Afrique
Afrique : Le continent en passe de fournir 7 % de la production mondiale de terres rares d’ici 2034 (Fitch Solutions)

Alors que les États-Unis et l’Union européenne multiplient les initiatives pour réduire leur dépendance à la Chine dans le domaine des terres rares, l’Afrique s’impose progressivement comme un nouvel acteur clé de cette filière stratégique.
Selon un rapport de Fitch Solutions publié le 21 octobre 2025, le continent pourrait représenter jusqu’à 7 % de la production mondiale de terres rares à l’horizon 2034, et 16 % de l’offre mondiale hors Chine.
Intitulé « Africa Rare Earths Outlook: South Africa, Tanzania, Angola and Malawi set to emerge as major regional players », le rapport souligne la montée en puissance de plusieurs pays d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est, dont l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Angola et le Malawi, appelés à devenir les futurs pôles de production des 17 éléments chimiques dits « terres rares », indispensables à la fabrication de technologies vertes et d’appareils électroniques.
Afrique du Sud : locomotive régionale
Aucun pays africain ne produit encore de terres rares, mais l’Afrique du Sud dispose du portefeuille de projets le plus avancé. Trois sites y sont en développement et devraient entrer en production d’ici 2030.
Zandkopsdrift, développé par Frontier Rare Earths à la frontière entre le Cap-Occidental et le Cap-Nord, figure parmi les 13 projets stratégiques non européens identifiés par la Commission européenne. Il contient 789 kt de réserves prouvées et probables d’oxydes de terres rares à une teneur moyenne de 1,92 %, pour une production attendue de 17 kt par an sur 45 ans, dont 4 kt de terres rares magnétiques. La mise en production est prévue pour fin 2028.
Steenkampskraal, également au Cap-Occidental, renferme environ 87 kt d’oxydes de terres rares. Une production initiale de 5,4 kt par an de concentré de monazite est prévue dès le second semestre 2025, avant la mise en service d’usines de craquage (2026) puis de séparation (2027) destinées à produire 2,7 kt d’oxydes raffinés.
Enfin, le projet Phalaborwa, mené par Rainbow Rare Earths dans le Limpopo, recèle 35 millions de tonnes de ressources à 0,44 % de teneur. Il devrait fournir 1,9 kt par an d’oxydes de terres rares magnétiques. Ensemble, ces trois projets totaliseront 12,4 kt de production annuelle d’ici 2034, faisant de l’Afrique du Sud le premier producteur africain et le septième mondial.
Angola, Malawi et Tanzanie en embuscade
En Angola, la société britannique Pensana développe le projet Longonjo, situé le long du corridor ferroviaire de Lobito. Ce site, soutenu financièrement par la US Development Finance Corporation (DFC), prévoit une production de 20 kt par an de carbonates mixtes de terres rares, dont 12,5 kt d’oxydes magnétiques seront transformés au Royaume-Uni. L’entrée en production est attendue pour fin 2026, avec une possible expansion à 40 kt par an.
Au Malawi, Lindian Resources pilote le projet Kangankunde, appelé à produire 8,3 kt par an d’oxydes, dont 1,6 kt de néodyme et de praséodyme. Une première production est prévue au premier trimestre 2026, grâce à un partenariat financier et commercial avec Gerald Metals. Le pays accueille aussi le projet Songwe Hill de Mkango Resources, qui devrait livrer 5,9 kt par an d’oxydes totaux, transformés ensuite en Pologne, avec 1,9 kt d’oxydes de néodyme-praséodyme à la clé.
En Tanzanie, Peak Rare Earths développe le projet Ngualla, l’un des plus prometteurs du continent. Il devrait générer 16,2 kt par an de concentrés de terres rares à haute teneur, dont 3,6 kt de néodyme et de praséodyme, sur une durée de vie de 24 ans.
Enfin, en Ouganda, Ionic Rare Earths avance sur le projet Makuutu, basé sur des gisements d’argile à adsorption ionique comparables à ceux du sud de la Chine une source majeure de terres rares lourdes.
Au-delà de ces projets phares, d’autres pays comme le Mozambique, Madagascar, la Namibie ou la Zambie mènent des programmes d’exploration encore préliminaires.
Fitch Solutions prévoit une accélération des investissements étrangers dans les années à venir, portée par la volonté des puissances occidentales de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement face à la domination chinoise Pékin assurant actuellement près de 60 % de la production mondiale et plus de 85 % des capacités de raffinage.
Avec la montée en puissance de ses projets et le soutien croissant des institutions financières occidentales, l’Afrique s’impose ainsi comme un maillon stratégique de la nouvelle carte mondiale des métaux critiques indispensables à la transition énergétique et numérique.
Olivier KAFORO
























