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Mahktar Diop : « Libérons le potentiel de l’entrepreneuriat féminin en Afrique » [TRIBUNE]

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Lorsqu’on on se promène dans une grande ville d’Afrique subsaharienne, un premier constat saute aux yeux : la prédominance des femmes dans le commerce de produits et services en tous genres. Les femmes participent de manière très visible à l’économie du continent, seule région du monde où elles représentent la majorité de ceux qui travaillent à leur compte. Des données montrent même qu’à certains égards elles constituent un moteur économique plus puissant dans les pays africains que dans le reste du monde.

Mais cette réalité en masque une autre : les entreprises détenues par des femmes comptent en moyenne moins d’employés, engrangent moins de recettes et de bénéfices, et ont une productivité plus faible. Dans bien des cas, elles ne permettent que de faire face aux dépenses les plus urgentes du foyer. Une situation dont souffrent les principales intéressées, et qui nuit aussi à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté en Afrique.

Nous connaissons les principaux obstacles qui freinent les entreprises féminines. Le premier concerne les inégalités de scolarisation entre les filles et les garçons : même si la situation s’est améliorée sur ce plan, les femmes ont toujours un niveau d’études et de qualifications inférieur à celui des hommes. Le deuxième frein réside dans leur accès plus limité aux capitaux et aux actifs, des moyens financiers dont elles ne peuvent souvent bénéficier que par l’intermédiaire de leur mari.

Une enquête réalisée au Malawi a par exemple montré que 23 % des femmes entrepreneurs utilisaient l’épargne de leur époux pour démarrer une activité, contre seulement 2 % des hommes (Campos, Goldstein et McKenzie, 2015). Si les femmes n’ont pas accès à certains actifs, c’est souvent en raison de discriminations d’ordre juridique.

Bien que les gouvernements africains aient accompli des progrès en matière de lutte contre les discriminations envers les femmes dans le droit des affaires, le droit de la famille confère souvent aux maris le contrôle des biens et des terres, privant les femmes des actifs demandés en garantie des prêts. Même dans les domaines où l’égalité juridique entre les sexes est reconnue, le droit coutumier ou les normes sociales empêchent son application. Ce sont aussi les normes sociales qui vont pousser les femmes à se diriger vers des secteurs d’activité moins lucratifs ou à consacrer plus de temps et d’argent aux tâches domestiques et à la santé et l’éducation de leurs enfants, voire à l’entreprise de leur mari, le tout au détriment de leur propre activité.

L’Afrique recèle donc un immense potentiel inexploité. S’il était libéré grâce à de bonnes politiques, il pourrait doper la croissance économique et sortir des millions de personnes de la pauvreté. La levée des freins à l’entrepreneuriat féminin donne souvent lieu à des débats longs et laborieux sur l’action à mener. Il existe pourtant aussi des interventions relativement simples qui apportent des améliorations radicales.

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En Éthiopie, par exemple, un projet innovant pourrait bientôt changer la donne pour les femmes entrepreneurs. Comme ailleurs en Afrique, les femmes ne sont pas en mesure d’accéder au crédit car elles ne possèdent pas de biens ou de terres à apporter en garantie. C’est pourquoi le Projet de développement de l’entrepreneuriat féminin fournit à ces femmes, ainsi qu’aux banques susceptibles de les avoir pour clientes, une alternative à ce type de garantie : un test psychométrique de 45 minutes qui permet de déterminer avec fiabilité si un prêt sera bien remboursé. Celles qui réussissent le test obtiennent un financement sans obligation de garantie. Le projet affiche jusqu’à présent un taux de remboursement de 99,4 %.

Il ne faut pas négliger par ailleurs le rôle des hommes dans la promotion de l’entrepreneuriat féminin. Selon des études récentes, l’existence d’un mentor masculin est l’un des facteurs qui influent le plus sur la probabilité qu’une femme entrepreneur s’aventure dans un secteur traditionnellement dominé par les hommes. C’est un fait important car les secteurs masculins sont généralement ceux qui sont les plus rémunérateurs. Mais encore faut-il connaître les métiers les plus rentables. D’où l’importance de l’accès à ces informations.

À Addis-Abeba, par exemple, Merharriet Hailemariam a fait des études de journalisme avant de réaliser qu’elle pourrait gagner plus en travaillant comme électricienne. Elle a convaincu deux de ses sœurs ainsi que deux de ses amies à en faire autant, et aimerait à présent obtenir un diplôme en technique et gestion du bâtiment.

Alors, certes, nous sommes encore loin d’une égalité généralisée entre les hommes et les femmes dans la santé, l’éducation et la situation économique et sociale, mais une chose est sûre : l’Afrique regorge de femmes entrepreneurs qui portent des projets ambitieux et dont le potentiel pourrait être libéré grâce à des actions relativement simples, avec à la clé, peut-être, la possibilité de transformer le continent tout entier.

MAKHTAR DIOP
Vice-président de la Banque Mondiale pour l’Afrique

Publiée dans le blog de la Banque Mondiale

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