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Regard de Shanhui: Dalian, entre crochets Ce qui s’écrit avant Shenzhen et pourquoi l’Afrique devrait le lire

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Je suis à Dalian, dans le nord-est de la Chine, où s’est tenue le 27 août l’ouverture de la troisième réunion des hauts fonctionnaires de l’APEC 2026. La dernière grande étape avant la réunion informelle des dirigeants, en novembre.

 Commençons par le calendrier, parce qu’il explique beaucoup. La Chine préside la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) pour la troisième fois de son histoire, et la réunion informelle des dirigeants se tiendra à Shenzhen les 18 et 19 novembre. Entre les deux, une chaîne de réunions de hauts fonctionnaires : Guangzhou en février, Shanghai en mai, Dalian en août. C’est là que tout se prépare. Les hauts fonctionnaires reçoivent les orientations politiques, actionnent les groupes de travail, rédigent les textes que les dirigeants reprendront. Concrètement : ce qui sera annoncé à Shenzhen existe déjà, quelque part, dans les documents de Dalian.

 L’ampleur est inédite : près de 130 réunions en deux semaines, plus de 2300 délégués venus des 21 économies membres. Jamais l’APEC n’avait tenu une session aussi large.

Deux mots dans les couloirs

Entre les sessions, j’ai parlé avec des délégués de plusieurs délégations. Deux mots revenaient dans presque chaque conversation : ouverture, et chaînes d’approvisionnement. Toujours ensemble. Jamais séparés.

Ce couple signale un déplacement. Pendant 30 ans, l’ouverture se mesurait à la baisse des tarifs douaniers. Aujourd’hui, ce que ces délégués décrivent est d’un autre ordre : rester connecté à un réseau de production. Ne pas se retrouver de l’autre côté d’une ligne que l’on n’a pas tracée soi-même.

Une organisation qui n’oblige à rien

Pour comprendre ce qui se joue, il faut se plonger dans un texte historique : la Déclaration de Séoul de novembre 1991. C’est la charte fondatrice de l’APEC, et c’est aussi à l’occasion de cette réunion que la Chine a rejoint l’organisation, il y a 35 ans jour pour jour cette année. Le texte tient en quelques pages, et il est surtout remarquable par ce qu’il ne contient pas. Pas de secrétariat : il n’arrivera qu’en 1993. Pas de mécanisme de règlement des différends. Aucune clause contraignante. Le mode de fonctionnement se résume à trois principes : consensus, respect égal des vues de chacun, prise en compte des écarts de développement.

 Ce n’est pas une faiblesse de conception, c’est une intelligence de conception. Cette légèreté a permis d’asseoir à la même table des économies que rien, à l’époque, n’aurait spontanément rapprochées. Une architecture plus lourde aurait été plus impressionnante ; elle serait probablement restée vide.

 Le bilan est là. Les droits de douane moyens dans la région sont passés d’environ 17 % en 1989 à 5,3 % en 2021. Le commerce de biens a été multiplié par plus de neuf. Sans une seule sanction, sans une seule signature contraignante.

La tâche qui vient est d’une autre nature

Démonter des barrières et écrire des normes n’exigent pas le même consentement. Les données, les standards, l’intelligence artificielle : on ne les libère pas, on les définit.

 Julio Chan, président du Comité de l’APEC sur le commerce et l’investissement et coordinateur général de l’APEC au ministère péruvien du Commerce extérieur et du Tourisme, me l’a dit sans détour : « Toute la question est de savoir comment on le formule. On veut mentionner l’intelligence artificielle, très bien, mais comment l’écrire ? C’est là qu’il faut s’accorder sur le message. Cette nouvelle vague technologique est prise en compte à l’APEC, et c’est précisément l’une de ses forces : parce que c’est une enceinte de consensus et de coopération, nous abordons énormément de sujets et nous travaillons sur ceux où un accord existe. »

C’est pourquoi la bonne question, en novembre, ne seraipas : qu’a-t-on signé ? Elle sera: Shenzhen est-elle parvenue à fixer le vocabulaire d’un domaine nouveau ?Parce que dans cette enceinte, le vocabulaire est l’instrument réel. Celui qui définit les mots finit par écrire les règles. Ailleurs, plus tard, dans des textes qui, eux, engageront.

Pourquoi cela concerne l’Afrique ?

Aucune économie africaine ne siège à l’APEC. On pourrait en conclure que Dalian ne regarde ni Dakar, ni Abidjan, ni Kinshasa. Ce serait une erreur de lecture, pour deux raisons. La première tient à la mécanique que je viens de décrire : les définitions voyagent. Quand 21 économies qui pèsent une part décisive du commerce mondial s’accordent sur ce qu’est une « donnée transfrontalière » ou une « chaîne d’approvisionnement résiliente », ces formulations ne restent pas seulement à Shenzhen. Elles réapparaissent dans les négociations de l’OMC, dans les accords bilatéraux, dans les conditions d’accès aux marchés, et les économies africaines les rencontreront alors sous leur forme durcie, à prendre ou à laisser. Être absent de la salle où le vocabulaire se fixe, c’est arriver au moment où il ne se discute plus.L’Afrique est déjà intégrée dans le réseau de production, mais il semble qu’elle reste encore largement exclue des discussions sur ses règles.

 La seconde raison est plus utile encore : l’APEC est une expérience de 35 ans sur la question exacte que se pose aujourd’hui la Zone de libre-échange continentale africaine. Comment intégrer des économies aux niveaux de développement très inégaux, sans mécanisme de contrainte crédible ? La réponse de l’APEC a été le volontariat, le consensus, la revue par les pairs, la reconnaissance mutuelle des certifications, l’harmonisation lente des procédures douanières. Une méthode que l’on juge souvent molle. Elle a pourtant divisé les tarifs par trois en trois décennies.

 Avec son protocole sur le commerce numérique, la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) aborde précisément le terrain où l’APEC est en train de se réinventer. Il y a là, pour les négociateurs africains, un cas d’école disponible gratuitement : ce que le volontariat permet d’obtenir, et où il bute. L’APEC l’a appris à ses dépens en 1998, quand sa tentative de libéralisation sectorielle anticipée s’est brisée sur la chimie et l’énergie et a dû partir à l’OMC.

La réunion informelle des dirigeants se tiendra à Shenzhen les 18 et 19 novembre 2026. Elle s’y fixera des mots qui ne resteront pas en Asie : ils voyageront jusqu’à Abidjan, jusqu’à Kinshasa, et ils y arriveront durcis, sous forme de conditions d’accès. Autant les lire pendant qu’ils sont encore entre crochets.

Shanhui ZHANG

Présentatrice et chroniqueuse

CGTN Français

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