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RDC : « Il nous faut une stratégie audacieuse pour l’augmentation du fonds de transition écologique », dixit A. Tcheta-Bampa

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Le financement de la transition écologique et énergétique est une opportunité pour la RDC afin de s’adapter et prospérer. S’il est évident que la répartition du fonds de transition énergétique sera reliée aux politiques économiques d’environnement entreprises par chaque pays pauvre avant 2020, c’est tout aussi clair que les économies d’Afrique centrale qui mettront en place très tôt des politiques économiques ambitieuses bénéficieront beaucoup plus du fonds plus que ceux qui prendront en retard. Dans cette interview exclusive, Albert Tcheta-Bampa préconise la mise en place d’un « Groupe de Réflexion sur la Stratégie de la RDC pour une augmentation conséquente du fonds de transition écologique et énergétique ». Objectif : présenter d’ici à la fin 2016 une stratégie clé en main (sous forme d’un rapport ou d’un ouvrage) qui comporterait quelques réformes applicables par le gouvernement dès 2017.

Zoom Eco : Monsieur Albert Tcheta-Bampa, pourriez – vous nous expliquer le sens de de l’initiative du Groupe de Réflexion dont vous en êtes auteur ?

Albert Tcheta-Bampa : Merci ! Notre démarche est d’abord militante. Nous voulons, comme des nombreuses personnes à travers le monde entier, nous battre contre les dommages causés par le réchauffement de la planète. Nous sommes animés par cette « volonté de changer la société, changer le monde. » Nous portons la même volonté, la volonté d’être utile et d’agir. C’est tout le sens du militantisme de ce groupe de réflexion.

Ensuite, il s’agit d’une démarche altruiste, c’est-à-dire de solidarité intergénérationnelle pour la continuité de l’humanité. Les membres de ce groupe de réflexion partagent tous la responsabilité de léguer aux générations futures une terre qui ne soit pas un jour irrémédiablement endommagée par l’activité humaine. Militer contre le réchauffement climatique, c’est lutter contre les inégalités intergénérationnelle à l’échelle du monde. C’est aussi lutter contre une dévalorisation de l’humanité. C’est exiger que nous portions nos valeurs là où elles nous rendent encore plus responsables, c’est-à-dire l’avenir de la planète où nous vivons, pour quelque temps.

De plus, nous voulons donner une dimension humaine et simple aux discours trop techniques et difficiles pour les populations. Lorsqu’on lit les textes des scientifiques sur les sérieux dangers environnementaux associés à la croissance, y compris les textes des conférences sur le climat, on a parfois du mal à les comprendre. En tout cas, on sait simplement qu’on veut réduire le réchauffement, et c’est déjà pas mal. Oui, il y a tellement de textes qui s’accumulent et qui finissent par occulter ce qu’est finalement l’attente des populations, mais surtout l’action des Etats. Ce que nous voulons, c’est adopter un langage simple.

Enfin, le sens de notre démarche est scientifique, parce que même si qu’il n’y a plus de débat sur l’existence du réchauffement climatique ou sur même les causes, il y a encore en RDC quelques esprits qui sont embrumés ou congelés peut-être, et qui n’ont pas encore compris que les données scientifiques étaient incontestables. Le sens de notre démarche est que ces données scientifiques seront rappelées malgré les nombreux rapports (par exemple le rapport de Sterne 2006) et films (par exemple, le film d’Al Gore, An Inconient Truth). Même si nous savons tout cela, l’opinion publique, la population congolaise doit être éclairée, éclairée par la science, par la raison, et pas simplement par la peur ou par l’émotion.

L’opinion publique doit être alertée de l’existence de sérieux dangers environnementaux associés à l’occupation de la nature par l’homme, à la croissance. Premièrement, la croissance accélère l’épuisement des ressources énergétiques non renouvelables (pétrole, cuivre, or, charbon…). Cela a conduit, dès les années, les individus ou les groupes particulièrement concernés par l’écologie à affirmer que la croissance nulle était le seul objectif souhaitable à long terme. Deuxièmement, la croissance provoque une détérioration de l’environnement, par exemple, à travers les émissions de CO2 qui peuvent gravement endommager la production et la vie sur terre. Notre groupe de réflexion déterminera les vrais coûts économiques pour la RDC de la réduction des émissions de CO2. Nous ferons de ce problème un objectif des prochains gouvernements congolais.

