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Xi à Washington : l’art d’organiser la rivalité

Le président chinois Xi Jinping est en visite d’État aux États-Unis du 23 au 25 septembre. La première depuis 2015. Alors pour comprendre ce qui se joue, je vous propose de remonter le temps, et d’écouter ce que la Chine a dit, à chaque étape.
Février 1972. Nixon débarque en Chine en pleine guerre froide, et le communiqué de Shanghai pose la règle qui n’a jamais bougé depuis : une seule Chine. Le 1er janvier 1979, la Chine et les États-Unis établissent officiellement leurs relations diplomatiques. Une seule Chine, trois communiqués conjoints sino-américains : c’est le socle politique de toute la relation. Puis 20 ans d’intégration économique, jusqu’à l’entrée de la Chine à l’OMC en 2001. Washington parie que le commerce rapprochera les systèmes. La Chine retient une autre leçon : le développement d’abord.
Septembre 2015. Xi Jinping effectue une visite d’État aux États-Unis, à l’invitation du président Barack Obama. Il parle d’un nouveau modèle de relations entre grandes puissances. Dès 2017, tout bascule. Trump à Beijing, Xi assure que le Pacifique est assez vaste pour les deux pays. Quelques mois plus tard, la guerre commerciale.
Puis la présidence Biden, et trois rencontres, trois étapes.
Bali, novembre 2022, en marge du G20. La relation est au plus bas. Le message chinois est net : Taiwan est le cœur des intérêts fondamentaux, la première ligne rouge.
Woodside, près de San Francisco, novembre 2023, pendant l’APEC. L’année de la réparation. Xi y affirme que la planète est assez grande pour que les deux pays prospèrent, et que la Chine n’a pas l’intention de remplacer les États-Unis. Un résultat concret : la reprise des contacts militaires.
Lima, novembre 2024. Xi Jinping fixe quatre lignes rouges : Taiwan, la démocratie et les droits de l’homme, le système politique, le droit au développement. Et il promet la continuité, quel que soit le locataire de la Maison Blanche.
Puis 2025. Des droits de douane à trois chiffres. Washington a voulu faire du commerce une arme. Le résultat ? À rebours de ce qu’espérait la Maison Blanche, les usines ne sont pas revenues, mais les prix ont monté, d’abord chez les Américains. Les agriculteurs du Midwest ont perdu leur premier client pour le soja, les constructeurs automobiles ont payé plus cher l’acier et les composants, et le consommateur a réglé la note. Beijing, de son côté, a appris à répondre coup pour coup. À Busan en octobre, premier face-à-face entre Xi et Trump depuis six ans, les deux pays s’entendent pour élargir leurs échanges agricoles, et Xi le dit clairement : la Chine et les États-Unis doivent être des partenaires et des amis.
En mai 2026 à Beijing, les deux présidents adoptent une nouvelle définition, la relation de stabilité stratégique constructive, censée guider les trois prochaines années. Une stabilité positive où la coopération domine, saine où la concurrence reste mesurée, normale où les différends sont maîtrisés, durable où la paix reste l’horizon.
Regardez le glissement des mots en cinquante ans. Normalisation, partenariat, nouveau modèle de relations entre grandes puissances, et désormais stabilité stratégique constructive. On organise la rivalité pour qu’elle ne déraille pas.
Et un chiffre qui dit que ce cadre produit déjà quelque chose : l’objectif fixé à Woodside, 50 000 jeunes Américains accueillis en Chine en cinq ans, est déjà atteint, avec de l’avance.
Alors, que peut donner cette visite ? À mes yeux, plusieurs sujets. D’abord le commerce : la trêve expire le 10 novembre, et le vice-Premier ministre He Lifeng et le secrétaire au Trésor Scott Bessent ont préparé les négociations à New York. Les présidents n’ont plus qu’à trancher. Puis Taiwan, toujours la question la plus importante aux yeux de Beijing, celle qui conditionne tout le reste. Ensuite l’intelligence artificielle, et là ce sont des questions plus que des annonces. Comment encadrer une technologie ? Où s’arrête la concurrence ? Qui écrit les règles internationales, et pour qui, pour une puissance ou pour la planète entière ? Enfin les autres chantiers multilatéraux, transition verte, lutte antidrogue, où les deux pays ont plus à partager qu’à disputer.
Sur toute cette route, les désaccords n’ont jamais disparu. L’objectif n’est pas de les effacer. C’est de maîtriser les risques et de stabiliser les attentes. Les deux premières économies du monde se retrouvent jeudi. Attendons de voir.
Shanhui ZHANG
Présentatrice et chroniqueuse, CGTN







