Afrique
Afrique : la région enregistre une hausse de 36,2 % du fret aérien vers l’Asie-Pacifique au premier trimestre 2026

Le trafic de marchandises par avion entre l’Afrique et l’Asie-Pacifique a progressé de 36,2 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025. Cette croissance, la plus forte enregistrée sur les principales liaisons africaines, intervient alors que les échanges commerciaux du continent se concentrent davantage vers l’Asie.
Les données de l’Association internationale du transport aérien (IATA) montrent que les capacités de fret sur l’axe Afrique–Asie-Pacifique ont augmenté de 16,2 %, beaucoup moins rapidement que la demande. Le taux de remplissage a ainsi gagné près de dix points, à 62,8 %.
La tendance était déjà particulièrement visible en février. Ce mois-là, le fret Afrique–Asie avait bondi de 61,9 % sur un an, après huit mois consécutifs de croissance.
Mais ce corridor ne représentait encore que 1,3 % du marché mondial du fret aérien. La progression est donc rapide, mais elle part d’une base relativement faible.
Cette limite apparaît davantage lorsqu’on rapporte la puissance logistique du continent à son poids démographique. L’Afrique comptait environ 1,55 milliard d’habitants en 2025, soit près de 19 % des 8,23 milliards d’habitants de la planète. Pourtant, les compagnies africaines ne représentaient que 2,1 % du fret aérien mondial mesuré en tonnes-kilomètres.
La comparaison, notent les experts, illustre l’écart entre la taille du marché africain et les capacités logistiques actuellement captées par ses transporteurs.
Une croissance tirée par une relation commerciale déséquilibrée
La Chine occupe une place importante dans cette accélération vers l’Asie. En 2025, les échanges sino-africains ont atteint un record de 348,05 milliards USD, d’après l’Administration générale des douanes chinoises.
Le déséquilibre reste toutefois marqué. Pékin a vendu 225,03 milliards USD de marchandises à l’Afrique, tandis que ses achats sur le continent ont atteint 123,02 milliards USD. Ce qui revient à dire, la Chine a exporté vers l’Afrique 1,8 fois plus qu’elle n’en a importé, laissant un écart d’environ 102 milliards USD.
Rapportées aux quelque 1,55 milliard d’Africains, ces données correspondent, à simple titre d’ordre de grandeur, à environ 145 USD de produits chinois importés par habitant, contre 79 USD de produits africains exportés vers la Chine.
Le déficit équivaut à près de 66 USD par habitant. Ces ratios, renseignenent les experts, permettent de mesurer l’ampleur du déséquilibre commercial.
La dépendance ne porte pas seulement sur les montants. Elle concerne surtout ce que l’Afrique vend et ce qu’elle achète.
La CNUCED estime qu’en 2025, 76,7 % des exportations africaines étaient encore constituées de produits primaires. Le continent a parallèlement importé près de quatre fois plus de produits manufacturés qu’il n’en a exporté.
L’Afrique alimente ainsi une partie des chaînes industrielles mondiales en minerais, énergie et produits agricoles, tout en restant fortement importatrice de machines et de biens transformés.
Transformer le fret en valeur ajoutée
Pour les analystes, le principal risque serait de voir croître les flux logistiques sans changer la position du continent dans la chaîne de valeur.
L’Institute for Security Studies estime que la forte ouverture commerciale de l’Afrique reste handicapée par une spécialisation dans les matières premières et une dépendance aux produits manufacturés importés.
Une analyse publiée fin août 2026 par le Trade Law Centre, tralac, aboutit à une conclusion proche : l’accès accru au marché chinois ne suffira pas à rééquilibrer les échanges si l’Afrique ne développe pas simultanément ses capacités de transformation, son industrie et ses chaînes régionales de production.
La hausse de 36,2 % du fret vers l’Asie constitue donc un débouché réel. Mais pour que cette croissance devienne un avantage économique durable, le continent devra progressivement passer d’une logique où il transporte principalement ses ressources à une autre où il exporte davantage la valeur créée à partir de ces ressources.
Flory MUSISWA