Notre démarche consiste à démontrer que l’homme doit faire appel à la science pour comprendre les phénomènes naturels et y apporter des solutions techniques idoines. Nous analysons la manière dont les nouvelles théories de la croissance intègrent la dimension environnementale, et en particulier la manière dont l’innovation endogène et le progrès technique biaisé rendent possible la réconciliation de l’objectif d’une croissance soutenue avec les contraintes imposées par les ressources non renouvelables ou la nécessité de sauvegarder l’environnement. En s’inspirant de modèles avec progrès technique biaisé nous déterminerons l’effet sur la croissance d’une taxe sur les activités sales, ainsi que la manière dont cette taxe doit être choisie pour sauvegarder l’environnement à long terme.

Zoom Eco : Concrètement, quelles seront les propositions de ce Groupe de Réflexion ?

Albert Tcheta-Bampa : Nous voulons montrer que, dans l’accord de Paris, la dimension du financement est la plus importante. C’est là que cela va se jouer. En fait, l’engagement de financement de la transition écologique et énergétique des pays en développement par les pays occidentaux est maintenant connu : 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020. Il prend en compte les besoins et les capacités des pays en développement, permet de faciliter la transformation des trajectoires de développement, par la transmission des savoirs et un financement, afin de rester sous les 2°C et d’aider chaque pays à faire face aux impacts des changements climatiques.

Notre groupe de réflexion suggère premièrement qu’il ne faut pas que les autorités campent sur l’idée selon laquelle, la RDC bénéficiera plus de fonds de transition écologique et énergétique, parce qu’elle détient les 135 millions d’hectares de forêts (représentant 25 % du massif forestier africain et près de la moitié des forêts tropicales d’Afrique), ou parce qu’elle est le deuxième plus vaste massif forestier tropical du monde. La répartition du fonds de transition écologique et énergétique sera reliée aux politiques économiques d’environnement entreprises par chaque pays pauvre avant 2020.

Les économies d’Afrique centrale qui mettront en place très tôt des politiques économiques ambitieuses ayant initialement pour but d’atteindre l’engagement de contenir le réchauffement climatique sous le seuil critique de 2°C, bénéficieront beaucoup plus du fonds et les économies d’Afrique centrale qui prendront du retard de ce point de vue, en bénéficieront beaucoup moins.
Plus singulièrement pour la RDC, ce ne sera pas dû principalement aux immenses ressources forestières et à leur extraordinaire biodiversité que possèdent ce pays, mais plutôt à des stratégies très innovantes en matière d’infrastructures, d’agriculture, d’industrie, d’aide au développement des entreprises et au rôle de l’Etat, conduisant à des résultats significativement plus forts en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique. Le financement de la transition écologique et énergétique peut être donc une opportunité pour la RDC de s’adapter et prospérer.

Deuxièmement, nous proposons que les décideurs considèrent la lutte contre le réchauffement climatique comme une opportunité, pour la RDC, de croissance, d’avoir aussi un bien-être et des technologies qui puissent nous permettre réduire l’écart à la frontière technologique par rapport aux pays aux plus riches (les plus en avance technologiquement, les économies qui sont presque rendus à la frontière technologique) et de partager donc les technologies. En finançant, à la fois l’imitation de technologies d’avant-garde et l’innovation au-delà des technologies locales préexistantes, le fonds de transition écologique et énergétique peut nous aider à accéder aux technologies des pays plus industrialisés. Cette diffusion des connaissances permettra à plusieurs secteurs de l’économie congolaise de se mettre à l’heure des technologies vertes à chaque fois qu’il « innove ».

Dans un tel contexte, le terme « innovation » se réfère aussi à l’adaptation, au marché local ou à des conditions géographiques particulières, de technologies ou de produits verts tout d’abord inventés dans des pays plus avancés. Nous suggérons que le fonds de transition écologique et énergétique soit également utilisé pour soutenir le crédit d’impôt transition énergétique aux entreprises et particuliers qui investissent dans la transition énergétique pour la croissance verte.

