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RDC : La consommation d’électricité a accru de 18,2 % en 2024

La demande d’électricité s’envole, révélant une économie en mouvement.
En 2024, la consommation électrique en République Démocratique du Congo a bondi de 18,2 %, portée par la montée en puissance des activités industrielles, notamment dans la zone économique spéciale de Maluku. Une progression remarquable dans un pays encore marqué par un accès limité à l’énergie. Mais derrière cette dynamique, une réalité plus contrastée s’impose : la production, elle, a reculé de 0,4 %, fragilisée par l’arrêt technique du groupe G25 de la centrale d’Inga II. C’est ce qui ressort du dernier rapport annuel de la Banque Centrale du Congo.
Ce décalage entre une demande en forte hausse (+18,2 %) et une offre en léger recul (-0,4 %) met en lumière une tension structurelle : l’économie congolaise consomme davantage d’énergie qu’elle n’est en mesure d’en produire de manière stable. Un paradoxe qui, loin d’être anodin, traduit à la fois une transformation en cours et ses limites.
Car cette hausse de la consommation est, en soi, un signal positif. Elle témoigne d’une intensification de l’activité économique, notamment dans les services et l’industrie.
Le secteur tertiaire, en particulier, confirme son rôle de moteur.
Les « Transports et télécommunications » progressent de 3,6 % (contre 3,0 % en 2023) et contribuent à hauteur de 1,2 point à la croissance.
Le « Commerce » affiche une hausse de 2,8 % (contre 2,0 %), avec une contribution stable à 0,3 point.
Plus significatif encore, la branche « Transports et télécommunications » accélère à 6,4 %, contre 4,4 % en 2023.
Mais cette dynamique doit être replacée dans son contexte.
En Afrique subsaharienne, la consommation moyenne d’électricité reste extrêmement faible, autour de 200 kWh par habitant et par an, selon la Banque mondiale, soit l’équivalent d’une ampoule de 50 watts allumée en continu.
Dans ce paysage, la RDC illustre à la fois le retard énergétique du continent et son potentiel inexploité.
Certaines économies africaines, comme la Libye ou l’Afrique du Sud, affichent des niveaux de consommation bien supérieurs.
À l’échelle continentale, la demande d’électricité devrait croître de 5,2 % par an entre 2025 et 2027, selon la Banque africaine de développement.
Dans ce contexte, la progression de +18,2 % en RDC apparaît nettement au-dessus de la moyenne régionale.
Les experts y voient un double message. D’un côté, l’augmentation rapide de la consommation traduit une économie qui s’active, un tissu productif qui s’élargit et une demande intérieure qui se renforce. De l’autre, cette évolution expose une fragilité critique : l’insuffisance des infrastructures énergétiques.
Sur cet aspect, les données de la Banque africaine de développement (BAD) sont parlantes.
Moins de 20 % de la population de la RDC avait accès à l’électricité en 2020. Le pays nécessite environ 20.000 Km de routes asphaltées pour connecter ses provinces, mais moins de 10 % sont aujourd’hui réalisés.
Le déficit global en infrastructures (énergie, routes, eau) freine l’investissement privé et la croissance.
La Banque africaine de développement joue un rôle clé, avec près de 30 % de ses engagements en RDC, soit environ 1,6 milliard USD, consacrés aux transports pour désenclaver le pays. Elle finance notamment la réhabilitation de la RN1 et d’autres projets structurants.
Pour la période 2025-2026, elle soutient des réformes visant à attirer le secteur privé et finance des projets intégrés (voirie urbaine, santé, agriculture).
Combler ce déficit nécessite toutefois des dizaines de milliards de dollars, d’où le recours à des financements mixtes.
Dans ce contexte, une production électrique instable, dépendante d’équipements vieillissants et vulnérables aux incidents techniques, ne peut soutenir durablement une telle dynamique. À terme, préconisent les experts, ce déséquilibre pourrait freiner l’industrialisation, renchérir les coûts de production et limiter la compétitivité des entreprises.
L’enjeu est dorénavant de transformer cette poussée de la demande en levier de développement durable. Cela passe par des investissements massifs dans la production et la distribution d’électricité, la diversification des sources d’énergie, mais aussi une meilleure gouvernance du secteur.
Plus largement, la question énergétique renvoie à un défi structurel, celui de l’articulation entre croissance économique et capacités productives. Car sans énergie fiable, aucune transformation industrielle durable n’est possible.
En filigrane, la RDC donne à voir une économie en éveil, mais encore contrainte par ses fondamentaux.
La demande d’électricité grimpe, signe d’un potentiel réel. Reste à construire les bases capables de soutenir cet élan, sans quoi la croissance pourrait, elle aussi, finir par disjoncter, estime un étudiant de la Faculté Polytechnique de l’université de Kinshasa (UNIKIN).
Flory MUSISWA
























