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RDC : Kimbembe Mazunga, coupable idéal ou victime d’un règlement de comptes ?

TRIBUNE – Selon les premiers éléments obtenus au deuxième jour de son arrestation, il se dit que Jean Kimbembe Mazunga aurait été mis aux arrêts pour le remboursement d’un prêt accordé, quatre ans plus tôt, par la société Kwanza Capital à la SCTP (ex ONATRA) qu’il dirigeait. Cet argent remboursé et payé par chèque ne serait jamais arrivé à destination.
Cet homme de 64 ans à qui ses proches reconnaissent la distance avec l’argent depuis ses fonctions comme ministre des ITPR, gouverneur de la Ville-Province de Kinshasa, et conseiller principal à la Présidence de la République, et qui n’a jamais été associé à quelconque scandale, serait-il coupable ou victime d’un règlement de comptes ?
En suivant de près cette affaire, nous sommes parvenus à découvrir des faits qui lèvent un pan de voiles sur ce dossier judiciaire, et ce, en évitant de citer les noms des personnes actuellement en fonctions pour respecter la règle de la présomption d’innocence que confère la loi congolaise.
Tout part de difficultés caractérisée par des injonctions hiérarchiques que ce ex. mandataire public a connu lorsqu’il était en fonction à la tête de la SCTP. Il est vrai que cette entreprise n’est pas facile à gérer et que même le meilleur des ministres du Budget qu’à connu la Rd Congo s’y est planté récemment, en y laissant une vingtaine de mois d’arriérés malgré un prêt en millions de dollars obtenus auprès d’une banque de la place.
Mais Jean Kimbembe avait réussi à faire revivre cette entreprise, près de 9 mois d’arriérés totalement réglé pour l’ensemble des unités de Kinshasa et de l’intérieur du pays, au premier mois et demi de sa présence à la tête de la SCTP ex Onatra. Le Port de Matadi recommençait à tourner à plein de régime de nouveau, jusqu’à ce que baisse le niveau des importations.
Trois instructions ont plombé le mandat Kimbembe
Les trois instructions émanaient du premier ministre de l’époque, Augustin Matata Ponyo. La première enjoignait à Kimbembe de payer, manu militari, 10 millions USD des revenus de la RLT comme participation à la création de Congo Airways dont on ne sait si, quatre ans après, un seul dollar de bénéfice a été renvoyé à la SCTP ex Onatra.
La deuxième instruction, pour le moins curieux, concernait un autre montant de près de 9 millions USD afin d’acquérir des nouveaux wagons et voitures. Face à l’opposition de Kimbembe à exécuter, parce que pas prioritaire, l’ancien premier ministre Matata l’aurait menacé de le faire tomber jusqu’à avant son départ de la Primature.
Il a fait payer la SCTP aussi pour les mêmes voitures pour la SNCC ! Malgré que l’instruction fût tout de même exécutée, le lendemain de sa démission, Matata aurait liquidé Kimbembe en le faisant suspendre. Promesse tenue ?
Mais figurez-vous que ce train et ces nouvelles voitures, quatre ans après, n’ont jamais roulé, jamais ! Malgré qu’elles soient conformes aux spécifications et normes ferroviaires de la SCTP, ces voitures sont abandonnées à la Gare centrale à cause de l’absence d’une vision et d’un manque de leadership.
La troisième instruction qui mérite autant d’éclaircissements, toujours de la Primature, une concerne un montant de près de 10 millions de dollars américains pour la relance du trafic ferroviaire laissé à l’abandon depuis plus de 10 ans (d’avant 2016), et de redorer tant soit peu l’image ternie de cette voie ferrée devenue vétuste.
Ce montant aurait été mis à la disposition de la SCTP à la condition que ces fonds ne soient directement et uniquement gérés, que par le directeur de Chemin des fers de l’époque et un conseiller à la Primature de Matata de l’époque…
Selon nos informations, les deux étaient devenus des grands amis lorsque le paiement arriva, et pour finir en adversaires, les intérêts les avaient sûrement séparés, à quoi a réellement servi cet argent ? Personne ne cherche à savoir. Mais Kimbembe en opposition à Matata était visiblement l’homme à abattre.
Malgré ce combat ouvert avec l’ancien premier ministre Matata, le directeur général Kimbembe a continué d’essayer de se battre afin de relever les défis.
Vérités du prêt de Kwanza Capital Sarl à la SCTP pour relever ses défis
Les cimenteries, les transporteurs voulaient de nouveau refaire du business avec la SCTP, la crédibilité était de retour. Ils ont particulièrement était rassuré par la voie ferrée comme moyen fiable pour l’évacuation de leurs produits
Mais pour réussir autant de défis et miracles, il fallait un accompagnement financier. La banque BGFI était, à cette époque, la banque la plus présente aux côtés de la SCTP, et une institution financière appelée Kwanza Capital. Cette dernière aurait fait plusieurs prêts à la SCTP sous Kimbembe.
Si des sources affirment qu’ils ont été totalement remboursées, la question qui reste entière est celle de savoir : quelle est donc la raison de l’emprisonnement de cet ancien directeur général ?
« Selon le magistrat instructeur du dossier, l’argent du prêt à Kwanza d’un montant avoisinant les millions de dollars n’aurait pas été touché par Kwanza Capital », apprend-on.
Bien au contraire, des éléments en notre possession apportent une pile de révélations.
