Connect with us

Finance

RDC : le Sénat donne son feu vert à la création de la Bourse de Kinshasa

Published

on

Le Sénat a adopté à l’unanimité, vendredi 24 juillet 2026, le projet de loi relatif aux marchés boursiers en République démocratique du Congo.

Le texte, porté par le Ministre des Finances, Doudou Fwamba, établit le cadre juridique nécessaire à la création de la Bourse de Kinshasa.

La réforme prévoit deux compartiments distincts : une Bourse des valeurs mobilières, destinée notamment aux actions et aux obligations, et une Bourse des marchandises, appelée à organiser les échanges de produits miniers et agricoles. À ce niveau, une Autorité des marchés financiers devra superviser les opérations, encadrer les intervenants et protéger les investisseurs.

Le texte doit encore être examiné par une commission mixte paritaire Assemblée nationale-Sénat afin d’harmoniser les versions adoptées par les deux chambres avant sa transmission au chef de l’État pour promulgation.

Une nouvelle voie de financement pour les entreprises

La future place financière offrira aux entreprises une autre possibilité de financement que le crédit bancaire. Une société pourra ouvrir une partie de son capital aux investisseurs ou émettre des obligations pour financer ses équipements, son expansion ou de nouveaux projets.

Le marché devrait comporter un compartiment en francs congolais. Cette orientation permettrait de canaliser une partie de l’épargne détenue en monnaie nationale vers le financement des entreprises et des investissements productifs. Elle s’inscrit aussi dans la volonté des autorités de renforcer l’usage du franc congolais dans les opérations financières.

Mais l’adoption de la loi ne garantit pas, à elle seule, l’arrivée rapide de nombreuses entreprises sur le marché, préviennent les experts. Ces derniers estiment qu’une cotation exige généralement des comptes fiables et audités, une gouvernance structurée, la publication régulière d’informations financières ainsi qu’une protection suffisante des actionnaires minoritaires.

Les analystes s’interrogent donc sur la capacité des entreprises locales, notamment les petites et moyennes entreprises, à remplir ces exigences. Une partie importante du tissu entrepreneurial demeure encore peu formalisée et dépend fortement des financements bancaires, des fonds propres familiaux ou des avances commerciales.

Le secteur minier au cœur des enjeux boursiers

Le secteur extractif devrait occuper une place centrale dans la future architecture boursière congolaise. En 2025, la croissance économique de la RDC a été estimée à environ 6 %, portée principalement par les activités minières. La production du secteur extractif a progressé de 10,1 %, après une hausse de 11,9 % en 2024, soutenue notamment par la production et les exportations de cuivre.

Cette dynamique montre le poids des mines dans la création de richesse nationale. Le FMI, dans sa récente analyse, relève également que la solidité des exportations minières a contribué à l’amélioration du secteur extérieur et à l’accumulation des réserves internationales en 2025.

La corrélation avec la Bourse se situe à deux niveaux. Sur le marché des valeurs mobilières, une entreprise minière pourrait émettre des actions ou des obligations afin de financer une mine, une unité de traitement ou des infrastructures connexes. Sur la Bourse des marchandises, les minerais pourraient être échangés selon des règles communes portant sur la qualité, la quantité, la traçabilité, les prix et les conditions de livraison.

La place du secteur minier constitue cependant aussi un point de vigilance. Une forte concentration des premières cotations sur les entreprises extractives exposerait le marché aux variations des cours mondiaux du cuivre, du cobalt et des autres minerais. La crédibilité de la Bourse dépendra donc de sa capacité à attirer progressivement des entreprises issues des télécommunications, de l’agriculture, de l’industrie, des banques et des infrastructures.

Le CAMI comme maillon stratégique en amont

Le directeur général du Cadastre minier (CAMI), Popol Mabolia Yenga, a été auditionné le 20 juillet 2026 par la Commission économique, financière et de la bonne gouvernance du Sénat, dans le cadre de l’examen du projet de loi.

Le CAMI a présenté son rôle dans la sécurisation juridique des actifs miniers susceptibles d’être liés aux opérations boursières. En tant que gestionnaire du domaine minier national, il détient les informations relatives à l’existence, à la validité, à la localisation et aux titulaires des droits miniers.

Cette fonction devient stratégique pour la future Bourse. Avant qu’un projet minier ne serve de support à une levée de fonds ou à une opération financière, les investisseurs devront s’assurer que le titre correspondant est valide, non contesté et régulièrement enregistré.

La fiabilité du fichier cadastral devrait ainsi contribuer à réduire les risques de fraude, de double attribution ou de présentation d’actifs juridiquement fragiles. Le CAMI se positionne, à ce titre, comme l’un des premiers maillons de la chaîne de confiance nécessaire au fonctionnement du marché.

La SFI appelée à accompagner les premières opérations

Le Gouvernement congolais et la Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale, calquée sur le secteur privé, ont signé, le 18 juin 2026, un accord de coopération pour accompagner le développement de la Bourse de Kinshasa.

L’appui annoncé porte notamment sur le cadre réglementaire, les infrastructures du marché, la formation des intervenants, l’élargissement de la base des investisseurs et l’accompagnement des premières opérations boursières.

Pour la RDC, l’enjeu sera désormais de transformer la loi en un marché actif :  » La réussite dépendra de la solidité du régulateur, de la transparence des entreprises, de la fiabilité des actifs proposés et de la présence d’investisseurs capables d’acheter et d’échanger régulièrement les titres. », estime un Alumini de la faculté Polytechnique de l’UNIKIN, issu de la Bourse de London.

Flory MUSISWA

Advertisement
Advertisement DRC Mining 2026
Bendele
Rawsur

Edito

ZoomEco TV