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RDC-Energie : Pioka-Tombe et la réhabilitation des centrales, un pari rationnel face au déficit électrique

La République Démocratique du Congo (RDC) dispose de l’un des plus importants potentiels hydroélectriques au monde, mais continue de faire face à un déficit structurel d’électricité.
Ce déficit freine la croissance, l’industrialisation et la compétitivité économique.
La double initiative présentée par le Ministre des Ressources Hydrauliques et de l’Électricité au 77ème Conseil des Ministres développement du site de Pioka-Tombe et réhabilitation de 17 centrales hydroélectriques privées s’inscrit dans une logique économique de rattrapage et d’optimisation des actifs existants.
À Kinshasa, le déficit d’approvisionnement dépasse aujourd’hui 1.000 MW, un manque à gagner qui se traduit par des coupures chroniques, une dépendance accrue aux groupes électrogènes et des coûts de production élevés pour les entreprises.
Selon les estimations des institutions financières internationales, le déficit énergétique peut amputer jusqu’à 2 à 3 points de croissance dans les économies à forte contrainte d’infrastructures.
En République Démocratique du Congo, cette contrainte pèse particulièrement sur les secteurs minier, industriel et des services.
Une option à rendement différé
Avec un potentiel estimé à 6.450 MW, Pioka-Tombe apparaît comme une alternative économiquement rationnelle à court et moyen terme, en complément de Grand Inga.
Le principal avantage économique du projet réside dans ses délais de réalisation plus courts et sa capacité à produire des effets tangibles avant la maturité de projets hydroélectriques de très grande envergure.
Sur le plan macroéconomique, la mise en exploitation progressive de Pioka-Tombe permettrait de réduire les importations de carburants destinés à la production thermique, d’améliorer la balance des paiements et de stabiliser les coûts de l’électricité pour les industriels.
À moyen terme, l’impact sur la compétitivité industrielle, notamment dans le Kongo Central et dans les zones connectées au réseau Inga, pourrait être significatif.
Tous les spécialistes s’accordent sur le fait que l’accès à une énergie abondante et relativement bon marché est un facteur déterminant pour attirer les investissements industriels.
En renforçant la capacité de production nationale, Pioka-Tombe contribuerait à créer un effet d’entraînement sur les chaînes de valeur locales, notamment dans l’agro-industrie, la transformation minière et les matériaux de construction.
Par ailleurs, le projet s’inscrit dans une logique d’exportation régionale.
Avec le développement du projet, la RDC pourrait consolider sa position de fournisseur d’électricité vers l’Afrique australe et centrale, générant des recettes en devises et diversifiant ses sources de revenus extérieurs.
Telle que proposée par le Ministre de tutelle, la réhabilitation de 17 centrales hydroélectriques privées abandonnées, réparties dans sept provinces, relève d’une approche de maximisation du capital existant.
Comparativement à la construction de nouvelles centrales, la remise en état de ces infrastructures nécessite des investissements initiaux plus faibles et offre des délais de retour sur investissement plus courts.
Ce choix est particulièrement pertinent dans les zones minières, où la demande en énergie est forte et où le coût du kilowattheure produit par des sources thermiques reste élevé.
En substituant l’hydroélectricité aux générateurs diesel, les opérateurs pourraient réduire significativement leurs coûts opérationnels, tout en diminuant l’empreinte carbone du secteur.
Le recours aux contrats Independent Power Producer (IPP) permet de transférer une partie du risque financier et opérationnel au secteur privé, tout en limitant l’exposition budgétaire de l’État.
Pour les investisseurs, la sécurisation des revenus à travers des Contrats d’Achat d’Électricité constitue un facteur clé de bancabilité.
Toutefois, la réussite de ce modèle dépendra de la crédibilité des off-takers, de la stabilité réglementaire et de la capacité de l’État à faire respecter les engagements contractuels. Sans ces garanties, le coût du capital pourrait rester élevé, réduisant l’attractivité des projets.
Un test de cohérence
Pris ensemble, Pioka-Tombe et la réhabilitation des centrales constituent un test de cohérence pour la politique énergétique congolaise. L’enjeu n’est pas seulement d’augmenter la capacité installée, mais de bâtir un système économiquement viable, capable de soutenir la croissance, de réduire les coûts de production et d’améliorer l’accès à l’électricité pour les ménages.
À moyen terme, la réussite de ces projets pourrait repositionner l’énergie comme un véritable moteur de la transformation économique de la RDC, à condition que les arbitrages financiers, institutionnels et techniques soient menés avec rigueur.
Olivier KAFORO






