Enfin, nous proposons qu’avec le financement de fonds de transition, nos villes deviennent les incubateurs-accélérateurs de jeunes entreprises innovantes comme les start-up Biso Na Biso en partenariat avec Ecosur Africque et BioPower qui produisent déjà de technologies énergétiques renouvelables en RDC. Que ces incubateurs s’ouvrent aux grandes entreprises publiques et privées désireuses de développer des relations business avec des startups dans une logique d’open innovation. La création et le développement de ces jeunes entreprises technologiques pourraient être bénéfiques pour l’emploi, le développement du tissu des PME, d’un secteur industriel compétitif.

Troisièmement, l’une des causes de notre pauvreté c’est que notre pays est enfermé dans un équilibre bas de sous-investissement, de sous-industrialisation. Le piège à pauvreté dans lequel notre pays est enfermé ne tient pas tant à sa mauvaise politique économique ou à la faiblesse de ses institutions qu’à des handicaps structurels. La faiblesse de son capital physique et humain est la cause d’une faible productivité ; ce qui remet en cause l’hypothèse traditionnelle d’une productivité décroissante du capital ; aussi reçoit-il peu d’investissements directs étrangers alors même que le faible niveau de son revenu par tête induit un faible taux d’épargne nationale et que la croissance très rapide de la population exacerbe le besoin d’investissement.

Nous sommes particulièrement convaincus que le financement de la transition écologique et énergétique est une opportunité pour la RDC pour combler son manque d’investissement conséquent. Nous proposons qu’il soit utilisé de manière efficiente. Parce qu’il peut nous aider à industrialiser et diversifier notre économie. Une part importante ce fonds pourrait justement aider la RDC à promouvoir l’industrialisation et la diversification de son économie, réduisant ainsi la volatilité budgétaire et améliorant potentiellement la performance économique globale.

Quatrièmement, en 2030, la population congolaise passera à 100 millions d’habitants en 2030 et en 2050 elle dépassera 185 millions d’habitants. Ces chiffres donnent le vertige, d’une double façon. D’abord, il faudra bien nourrir une telle population. L’agriculture contribue pour environ 40 % du PIB et seulement moins de 2,5 % des exportations enregistrées, alors qu’elle emploie plus de 60 % de la population active. Nous proposons des recommandations qui prennent en compte l’enjeux de l’environnement comme source d’opportunités pour l’agriculture, et la réduction des impacts négatifs sur l’environnement des activités agricoles qui doit être compatible avec sa compétitivité.

Nous démontrons comment le fonds de transition écologique et énergétique peut financer le développement du secteur agricole et la formation pour faciliter la diffusion d’innovations dans le domaine agricole. Parce que, depuis Nelson et Phelps (1966), nous savons que les agriculteurs les plus éduqués adoptent plus rapidement les nouveaux produits et processus que les agriculteurs les moins éduqués.

Enfin, d’ici 2030-2050, les villes congolaises devraient accueillir des millions de population et donc émettre beaucoup de rejets de CO2. Au cours des 10 dernières années, la ville de Kinshasa a connu un nombre toujours croissant de catastrophes comme dernièrement à Mbiza…, soulignant ainsi que la résilience aux désastres et au changement climatique est d’une importance critique. Il est évident que les catastrophes, les inondations à Kinshasa sont liées à l’occupation de la nature par l’homme (démographie), au réchauffement planétaire en constante croissance et à l’accélération du changement climatique. Ces trois phénomènes vont très probablement exacerber l’intensité et la fréquence de telles catastrophes, avec un nombre disproportionné des impacts associés affectant les zones urbaines, ainsi que les populations les plus démunies et les plus vulnérables, de notre pays.

La RDC est pauvre et n’a pas des moyens suffisants de mettre en œuvre des mesures appropriées au niveau ville, territoire, groupement, province et national, afin de faciliter l’adaptation au changement climatique et d’améliorer la résilience à un climat en pleine évolution. Nous voulons montrer que le fonds de financement de la transition écologique et énergétique peut nous permettre à faire des villes différentes de celles qui existent aujourd’hui.

