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Grands Lacs : Washington ferme les portes de l’AGOA au Rwanda

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Washington a d’abord sanctionné l’armée rwandaise et ses généraux, puis son ministère de la Défense et sa banque militaire Zigama. Il vise désormais l’économie du pays. Le 2 novembre 2026, l’administration Trump a annoncé son intention d’exclure le Rwanda du programme de préférences commerciales de l’AGOA à compter du 1er janvier 2027. Après les sanctions militaires et financières, Kigali subit cette fois une sanction commerciale.

« Washington ferme les portes de l’AGOA au Rwanda »

Kinshasa, le 2 novembre 2026. Le président Donald Trump a informé le Congrès américain et le gouvernement rwandais de son intention de retirer le Rwanda de la liste des bénéficiaires de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Ce programme permet aux pays d’Afrique subsaharienne éligibles d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane. Il couvre plus de 1 800 produits, en plus des quelque 5 000 déjà exonérés au titre du Système généralisé de préférences.

La décision fait suite à l’examen annuel d’éligibilité conduit par le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR). Selon l’ambassadeur Jamieson Greer, Kigali a des pratiques « préoccupantes et omniprésentes », incompatibles avec les critères du programme. Il cite notamment des obstacles au commerce et à l’investissement américains, ainsi que des menaces pour la sécurité nationale des États-Unis et pour leurs intérêts de politique étrangère dans la région.

Pluie de sanctions : six griefs contre Kigali
Washington se dit « profondément préoccupé » par six points concernant le Rwanda : les obstacles au commerce et à l’investissement ; l’état de droit ; le pluralisme politique ; les droits des travailleurs ; les droits de l’homme ; les menaces contre les intérêts sécuritaires et diplomatiques américains.

La liste ne s’arrête pas aux questions commerciales. Elle touche aussi à la gouvernance, à la démocratie et aux libertés fondamentales, c’est-à-dire aux domaines sur lesquels Kigali a bâti sa réputation auprès des partenaires internationaux.

« Le réquisitoire de Washington »

La décision sur l’AGOA prend tout son sens lorsqu’on la replace dans la série de mesures prises par Washington au cours de l’année écoulée.

Le volet militaire. Le 4 décembre 2025, Donald Trump a réuni Félix Tshisekedi et Paul Kagame pour la signature des Accords de Washington pour la paix et la prospérité. Quelques jours plus tard, le M23 appuyé par le Rwanda a pris Uvira. Le secrétaire d’État Marco Rubio a qualifié les actions du Rwanda dans l’Est de la RDC de violation claire de ces accords et a promis une réaction américaine. Le 2 mars 2026, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le service du Trésor chargé des sanctions, a sanctionné l’ensemble des Forces de défense rwandaises (RDF) et quatre de leurs plus hauts responsables.

Le volet financier. Le 28 octobre 2026, le Trésor américain a sanctionné le ministère rwandais de la Défense et la Zigama Credit and Savings Society (ZCSS), institution financière destinée aux membres des forces de sécurité rwandaises. Selon le Trésor, le ministère dirige le déploiement de milliers de soldats au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Zigama aurait facilité des paiements vers la Chine et d’autres pays pour l’achat d’armes, de munitions et d’équipements militaires.

Washington lui reproche aussi d’avoir permis le transport vers Kigali d’or provenant de zones de l’est congolais contrôlées par le M23. Les avoirs des entités visées sont gelés aux États-Unis, et elles ne peuvent plus, en pratique, utiliser le dollar dans leurs transactions internationales. Pour la première fois, Washington s’attaque aux circuits financiers qui relient l’économie de guerre dans l’est de la RDC au système financier rwandais.

« 7 mois, puis 5 jours »

Le volet commercial. Cinq jours plus tard, le 2 novembre, le Rwanda est menacé d’exclusion de l’AGOA. Le communiqué de l’USTR ne cite ni la RDC ni le M23. Il évoque en revanche des « menaces » pour les intérêts sécuritaires américains « dans la région », et le calendrier rend le lien évident.

Washington a donc visé l’appareil militaire rwandais, puis ses circuits financiers, et enfin son accès au marché américain.

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Des sanctions jusqu’au sommet de l’appareil sécuritaire
En trois ans, la liste des responsables rwandais sanctionnés par Washington s’est allongée. Elle remonte aujourd’hui jusqu’au sommet de l’appareil militaire et politique.

