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RDC: Former pour répondre a un besoin pas pour avoir un diplôme! (Tribune)

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La République Démocratique du Congo traverse une période charnière de son histoire. Alors que le pays s’engage résolument sur la voie de l’industrialisation, de la transformation de ses ressources et du renforcement de sa souveraineté économique, la question de la formation s’impose comme un enjeu central. Non pas comme un domaine isolé, mais comme un levier fondamental de puissance nationale. Aujourd’hui, former ne suffit plus. Il faut former utile. Former juste. Former pour répondre aux besoins du pays.

Or, le constat est clair : notre système éducatif, dans sa configuration actuelle, reste largement déconnecté des réalités économiques. Chaque année, des milliers de jeunes diplômés peinent à trouver un emploi, alors même que les entreprises, dans les secteurs les plus dynamiques, mines, énergie, agriculture, BTP, numérique, éprouvent des difficultés à recruter une main-d’œuvre qualifiée. Ce paradoxe révèle une incohérence structurelle : nous formons dans des filières sans débouchés, pendant que les métiers porteurs restent ignorés ou sous-investis.

L’une des manifestations les plus flagrantes de cette déconnexion réside dans la surreprésentation des formations généralistes. Les universités congolaises produisent massivement des juristes, des économistes, des pédagogues ou des sociologues, alors que les entreprises réclament des ingénieurs, des électriciens, des techniciens en maintenance, des développeurs, des ouvriers qualifiés ou des spécialistes en gestion de projets industriels. Ce déséquilibre n’est pas anodin : il entretient le chômage des diplômés, alimente la frustration sociale, et freine la montée en compétences de notre économie.

Face à cette situation, il devient impératif d’adopter un changement de cap. La formation doit désormais être conçue comme un outil stratégique, aligné sur les priorités de développement du pays. Cela suppose de commencer par un travail rigoureux d’identification des besoins en main-d’œuvre dans tous les secteurs structurants : mines, énergie, agriculture, infrastructures, logistique, numérique, santé, etc. Cette identification ne peut se faire sans une concertation étroite entre l’État, le secteur privé, les partenaires techniques et les opérateurs économiques. Il est essentiel de savoir précisément quels profils sont recherchés, en quelle quantité, et avec quelles compétences spécifiques.
Sur la base de ce diagnostic, le gouvernement devrait publier chaque année une Liste Nationale des Métiers Stratégiques et Métiers d’Avenir. Ce document devrait servir de boussole pour orienter l’ensemble de l’écosystème de formation : ouverture ou fermeture de filières, attribution des bourses, dotation budgétaire, appui à la formation professionnelle, soutien aux instituts techniques et refonte des programmes. Il ne sera plus question de former “par tradition” ou “par habitude”, mais de former en fonction des besoins du pays.

Prenons des exemples concrets. Dans le secteur minier, on attend des géologues, des topographes, des foreurs, des ingénieurs en traitement, des techniciens de maintenance industrielle et des experts en environnement. Dans l’agriculture, on a besoin de spécialistes en irrigation, en transformation agroalimentaire, en mécanisation, en gestion de filières rurales. Dans l’énergie, la transition vers les énergies renouvelables exige la formation d’installateurs solaires, de techniciens réseau et d’ingénieurs en électrification rurale. Dans le numérique, les besoins explosent en développeurs, en spécialistes de la cybersécurité, en gestionnaires de systèmes, en analystes de données. Ce sont ces profils qui doivent désormais structurer nos politiques de formation.

Mais pour réussir ce virage, il ne suffit pas de produire des listes ou des rapports. Il faut une refonte institutionnelle, une volonté politique forte et une transformation en profondeur de notre culture éducative. Cela implique la mise en place d’un mécanisme permanent de concertation entre les ministères en charge de l’éducation, de la formation professionnelle, de l’emploi, de l’industrie et du plan, avec la participation active des fédérations professionnelles. Il faut également recentrer les financements publics sur les filières prioritaires, moderniser les centres de formation, doter les écoles techniques d’équipements adéquats et renforcer la formation des formateurs.

Par ailleurs, il est urgent de revaloriser socialement les métiers techniques et manuels, souvent perçus à tort comme subalternes. L’avenir du pays repose sur les bâtisseurs, les artisans, les ingénieurs, les praticiens. Nous devons donc en finir avec la hiérarchie symbolique qui fait du diplôme académique le seul horizon social, au détriment de la compétence concrète. Cette revalorisation passe aussi par le développement de formations courtes, certifiantes et ciblées, en lien direct avec les besoins des projets industriels, agricoles ou technologiques sur l’ensemble du territoire.

Enfin, toute réforme de la formation doit intégrer un système national de suivi et d’évaluation. Il ne suffit pas de former, il faut mesurer l’impact : quel est le taux d’insertion professionnelle ? Quelle est l’adéquation entre les compétences acquises et les exigences du poste ? Quels sont les retours des entreprises sur les diplômés ? C’est à travers ces indicateurs que nous pourrons piloter efficacement la transformation de notre système éducatif.

Au fond, il s’agit de faire un choix de société. Ou bien nous continuons à former sans lien avec l’économie, au risque de produire une jeunesse diplômée mais désœuvrée, ou bien nous adoptons une stratégie cohérente, fondée sur la synergie entre formation et emploi, entre apprentissage et productivité. Former pour former est un luxe que la RDC ne peut plus se permettre. Former pour transformer : voilà l’enjeu.

C’est à cette condition que notre jeunesse cessera d’être une variable d’ajustement pour devenir une force productive. C’est à cette condition que notre économie gagnera en compétitivité, que notre souveraineté sera consolidée, et que notre vision de puissance nationale pourra se concrétiser. Le capital humain est notre première richesse. Il est temps de le cultiver avec méthode, ambition et rigueur.

 

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