Afrique
Maroc-Espagne : plus de 2.500 migrants survivent dans la précarité

Cinq jours après l’afflux massif de quelque 60.000 personnes, l’enclave espagnole tente de retrouver une normalité de façade, mais dans les quartiers périphériques, des centaines de migrants, pour la plupart originaires d’Afrique subsaharienne, du Bangladesh ou de Syrie, errent sans abri, dans l’attente d’une solution qui ne vient pas.
Cueta, ville à deux vitesses
Cinq jours après l’entrée à la nage de plus de 60.000 migrants par la frontière du Tarajal, la ville de Ceuta est devenue un territoire à deux vitesses.
D’un côté, le centre-ville, où un important dispositif policier et militaire a rétabli une tranquillité de surface. Les touristes ont retrouvé les rues, et la plage du Tarajal, théâtre de l’entrée massive jeudi dernier, a rouvert ses portes aux baigneurs.
De l’autre, la réalité des quartiers périphériques est tout autre.
Selon les chiffres du Gouvernement espagnol, 2.500 migrants sont toujours présents dans l’enclave, même si les autorités locales estiment ce nombre entre 3.000 et 5.000. Parmi eux, plus de 800 mineurs non accompagnés.
Des conditions de vie indignes
À quelques kilomètres du centre, près de la barriada de Benítez, sur la Playa del Trampolín, des dizaines de migrants subsahariens, bangladais et syriens s’entassent sous des parasols, sur le sable ou sur des transats abandonnés.
Le Centre de Séjour Temporaire pour Migrants (CETI), situé à trois cents mètres, est saturé : il accueille plus de 1.000 résidents pour 512 places disponibles.
Certains ont trouvé refuge dans l’ancien cimetière musulman de Sidi Embarek. Ses murs blancs sont couverts de traces noires, témoignages des passages répétés. À l’intérieur, ils entassent leurs affaires, se douchent avec les tuyaux d’arrosage et installent des couchettes entre les tombes.
Parallèlement, des familles cherchent désespérément leurs proches disparus après les traversées périlleuses. Le bilan humain s’alourdit : au moins 88 personnes ont perdu la vie, selon un décompte provisoire des autorités de Ceuta.
Pendant ce temps, les panaderías des quartiers populaires restent sans pain, délivrant des tickets à échanger « quand il y en aura ». Une métaphore amère d’une ville qui attend, elle aussi, que la vie reprenne.
Dieumerci ANAWEZI



















