dépréciation : la demande préventive de dollars augmente, ce qui exerce une pression supplémentaire sur le change et peut finir par valider l’anticipation initiale. À l’inverse, une stabilité suffisamment durable peut contribuer à désamorcer ce mécanisme. Moins les agents anticipent une perte rapide de valeur du Franc, moins ils éprouvent le besoin de convertir immédiatement leurs encaisses en devises.
C’est à ce niveau que la stabilité du change peut commencer à produire des effets structurels.

Politique monétaire : préserver l’équilibre sans relâcher la vigilance

Cette configuration ne peut cependant être considérée comme définitivement acquise. La trajectoire du Franc dépend simultanément de la liquidité bancaire, de l’orientation de la politique monétaire, de l’évolution des finances publiques, des réserves internationales, des recettes d’exportation, de la demande d’importations et des anticipations des agents. Ces derniers mois, plusieurs paramètres ont évolué dans un sens favorable. Les réserves internationales se sont renforcées, les pressions inflationnistes se sont atténuées et les fluctuations du marché des changes sont demeurées contenues.

La question, pour les prochains mois, sera moins de savoir si le taux de change peut rester exactement à 2 263 CDF/USD que de déterminer si les fondamentaux permettront de conserver une volatilité maîtrisée sans compromettre les autres objectifs de la politique économique.

Cette nuance est importante. La stabilité monétaire ne se confond pas avec la fixité du taux de change. Dans un marché où les transactions sont conclues de gré à gré et où les taux publiés par la BCC sont indicatifs, des mouvements à la hausse comme à la baisse sont normaux.

L’indicateur pertinent réside davantage dans l’ampleur, la fréquence et la persistance des variations. Une monnaie peut donc être stable tout en fluctuant.

Réserves, liquidité et coordination des politiques : les variables à surveiller
Trois facteurs seront particulièrement déterminants pour la suite.

Le premier est la liquidité. Une expansion excessive des encaisses en francs, si elle n’est pas absorbée par une demande correspondante de monnaie nationale, peut se reporter sur le marché des changes.

Le calibrage des instruments monétaires reste dès lors essentiel.

Le deuxième concerne les réserves internationales. Leur renforcement améliore la capacité de l’économie à absorber des chocs externes et contribue à crédibiliser la position extérieure du pays. Elles ne constituent cependant pas, à elles seules, une garantie de stabilité : leur niveau doit être apprécié parallèlement aux besoins d’importation, aux flux de devises et à l’évolution de la balance des paiements.

Le troisième facteur est la coordination entre politiques monétaire et budgétaire. Une politique monétaire restrictive ou prudente peut difficilement produire durablement ses effets si elle doit compenser des déséquilibres budgétaires importants. La stabilité actuelle devra donc aussi être appréciée à l’aune de la discipline des finances publiques au cours des prochains mois.

C’est cette combinaison maîtrise de la liquidité, consolidation des réserves et cohérence du policy mix  qui déterminera largement la capacité du Franc à prolonger sa séquence actuelle.

La stabilité peut-elle amorcer une dédollarisation par la confiance ?
Au-delà de la conjoncture, l’expérience actuelle pose une question plus structurelle : une stabilité durable du Franc Congolais peut-elle contribuer à modifier les comportements monétaires dans une économie fortement dollarisée ?
La dollarisation congolaise n’est pas seulement transactionnelle. Elle est également comportementale. Les épisodes historiques d’inflation et de dépréciation ont progressivement installé le dollar comme réserve de valeur, moyen de paiement et, surtout, unité de compte.
D’où ce paradoxe familier : percevoir un revenu en francs, mais raisonner en dollars.
Modifier cet équilibre suppose davantage qu’une réglementation. La demande de monnaie dépend largement de la confiance que les agents accordent à sa capacité à conserver sa valeur.

Si la stabilité du Franc se prolonge, le coût économique de la détention d’encaisses en monnaie nationale diminue. Les ménages ont moins intérêt à convertir immédiatement leurs revenus en devises ; les entreprises peuvent plus facilement établir leurs prix et leurs budgets en CDF ; et l’épargne en monnaie nationale peut progressivement gagner en attractivité, sous réserve évidemment de rendements réels suffisamment favorables.
Il pourrait alors s’amorcer ce que l’on pourrait qualifier de dédollarisation par la confiance, complémentaire à la dédollarisation par la réglementation. C’est probablement l’un des enjeux les plus importants de la période actuelle.

De la stabilité statistique à la confiance monétaire

Cette dimension comportementale apparaît jusque dans les perceptions individuelles.

Interrogée sur ses dépenses au cours d’un séjour à Kinshasa, une étudiante congolaise de la diaspora résumait récemment son approche en ces termes : « Il faudrait commencer par penser en monnaie nationale avant de dépenser. C’est aussi une question de patriotisme et de fierté de notre identité. »

Avant de conclure : « Soyons francs, vivons francs. »

La formule relève davantage du registre symbolique que de l’analyse économique. Elle traduit néanmoins une question centrale de toute politique de dédollarisation : dans quelle monnaie les agents pensent-ils la valeur ? Une monnaie nationale retrouve véritablement sa fonction d’unité de compte lorsque les prix, les revenus, l’épargne et les décisions d’investissement commencent à être spontanément évalués dans cette monnaie plutôt que systématiquement convertis dans une devise étrangère.

La confiance monétaire possède donc une dimension économique, mais aussi institutionnelle et psychologique.

Le véritable enjeu : transformer l’accalmie en régime de stabilité

À la veille de septembre, le taux de 2 263,43 CDF/USD constitue ainsi moins un aboutissement qu’un point d’observation. Le Franc Congolais aborde une période de dépenses saisonnières avec une volatilité contenue.

L’inflation s’est sensiblement modérée, les réserves internationales se sont renforcées et les instruments de politique monétaire continuent d’être ajustés. L’ensemble dessine une configuration plus favorable qu’au cours de précédents épisodes de tensions.
Mais le véritable test commence maintenant. Il faudra observer si cette stabilité résiste aux besoins saisonniers de liquidité, aux évolutions budgétaires, aux chocs extérieurs et aux anticipations des agents. Il faudra surtout déterminer si elle devient suffisamment persistante pour modifier durablement les comportements.
Car la réussite ne se mesurera pas seulement au nombre de francs nécessaires pour acheter un dollar. Elle se mesurera aussi à la capacité du Franc Congolais à retrouver pleinement ses trois fonctions économiques : unité de compte, moyen de paiement et réserve de valeur.

Si cette confiance s’installe durablement, gagner en francs, fixer ses prix en francs, épargner en francs et investir en francs pourront progressivement redevenir des choix économiques rationnels plutôt que de simples injonctions.

À cette condition, la formule « Soyons francs, vivons francs » pourrait dépasser le registre du slogan pour traduire une évolution plus profonde : celle du rapport des agents économiques congolais à leur propre monnaie.

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