En août 2023, le général de brigade Andrew Nyamvumba, chef des opérations de la 3ème division des RDF. Selon le Trésor, cette division est entrée début 2022 sur le territoire congolais et a attaqué, avec le M23, des positions et des camps des FARDC.

En février 2025, James Kabarebe, ministre d’État chargé de l’Intégration régionale et ancien chef d’état-major des RDF. Washington le présente comme l’agent de liaison du gouvernement rwandais auprès du M23 et l’organisateur du soutien des RDF au groupe armé. Selon le Trésor, il gère une grande partie des revenus que le Rwanda et le M23 tirent des ressources minérales de la RDC.

En mars 2026, les Forces de défense rwandaises en tant qu’institution, et quatre de leurs principaux chefs : le général Mubarakh Muganga, chef d’état-major général ; le général Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée de terre ; le général-major Ruki Karusisi, commandant de la 5e division d’infanterie ; et le général de brigade Stanislas Gashugi, commandant des forces spéciales.

En octobre 2026, le ministère rwandais de la Défense et la Zigama Credit and Savings Society.

En trois ans, les sanctions sont passées d’un seul officier opérationnel à toute la hiérarchie : chef d’état-major général, armée de terre, forces spéciales, ministère de la Défense et banque des militaires. L’exclusion de l’AGOA ajoute maintenant l’économie à la liste des cibles.

« Jusqu’au sommet » — Who’s next?

Récidive et coup porté à l’image du pays

Ce n’est pas la première fois que le Rwanda est suspendu de l’AGOA. En 2018, Washington lui avait déjà retiré ses avantages sur le textile, après que Kigali eut fortement taxé les vêtements de seconde main importés des États-Unis. Il s’agissait alors d’un différend commercial. Cette fois, la sanction s’inscrit dans un dossier politique et sécuritaire.

Les exportations rwandaises sous AGOA restent modestes. L’enjeu principal n’est donc pas le volume des échanges. Les fonds d’investissement, les agences de notation, les assureurs crédit et les bailleurs suivent de près les décisions de l’USTR, et une exclusion est pour eux un signal de risque.

Les effets se cumulent. Toute banque internationale qui garderait des liens avec Zigama s’exposerait à des sanctions secondaires, un risque que les établissements financiers prennent très au sérieux. Avec les sanctions contre l’armée, le ministère de la Défense et une partie de l’état-major, puis la perte des préférences commerciales, le Rwanda se retrouve sous pression sur les plans militaire, financier et commercial.

Or, Kigali a fondé sa stratégie économique sur son image : un pays stable, bien gouverné et attractif pour les investisseurs, qui accueille conférences internationales et sièges régionaux. La première puissance économique mondiale remet aujourd’hui cette image en cause.

Ce que la décision change pour la RDC

Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse le simple constat. Le Congrès américain a prolongé l’AGOA jusqu’au 31 décembre 2028, une prolongation signée par le président Trump le 2 septembre 2026. Le programme n’est donc pas supprimé, mais il devient plus sélectif. Le message vaut pour tout le continent : l’accès préférentiel au marché américain dépend désormais du respect des engagements pris.

La RDC est perçue comme un partenaire fiable, qui respecte ses engagements au titre des Accords de Washington et qui porte un partenariat stratégique sur les minerais critiques. Les sanctions contre Zigama montrent aussi l’importance d’une filière aurifère et minière congolaise traçable : chaque gramme d’or qui échappe à la contrebande renforce la souveraineté économique du pays.

Ce positionnement suppose la poursuite d’efforts engagés par Kinshasa : un meilleur climat des affaires, davantage de transparence et une traçabilité complète des filières minières.

Une sortie encore possible
L’exclusion du Rwanda prendra effet le 1er janvier 2027, ce qui laisse quelques semaines de dialogue. Les conditions de Washington sont connues. Le 28 octobre 2026, le secrétaire au Trésor Scott Bessent les a rappelées : « Le Rwanda doit cesser son soutien au M23 et retirer ses troupes de l’est de la RDC. »

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Des analystes avertis pensent que Kigali a désormais deux options. S’il respecte ses engagements, il peut regagner la confiance des investisseurs. S’il refuse, il s’expose à de nouvelles sanctions et à un isolement économique croissant.

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