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RDC-Mines : Chemaf au cœur d’un bras de fer stratégique entre Buenassa et la Gécamines

Dans le Katanga, la mine de Chemaf s’impose comme l’un des dossiers miniers les plus sensibles du moment.
Bien au-delà d’une opération de rachat, la rivalité entre Buenassa et la Gécamines met en lumière deux visions opposées de la souveraineté minière congolaise, dans un contexte de compétition internationale accrue autour des minerais critiques, notamment le cuivre et le cobalt.
Le 12 janvier 2026, Buenassa a annoncé rechercher « un appui financier pour l’acquisition d’un actif minier local stratégique dans la région du Katanga, actuellement en vente ». Cette déclaration a été faite par son PDG, Eddy Kioni, à l’issue d’une rencontre avec le nouveau directeur général de United Bank for Africa (UBA) en RDC, Michael Kayembe.
Selon des sources proches du dossier, l’actif concerné est la société minière Chemaf.
Cette information recoupe des révélations de Bloomberg, selon lesquelles Buenassa a officiellement manifesté, en novembre dernier, son intérêt pour ce producteur de cuivre et de cobalt, dont les actifs sont jugés stratégiques dans la course mondiale aux minerais critiques.
Pour Buenassa, l’enjeu dépasse largement une simple prise de participation.
L’acquisition de Chemaf permettrait, selon son dirigeant, « d’accélérer l’intégration verticale, de l’extraction au raffinage », tout en sécurisant l’approvisionnement de sa future raffinerie pour plus de vingt ans.
L’objectif est de faire évoluer Buenassa d’un projet industriel greenfield vers un acteur minier opérationnel, combinant extraction et transformation locale.
Cette approche se distingue de celle de la Gécamines, autre prétendant congolais de poids.
Selon Bloomberg, l’entreprise publique envisagerait d’acquérir Chemaf pour ensuite la céder, tout en conservant une participation maximale de 25 %.
La production correspondante serait commercialisée par Gécamines Trading, notamment vers les États-Unis, conformément à l’accord stratégique conclu entre Kinshasa et Washington en décembre 2025.
À l’inverse, Buenassa revendique une logique résolument industrielle, alignée sur l’orientation gouvernementale en faveur de la transformation locale des minerais.
Les contours financiers de son offre restent toutefois inconnus. La Gécamines, de son côté, prévoirait un ticket d’entrée inférieur à un million de dollars, assorti d’un audit et d’un plan de restructuration d’une dette estimée à environ 900 millions de dollars, dont une part significative serait détenue par Trafigura.
Pour Buenassa, l’accès à un actif d’extraction constitue un levier essentiel de crédibilité financière. Il renforcerait la bancabilité du projet, dont la première phase est estimée à 700 millions de dollars pour une production annuelle de 30.000 tonnes de cathodes de cuivre et 5.000 tonnes de sulfate de cobalt, selon une scoping study. Une seconde phase, évaluée à 2 milliards de dollars, porterait la capacité à 120.000 tonnes de cuivre et 20.000 tonnes de cobalt par an.
Le calendrier a été révisé : l’étude de préfaisabilité est attendue début 2026, l’étude de faisabilité en 2027, pour un financial closing au troisième trimestre de la même année. Le démarrage de la production n’est désormais envisagé qu’en 2029.
Buenassa mise sur un montage financier combinant banques africaines, institutions de développement, partenaires internationaux « menés par les États-Unis » et l’État congolais, actionnaire à 10 % du projet. Mais la concurrence reste vive.
« Nous ne donnerons pas de chance à quelqu’un d’autre que nous », avait averti fin 2024 Guy-Robert Lukama, président du conseil d’administration de la Gécamines, qui détient le permis du projet Mutoshi exploité par Chemaf.
Actionnaire unique de la Gécamines, mais aussi présent au capital de Buenassa et de Chemaf, l’État congolais devra arbitrer un dossier aux implications industrielles, financières et géopolitiques majeures.
Dans ce contexte, l’hypothèse d’un rapprochement stratégique entre la Gécamines et Buenassa, éventuellement au sein d’un consortium associant des partenaires américains, est évoquée comme l’option la plus réaliste, dans le prolongement du partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington.
Olivier KAFORO





















