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RDC : la recapitalisation de la MIBA vire au bras de fer entre l’État et ASA Resource

La recapitalisation de la Société minière de Bakwanga (MIBA) est désormais suspendue à un contentieux entre l’État congolais, actionnaire majoritaire, et ASA Resources Group, qui détient 20 % du capital.
Au-delà du différend juridique, c’est la gouvernance de l’entreprise et le financement de son plan de relance qui sont en jeu.
La relance de la MIBA, fleuron historique du diamant congolais, franchit une nouvelle zone de turbulences.
Alors que l’État congolais entend accélérer la recapitalisation de l’entreprise publique, son partenaire privé ASA Resources Group conteste les conditions dans lesquelles l’opération est conduite.
L’État détient 80 % du capital de la MIBA, contre 20 % pour ASA Resources Group.
Selon Me Emedi Useni Ahmed, avocat-conseil de l’actionnaire minoritaire, ASA a saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe afin de contester les résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai 2026 et d’obtenir, en référé, la suspension du processus d’augmentation de capital.
Le litige intervient alors que les actionnaires sont appelés à participer à une opération destinée à fournir à la MIBA les ressources nécessaires à sa relance. Un bulletin de souscription établi le 27 juillet demande à ASA de verser 27,508 milliards de francs congolais, soit environ 12 millions de dollars au taux indicatif retenu à cette date.
À l’échelle de la société, l’augmentation de capital représenterait environ 137,54 milliards de francs congolais, soit près de 60,7 millions de dollars.
La participation d’ASA est déterminante pour maintenir sa part de 20 % au capital.
En l’absence de souscription, l’actionnaire minoritaire s’expose à une dilution de sa participation, selon les modalités qui seraient arrêtées par les organes compétents de la MIBA. C’est précisément ce mécanisme qui cristallise les tensions entre les deux actionnaires.
ASA réclame des préalables avant de souscrire
Selon ASA Resources Group, les actionnaires avaient convenu, lors de l’assemblée générale extraordinaire du 6 février 2026, d’une augmentation de capital proportionnelle à leurs participations respectives.
Dans ce schéma, l’État devait mobiliser les ressources destinées à financer la relance de la MIBA, tandis qu’ASA devait apporter sa quote-part afin de préserver ses 20 % au capital.
Mais, pour l’actionnaire minoritaire, cette opération devait être précédée par plusieurs mesures destinées à clarifier la situation financière et patrimoniale de l’entreprise : audit général, inventaire du patrimoine, intervention d’un cabinet indépendant et amélioration de la gouvernance, notamment à travers une révision du plan de relance.
ASA estime que ces conditions n’ont pas été suffisamment exécutées avant la tenue de l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai, qui a relancé le processus de recapitalisation.
L’actionnaire minoritaire demande ainsi au tribunal l’annulation des résolutions prises lors de cette assemblée et la suspension de leurs effets.
Le désaccord ne porte donc pas uniquement sur le montant à apporter par chaque actionnaire. Il soulève également la question de la gouvernance et de la transparence financière d’une entreprise qui accumule depuis plusieurs années d’importantes difficultés opérationnelles et sociales.
Fin mai, le Président du conseil d’administration de la MIBA, Jean-Charles Okoto, avait lui-même indiqué que l’utilisation des ressources destinées à la relance demeurait liée à la réalisation d’un audit général, à l’inventaire du patrimoine et à la validation du plan minimum de relance.
Pour ASA, ces étapes constituent donc des préalables à la recapitalisation.
L’actionnaire estime ne pas pouvoir être contraint de libérer sa contribution dans les conditions actuelles tout en risquant, en cas de non-souscription, de voir sa participation réduite.
Le délai accordé à ASA illustre cette tension. Reçu le 27 juillet, le bulletin de souscription prévoyait, selon l’actionnaire, un délai de 30 jours, arrivé à échéance le 27 août.
Un plan de relance estimé à 70 millions de dollars
La recapitalisation constitue l’un des principaux instruments du plan minimum de relance de la MIBA, évalué à environ 70 millions de dollars.
Le programme prévoit notamment la certification des réserves minières, la sécurisation des concessions, la réalisation d’investissements productifs, la prise en charge des charges sociales et salariales ainsi que la mise en place d’un mécanisme de suivi et d’évaluation.
L’ambition affichée est de permettre à la MIBA de retrouver une capacité de production significative, avec un objectif annoncé de près de 2,5 millions de carats en 2026. Un problème de financement demeure toutefois. Le montant de l’augmentation de capital actuellement documentée, soit environ 60,7 millions de dollars, reste inférieur au coût annoncé du plan de relance.
À ce stade, les modalités de financement du différentiel, estimé à près de 9,3 millions de dollars, n’ont pas été clairement précisées.
Il faudrait noter que le bras de fer entre actionnaires intervient dans un contexte financier et social particulièrement tendu pour la MIBA.
Le 14 août, des travailleurs de l’entreprise ont organisé un sit-in pour réclamer le paiement de plusieurs mois d’arriérés de salaires.
Selon les revendications rapportées, huit mois d’arriérés, couvrant la période de janvier à août 2026, étaient notamment réclamés.
Les agents évoquent également plus de 200 mois d’arriérés cumulés au fil des années et demandent des explications sur les ressources annoncées pour la relance de l’entreprise.
En mars, le Gouvernement avait débloqué 3 millions de dollars pour permettre le paiement de trois mois d’arriérés. Une intervention qui n’a toutefois pas suffi à résorber les difficultés sociales de la société.
Une recapitalisation désormais sous contrainte
Pour la MIBA, l’enjeu dépasse donc la seule augmentation de capital. L’entreprise doit simultanément restaurer sa capacité de production, assainir sa situation financière, apurer une partie de ses dettes sociales et renforcer sa gouvernance.
Le contentieux entre l’État et ASA ajoute une contrainte supplémentaire à cette équation.
D’un côté, l’État cherche à mobiliser rapidement des capitaux pour remettre en activité un actif minier stratégique. De l’autre, ASA entend préserver ses droits d’actionnaire et obtenir, avant de nouveaux engagements financiers, davantage de visibilité sur la situation patrimoniale, la gouvernance et l’utilisation des ressources.
La décision du Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe pourrait ainsi constituer un point de passage déterminant pour la suite de la recapitalisation. En attendant, le risque est double : retarder l’injection de nouveaux capitaux dans la MIBA et accentuer les tensions autour d’une entreprise dont la relance est déjà confrontée à de lourdes contraintes financières, opérationnelles et sociales.
Olivier KAFORO