Pour les villes qui sont déjà construites (essentiellement durant la colonisation), d’une certaine façon, il s’agit de les reconvertir, ce qui n’est pas facile, de réhabiliter les logements, de promouvoir l’efficacité énergétique. Mais pour les villes qui ne sont pas encore construites, comment seront bâties ces villes ? Comment seront-elles organisées ? Si c’est la reproduction de ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une fatalité pour la planète. Ce sont les mêmes villes, partout, avec les mêmes gaspillages, avec les mêmes modes de construction, avec les mêmes oublis en matière de démographie.

Notre rapide urbanisation nous demande de construire de toute urgence au cours des 20 prochaines années, un niveau de capacités et d’infrastructures urbaines bien supérieur à celui que nous avons construit au cours des 100 dernières années. Notre groupe montre que cela signifie que tous nos efforts en matière de résilience et d’adaptation urbaine doivent comprendre une approche globale plus intégrée des risques, des conditions de développement et de la performance de zones locales, en coopération avec tous les acteurs concernés. La cohabitation homme/nature passe par une prise de conscience, par l’homme, de son invasion.

Zoom Eco : Pourquoi les congolais devraient – ils soutenir cette initiative?

Albert Tcheta-Bampa : Nous sommes dans la continuité d’une évolution écologique qui est déjà engagée depuis plusieurs années en RDC. Mais faudrait-il encore que les mobilisations de tous les réseaux des villes, des villages, des collectivités territoriales, des gouvernements locaux puissent converger et se rassembler. Oui, nous avons besoin du soutien de tous les Congolais, car, l’action pour le climat est l’affaire de tous, des Etats, des gouvernants, des organisations non étatiques, c’est-à-dire des entreprises, des associations, et des territoires.

D’abord l’Etat, qui doit prendre sa part de responsabilité. Lors de la première étape des négociations climatiques internationales, à Lima, lors de la COP 20, il a été décidé que chaque pays devait porter une contribution nationale, pour fixer des objectifs de limitation des émissions de gaz à effet de serre. L’Etat congolais doit rassembler tout ce que les territoires qui le composent voulaient produire pour en faire un engagement commun, un document commun, qui doit être scellé par le Président de la République.

Mais cela ne suffit pas. Les activités des entreprises, des ONG et de tous les acteurs économiques entraînent des coûts infligés à la planète chaque fois qu’il y a des émissions de CO2. Notre initiative a besoin en particulier des entreprises parce qu’elles doivent incorporer ses externalités négatives dans leurs business. Non pas par philanthropie (ça peut leur arriver, parce que les entreprises aussi, en tout cas les chefs d’entreprise, les cadres, les salariés sont conscients de l’enjeu) mais parce que c’est aussi un élément qui doit leur permettre de faire de meilleurs investissements, de meilleurs choix, et également d’être plus compétitifs grâce à un prix ou marché du carbone qui sera bientôt créé dans notre pays.

La lutte contre le réchauffement climatique doit également mobiliser tous les territoires. C’est-à-dire aussi fortes que soient les contributions nationales, en réalité aussi vide sera cet engagement s’il n’est pas rempli par les territoires. Les provinces, les collectivités locales, les villages… vont bénéficier aussi de fonds de transition énergétique. Nous proposerons et montrerons comment une partie de ces fonds puisse être directement accessible à tous les gouvernements locaux. Donc notre initiative attend de tous le soutien et la contribution des idées.

Enfin, lutter pour le climat est un enjeu supra-politique voire même apolitique et ne peut être compris que s’il est réellement ancré en nous. Les générations à venir ne devraient pas avoir à se rendre compte une fois adultes des enjeux majeurs de l’écologie. Aussi, pour que l’écologie devienne une habitude et non plus un sursaut, elle doit avoir une place toute particulière au sein de l’éducation des enfants. C’est la raison pour laquelle nous voulons impliquer aussi les très jeunes, non parce qu’ils seraient très jeunes – c’est un destin qui ne pourra pas les mobiliser très longtemps – mais parce qu’ils sont conscients, peut-être plus que d’autres, de la nécessité d’agir. Parce que la planète est quand même pour eux, plus longtemps que pour nous.

Zoom Eco

Document à télécharger :
Groupe de réflexion : « Stratégie de la République Démocratique du Congo pour une augmentation conséquente du Fonds de Transition Ecologique et Énergétique »

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