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RDC : malgré la hausse des royalties, Kibali profite pleinement de l’envolée du prix de l’or

La hausse des prélèvements miniers n’a pas empêché la mine d’or de Kibali d’améliorer sensiblement sa rentabilité au deuxième trimestre 2026.
Portée par la progression des cours internationaux de l’or, l’exploitation a enregistré une forte croissance de ses marges et de ses bénéfices attribuables à Barrick.
Selon les données publiées par le groupe, l’EBITDA attribuable à Barrick pour sa quote-part dans Kibali s’est établi à 206 millions de dollars au deuxième trimestre 2026, contre 121 millions de dollars à la même période de l’année précédente. La marge d’EBITDA atteint ainsi près de 66 %, contre 54 % au deuxième trimestre 2025.
Entre temps, le résultat attribuable à Barrick pour Kibali a pratiquement doublé, passant de 89 millions à 172 millions de dollars, soit une hausse d’environ 93 % sur un an.
Ces performances montrent que l’augmentation des royalties n’a pas neutralisé les effets positifs de la flambée des cours de l’or. Au contraire, la hausse du prix du métal précieux a permis une amélioration substantielle des marges dégagées par la mine congolaise.
Des prélèvements plus lourds dans certaines mines africaines
La comparaison avec d’autres grandes exploitations aurifères du continent révèle toutefois des niveaux de royalties plus élevés dans certains pays d’Afrique subsaharienne.
Au deuxième trimestre 2026, le poids des royalties rapportées aux ventes s’élevait ainsi à environ 13,1 % à Loulo-Gounkoto, au Mali, détenue à 80 % par Barrick, et à 11,7 % à Iduapriem, au Ghana, exploitée par AngloGold Ashanti.
Le cas du Ghana illustre particulièrement l’évolution récente des politiques fiscales appliquées au secteur aurifère.
En mars 2026, Accra a modifié son régime de royalties sur l’or en abandonnant le taux fixe de 5 % du revenu brut au profit d’un mécanisme progressif directement lié au prix du métal.
Dans ce nouveau système, le taux débute à 5 % lorsque le prix de l’or est inférieur à 1.900 dollars l’once et peut atteindre 12 % lorsque le cours dépasse 4.500 dollars.
Cette approche permet donc une augmentation automatique de la part prélevée par l’État à mesure que les prix de l’or franchissent certains seuils.
L’objectif est clair : permettre à la puissance publique de capter une part plus importante de la rente minière lorsque les cours internationaux et, par conséquent, les marges des producteurs progressent.
La RDC privilégie une approche différente
En République démocratique du Congo, le cadre fiscal minier repose sur un mécanisme distinct. L’article 251 bis du Code minier prévoit notamment un impôt spécial de 50 % sur les profits excédentaires.
Ce dispositif peut être déclenché lorsque les cours des matières ou substances minières enregistrent une hausse supérieure à 25 % par rapport aux prix retenus dans l’étude de faisabilité bancable du projet.
Toutefois, les comptes trimestriels publiés par Barrick et AngloGold Ashanti ne permettent pas de déterminer si ce mécanisme est actuellement appliqué à la mine de Kibali, ni d’évaluer les éventuelles recettes générées au profit de l’État congolais.
Par ailleurs, le Code minier révisé en 2018 prévoit différents taux de redevances selon la nature des substances exploitées.
Les métaux précieux, dont l’or, sont soumis à un taux de 3,5 %, tandis que les substances minérales considérées comme stratégiques sont assujetties à une redevance de 10 %.
Contrairement au nouveau modèle adopté par le Ghana, ces taux ne varient toutefois pas automatiquement en fonction de l’évolution des cours internationaux.
Le cobalt, le germanium et la colombo-tantalite avaient été classés parmi les substances minérales stratégiques par un décret du 24 novembre 2018. En mai 2026, le gouvernement congolais a franchi une nouvelle étape en adoptant un projet de décret visant à étendre cette catégorie à plusieurs autres minerais, notamment le lithium, le tantale, le niobium, le tungstène et l’uranium.
Deux visions de la captation de la rente minière
La comparaison entre la RDC et le Ghana met ainsi en lumière deux approches différentes de la fiscalité minière.
Kinshasa privilégie un système basé sur la classification stratégique de certaines substances, auxquelles sont appliqués des taux de redevances plus élevés, complétés par un mécanisme d’imposition des profits excédentaires.
Le Ghana, de son côté, a opté pour une formule directement indexée sur les cours de l’or, permettant à l’État d’augmenter automatiquement sa part lorsque la valeur du métal précieux progresse.
Dans un contexte de forte hausse des cours des matières premières, ces deux modèles traduisent une même ambition : renforcer la capacité des États producteurs à capter davantage de revenus issus de l’exploitation de leurs ressources naturelles, tout en préservant l’attractivité économique des projets miniers.
Olivier KAFORO