Primo. La SCTP a contracté, en bonne et due forme, un prêt auprès de Kwanza Capital avec l’accord du Conseil d’administration, parce qu’au-delà du montant de 500 000 USD, le directeur général ne pouvait engager tout seul l’entreprise.
Secundo. Les conditions du prêt ont été validées par la SCTP, et cette entreprise du portefeuille a reçu de l’argent de Kwanza Capital.
Tertio. Au moment de rembourser, des difficultés ont survenu. Plusieurs mois sont passés, et la société a négocié un délai jusqu’au moment où elle a été prête à effectuer ce remboursement.
Quarto. Kwanza Capital a émis une procuration pour que la SCTP puisse payer ces dernières échéances auprès d’une personne qu’elle-même a choisi, et le Département financier de la SCTP a validé la procuration et soumis à la signature du directeur général Kimbembe les chèques pour paiement. Le directeur financier avait bel et bien apposé en premier sa signature à gauche, comme il est de coutume après les vérifications, et ensuite le directeur général par conformité a signé à droite.
Quinto. La personne désignée sur la procuration a touché l’argent pour le compte de Kwanza Capital et le dossier était donc clos avec l’extinction de la créance.
Des faits qui dédouanent Kimbembe
Kimbembe est accusé de n’avoir pas fait arriver l’argent du à Kwanza Capital et qu’il se serait arrangé avec la personne désignée sur la procuration pour détourner cet argent. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la personne sur la procuration a nié devant les magistrats avoir touché l’argent.
Il ne suffit pas d’avoir fait des études en criminologie pour comprendre que plusieurs faits disculpent de facto Monsieur Kimbembe, au grand dam de ses détracteurs qui auraient monté ce dossier.
D’abord, Kwanza Capital n’a jamais, quatre ans après le prêt, porté plainte ni contre la SCTP ni contre Kimbembe. Qui réclame donc cet argent ? Qui est le plaignant ? Personne.
Ensuite, Kwanza Capital a confirmé d’avoir reçu cet argent d’après des sources qui auraient approchés l’ancien directeur général qui a été enregistré à son insu. Si ladite société est en liquidation depuis 2018, cela n’empêche que les archives parlent et retracent la perception de ce paiement.
Enfin, l’existence de la preuve que la dame sur la procuration a bel et bien accusé réception de sa procuration et qu’elle a bel et bien touché l’argent à la banque.
Face à ces faits probants, pourquoi emprisonner Kimbembe en l’accusant d’avoir détourné l’argent déboursé pour rembourser le prêt de Kwanza Capital qui reconnaît avoir reçu leurs paiements ? Comment expliquer que celui qui a signé le chèque pour rembourser le prêt est en prison, et la personne qui a touché le chèque grâce à la procuration de Kwanza Capital soit en liberté malgré les preuves (documents et vidéos) qu’elle a touché cet argent à la banque soient là ? Mais pourquoi nier avoir été touché l’argent, si par ailleurs Kwanza Capital a bel et bien reçu son argent ?
Selon nos informations, cette dame qui se retrouvait sur la procuration de Kwanza Capital, avait déjà été viré d’une société de communication de la place où elle travaillait pour vol important d’argent et mensonges éhontés à répétition.
Une plainte au TGI de Gombe motivée par des preuves accablantes existe. Plainte, dont elle avait réussi à s’échapper à cause des supplications diverses (familiales, amicales et politiques) auprès de son ancien patron à abandonner les poursuites.
La volonté organisée de nuire à Kimbembe est visible. Plus fort que ça, il est d’autant plus étonnant que les enquêteurs ne voudraient pas aller vérifier toutes ces informations, mais préféraient aujourd’hui demander à toute personne qui a des griefs contre sieur Kimbembe de les présenter aujourd’hui au magistrat instructeur jusqu’au 9 janvier 2021.
Un peu pour remplir un dossier vide par d’autres accusations. Mais bien évidemment, il y a lieu de s’attendre à un dépotoir d’accusations fallacieuses teintées de jalousie et de haine pour nuire.
Libérer Monsieur Kimbembe ne serait pas une honte pour la justice, mais ça permettrait de nous rassurer tous, citoyens lambda, que la justice est notre rempart, qu’elle nous protège des délations, et des fausses accusations.
Que cette justice que veut le Président Tshisekedi ne soit pas spectacle parce que des vies sont détruites. Que cette justice que veut le peuple congolais soit juste. Corrigez quand il y a eu erreur nous rassurera tous.
De plus en plus de voix s’élèvent pour souhaiter que tout magistrat véreux dont les preuves d’incohérence et de soupçons de manipulation orientée pour nuire pour des intérêts pécuniaires ou politiques, soit désormais poursuivi par la rigueur de la loi et puni sévèrement. Car, notre liberté, notre quiétude dans notre pays en dépend.
Le président de la République, Felix-Antoine Tshisekedi l’a confirmé le 29 décembre 2020 aux gouverneurs de provinces, lors de la conférence des gouverneurs, en ces termes : « je ne ménagerai aucun effort pour que le régime disciplinaire soit mis en mouvement conformément à la loi contre les magistrats véreux et corrompus. »
La Justice doit nous rassurer, et pas le contraire.
Claude Mpembe, analyste et journaliste d’investigation, libre-penseur
















