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Chine–Allemagne : le réajustement pragmatique d’une puissance industrielle

La visite en Chine du chancelier allemand Friedrich Merz ne relève ni du symbole ni d’un simple exercice diplomatique. Elle reflète une réalité économique que Berlin ne peut ignorer.
En 2025, la Chine est redevenue le premier partenaire commercial de l’Allemagne, avec 251,8 milliards d’euros d’échanges, devant les États-Unis. Ce chiffre relativise les discours de « de-risking » qui ont dominé le débat européen ces dernières années.
Le test de la compétitivité
Dans la vidéo, Wang Xingxing présente les nouvelles technologies de Unitree Robotics au chancelier allemand Friedrich Merz. Les images ont marqué les esprits : des dirigeants allemands échangeant avec des robots et assistant à des démonstrations technologiques. Une séquence révélatrice. Unitree s’est récemment distinguée lors du gala du Nouvel An chinois, en présentant une performance remarquée de robots humanoïdes. Ce choix n’est pas anodin : il témoigne de la volonté allemande d’observer de près l’évolution des capacités industrielles et technologiques chinoises.
L’Allemagne demeure une puissance manufacturière historique. Pourtant, la montée en puissance de la Chine dans l’intelligence artificielle, la robotique et les technologies vertes redessine les hiérarchies industrielles mondiales. Le pragmatisme consiste ici à identifier des espaces de coopération sélective sans occulter la concurrence.
De la chaîne de valeur à la chaîne d’innovation
La coopération sino-allemande s’est longtemps structurée autour d’un modèle clair : technologie allemande, capacité d’échelle chinoise, marché mondial partagé. Ce modèle évolue désormais vers une logique de co-innovation.
Volkswagen a implanté à Hefei son principal centre mondial de recherche et développement hors d’Allemagne, dédié aux véhicules électriques intelligents. Le cycle complet de développement y est raccourci d’environ 30 %, illustrant le déplacement du centre de gravité de l’innovation.
Dans le delta du Yangtsé, notamment à Taicang(province du Jiangsu), plus de 560 entreprises allemandes sont implantées. Certaines y développent aujourd’hui des centres de recherche intégrés, et non plus seulement des unités de production.
La coopération glisse ainsi du volume vers la valeur, de la chaîne industrielle vers la chaîne d’innovation.
Autonomie stratégique : entre principe et réalité
Dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine occupe désormais une position de leader technologique et industriel. Mais l’enjeu ne se limite plus à l’achat de technologies. Il s’agit de codévelopper, co-innover et co-déployer.
L’autonomie stratégique européenne ne peut se réduire à une diversification géographique. Elle suppose une capacité réelle à rester dans la course face aux grands pôles d’innovation mondiaux.
La visite du chancelier allemand Friedrich Merz en Chine ne marque ni rupture spectaculaire ni alignement inattendu. Elle révèle une tension plus profonde : celle d’une Europe confrontée à un monde où la puissance industrielle se mesure désormais à la vitesse d’innovation. Pour une puissance industrielle comme l’Allemagne, le pragmatisme n’est pas un compromis. Il est une condition de survie stratégique.
Présentatrice, chroniqueuse, CGTN






















