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Levée de 1,25 milliard USD d’eurobond : Le Gouvernement dévoile 7 projets à financer pour transformer la dette en croissance

Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) a précisé l’orientation ainsi que l’utilisation de 1,25 milliard de dollars récemment levés sur les marchés internationaux.
Lors d’un point de presse convoqué ce lundi 13 avril 2026 àKinshasa, le Ministre des Finances Doudou Fwamba a présenté sept (7) projets répartis entre transport, énergie et formation professionnelle.
Le Gouvernement de la RDC tient mordicus à utiliser une dette contractée à près de 9 % pour financer des investissements capables de produire de l’activité économique, des revenus et, à terme, de soutenir le remboursement.
7 projets scrutés pour soutenir l’économie réelle

Les fonds sont orientés vers des infrastructures physiques et du capital humain.
Dans le transport, trois axes dominent. Un nouveau terminal aéroportuaire de 49.000 m² avec une capacité de 5 millions de passagers par an à l’aéroport international de N’djili.
La réhabilitation de 750 Km de la RN4 entre Kisangani et Beni, un corridor clé pour les échanges avec les pays voisins dont l’Ouganda.
À Kinshasa, 300 Km de routes urbaines ainsi qu’une rocade de 31 Km pour désengorger la capitale.
Dans l’énergie, deux projets structurants.
Une ligne de transmission de 330 kV entre la Zambie et la ceinture cuprifère congolaise. La centrale hydroélectrique de Katende avec une capacité de 64 MW est aussi concernée au Kasaï Central. Les fonds permettront de réaliser le réseau de distribution de ce barrage dont les travaux ont été suspendus suite au conflit communautaire.
Enfin, deux centres de formation à Kinshasa et trois autres à Kisangani, Mbuji-Mayi et Lubumbashi pour accompagner la montée en compétences.
Une logique économique surveillée de près
Ce portefeuille mélange des projets à retours rapides et d’autres plus diffus.
Les projets énergétiques sont les plus directement monétisables.
Dans les zones minières, estiment les experts, la demande en électricité est solvable. Une bonne tarification peut générer des flux financiers relativement prévisibles.
Les routes et infrastructures urbaines agissent autrement. Elles réduisent les coûts logistiques, facilitent les échanges, mais leur impact budgétaire est indirect et progressif.
Le terminal aéroportuaire se situe entre les deux. Sa rentabilité dépendra du trafic réel. Sans croissance du flux de passagers et du fret, le retour sera limité.
Les centres de formation, eux, relèvent d’un investissement de long terme. Leur effet passe par la productivité et l’emploi.
Le facteur temps devient central
Pour plusieurs analystes, le principal risque ne tient pas au choix des projets, mais à leur exécution.
Un projet rentable livré avec retard ou mal structuré perd une grande partie de sa valeur économique. À l’inverse, une mise en œuvre rapide peut créer des effets d’entraînement.
Chantiers actifs, emplois, demande locale, recettes fiscales. Ce cycle peut commencer avant même la fin des projets.
C’est ce que recherchent généralement les bailleurs comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international.
Dans plusieurs rapports sur la soutenabilité de la dette, ces institutions insistent sur un point précis : « Dans les pays à faible marge budgétaire, l’endettement doit financer des actifs capables de générer de la croissance mesurable ».
Une capacité d’endettement encore présente, mais encadrée
Avec un ratio de dette publique estimé à 18,5 % du PIB à fin 2024, la RDC reste en dessous de nombreux pays comparables. Cette situation laisse une certaine marge.
Mais cette marge dépend de la qualité des investissements et de leur gestion.
La notation B3 attribuée par Moody’s classe le pays dans la catégorie spéculative. Elle reflète un environnement encore exposé aux risques sécuritaires et institutionnels.
Dans ce contexte, chaque projet financé doit contribuer, directement ou indirectement, à renforcer la capacité de remboursement.
Des exemples contrastés à l’international
Plusieurs pays ont emprunté à des taux élevés pour financer leur transformation économique, notamment les États-Unis et le Japon.
Sur le continent, l’Éthiopie ou la Côte d’Ivoire ont utilisé l’endettement pour financer routes, énergie et zones industrielles, avec des résultats visibles sur la croissance.
Mais d’autres trajectoires rappellent les limites. Le Ghana a connu des tensions de remboursement après une accumulation rapide de dette, dans un contexte de forte inflation.
Le Zimbabwe reste un exemple de déséquilibres prolongés liés à une gestion macroéconomique fragile.
Ces différents cas montrent que le coût de la dette n’est pas le seul facteur. La discipline dans l’exécution et la cohérence des projets comptent davantage.
Une aporie à tenir
La stratégie du Gouvernement repose sur un équilibre. Accélérer des projets visibles, créer de l’activité rapidement, tout en construisant des bases durables.
Si les projets énergétiques et logistiques produisent les effets attendus, ils peuvent contribuer à rembourser une partie de la dette contractée.
Dans le cas contraire, la charge financière pourrait peser sur les finances publiques futures.
Tout se jouera donc sur la capacité à transformer ces investissements en croissance réelle, dans des délais maîtrisés, estime un professeur de la Faculté polytechnique de l’UNIKIN, sous couvert d’anonymat.
Flory MUSISWA






















