Economie
RDC : le FOREC mise sur le stockage stratégique et le financement des producteurs pour réduire la dépendance alimentaire

Le Fonds de Régulation Économique (FOREC) amorce une nouvelle phase de son action.
Présentant les premiers résultats de sa réforme au Conseil des Ministres du vendredi 28 août 2026, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a mis en avant un dispositif combinant stabilisation des prix, stockage de contingence et soutien direct à la production locale.
Réformé pour renforcer son efficacité, le FOREC entend désormais jouer un rôle plus structurant dans la régulation de l’économie congolaise.
L’instrument est appelé à poursuivre une double mission : contribuer à la stabilisation des prix des biens de grande consommation et réduire progressivement la dépendance alimentaire de la République démocratique du Congo.
Sur le volet conjoncturel, le FOREC est récemment intervenu face à des hausses inhabituelles des prix du maïs dans l’espace Katanga et du riz dans la province de la Tshopo.
Selon Daniel Mukoko Samba, la perspective même d’une intervention du Fonds, combinée aux efforts déployés par les autorités provinciales, a contribué à freiner les comportements spéculatifs.
Cette action a permis un retour à l’équilibre des prix sans nécessiter, à ce stade, des décaissements financiers massifs.
Pour le Gouvernement, cette première expérience illustre l’intérêt d’un mécanisme capable d’agir rapidement sur les marchés avant que les tensions sur l’offre ne se transforment en crise durable.
Le Gouvernement entend également tirer les leçons des limites des subventions directes à la consommation.
Dans cette perspective, le FOREC prévoit, en collaboration avec la Réserve stratégique générale, la mise en place d’un dispositif national de stockage de contingence.
Une phase pilote doit démarrer prochainement à Kinshasa et au Kongo Central. Elle reposera notamment sur des plateformes frigorifiques et céréalières destinées à renforcer les capacités nationales de stockage.
L’objectif est de disposer de réserves mobilisables en cas de tensions sur certains produits essentiels, afin de limiter les ruptures d’approvisionnement et les flambées de prix.
Cette approche devrait permettre de passer d’une logique essentiellement réactive consistant à intervenir lorsque les prix ont déjà fortement augmenté à une logique davantage préventive fondée sur la constitution de stocks stratégiques.
Au-delà de la stabilisation des prix, la réforme du FOREC comporte un volet structurel consacré au financement de la production nationale.
Daniel Mukoko Samba a indiqué que le Fonds financera directement les producteurs locaux afin de contribuer à réduire la dépendance alimentaire du pays. Cette orientation s’inscrit dans les objectifs du Plan national stratégique de développement (PNSD).
Les filières prioritaires identifiées sont notamment le manioc, le riz, le maïs et le haricot, quatre produits considérés comme stratégiques pour l’approvisionnement du marché intérieur.
Dans ce schéma, l’État devrait concentrer son intervention sur l’amélioration des infrastructures et du climat des affaires, tandis que le FOREC jouerait davantage le rôle d’instrument de financement de la production.
Le Ministre de l’Économie nationale a également présenté plusieurs initiatives illustrant l’intervention du FOREC sur le terrain. Il s’agit notamment des programmes de relance agricole de la Saison culturale B, dans le Sud-Ubangi et à Bumba, ainsi que du soutien à la production de semences dans le Kasaï-Central.
À ces projets agricoles s’ajoute le financement du balisage de près de 2.300 kilomètres de voies fluviales.
L’objectif est de faciliter la circulation et l’évacuation des produits agricoles vers les centres de consommation.
Cette composante logistique apparaît stratégique dans un pays où l’éloignement des bassins de production des principaux marchés constitue un frein important à la commercialisation des produits locaux.
À travers cette réforme, le FOREC est ainsi appelé à dépasser son rôle traditionnel de mécanisme de stabilisation ponctuelle des prix pour devenir un instrument plus large de politique économique.
Le dispositif repose désormais sur trois leviers : intervenir rapidement sur les marchés en cas de tensions, constituer des stocks de contingence et soutenir directement les capacités de production nationale.
Pour la RDC, l’enjeu est double : contenir les effets des fluctuations des prix sur le pouvoir d’achat des ménages tout en augmentant l’offre alimentaire produite localement.
La réussite de cette nouvelle stratégie dépendra toutefois de la capacité du FOREC à assurer un financement efficace des producteurs, à renforcer les infrastructures de stockage et de transport et à garantir une intervention suffisamment rapide lorsque des déséquilibres apparaissent sur les marchés.
À terme, le pari du Gouvernement est de réduire la vulnérabilité du pays aux chocs d’approvisionnement extérieurs en faisant de la production nationale le principal levier de la sécurité alimentaire.
Mitterrand MASAMUNA







