Afrique
Compétitivité africaine : le véritable défi n’est plus la croissance, mais la qualité des institutions

TRIBUNE – Le classement mondial de la compétitivité 2026 publié par l’IMD Business School mérite une attention particulière de la part des décideurs africains.
Au-delà des positions enregistrées par les différents pays, ce rapport met en lumière une réalité que le continent ne peut plus ignorer : dans l’économie mondiale du XXIe siècle, la compétitivité ne se mesure plus uniquement à la richesse des ressources naturelles, à la taille du marché ou même au rythme de la croissance économique. Elle repose avant tout sur la solidité des institutions, la qualité de la gouvernance et la capacité des États à créer un environnement propice à l’investissement et à l’innovation.
Le constat est sans appel. Sur les 70 économies évaluées, seules six nations africaines figurent dans le classement : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, le Botswana, le Nigeria et la Namibie. Plus préoccupant encore, aucune ne parvient à intégrer le top 50 mondial.
Certes, l’Afrique du Sud retrouve son rang de première économie compétitive du continent en gagnant dix places pour atteindre la 54e position mondiale. Cette progression témoigne de la résilience de son secteur privé, de la sophistication de son système financier et de la profondeur relative de ses marchés de capitaux. Mais derrière cette amélioration demeurent des fragilités structurelles importantes : faiblesse de la croissance, crise énergétique persistante, difficultés logistiques, chômage massif et pression croissante de la dette publique.
Le cas sud-africain illustre parfaitement le principal enseignement du classement : même les économies africaines les plus avancées peinent à transformer leurs atouts en véritable avantage compétitif durable.
Le Kenya, deuxième pays africain du classement, confirme quant à lui sa montée en puissance comme pôle technologique régional. Nairobi est devenue un centre d’innovation reconnu, attirant startups, investisseurs et multinationales.
Pourtant, là encore, le dynamisme entrepreneurial se heurte aux limites de l’action publique. Les progrès du secteur privé ne sont pas toujours accompagnés d’améliorations équivalentes dans la gouvernance, l’administration ou les infrastructures.
C’est précisément ce décalage qui constitue aujourd’hui l’un des principaux handicaps du continent.
L’IMD met en évidence un phénomène récurrent dans les économies africaines : les entreprises affichent souvent de meilleures performances que les institutions qui les entourent. Les entrepreneurs africains font preuve d’une remarquable capacité d’adaptation face aux contraintes administratives, aux insuffisances énergétiques ou aux difficultés logistiques. Cette résilience est admirable, mais elle ne peut constituer à elle seule un modèle de développement.
Lorsqu’une entreprise doit investir dans des générateurs électriques, compenser les lenteurs administratives ou supporter des coûts logistiques excessifs, elle consacre des ressources qui auraient pu être orientées vers l’innovation, la productivité ou la création d’emplois. À long terme, aucune économie ne peut bâtir sa compétitivité sur la seule capacité de ses acteurs privés à contourner les défaillances de l’environnement institutionnel.
C’est pourquoi le véritable enjeu de la compétitivité africaine est aujourd’hui celui de la qualité de l’État.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation des échanges commerciaux et la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales, les investisseurs recherchent avant tout la stabilité, la prévisibilité et la sécurité juridique.
Les économies qui dominent le classement mondial Singapour, Hong Kong, la Suisse ou Taïwan ne doivent pas leur succès uniquement à leur niveau de richesse. Elles ont surtout construit des institutions capables de garantir l’État de droit, la transparence réglementaire, l’efficacité administrative et la continuité des politiques publiques.

L’Afrique dispose pourtant de nombreux avantages stratégiques.
Une population jeune, des ressources naturelles abondantes, un potentiel de consommation en expansion et des marges importantes de croissance. Mais ces atouts demeureront insuffisants tant qu’ils ne seront pas accompagnés de réformes institutionnelles profondes et durables.
Le déficit d’infrastructures constitue également une urgence majeure.
Les insuffisances dans les domaines de l’énergie, du transport, des ports, des chemins de fer ou de la connectivité numérique continuent d’alourdir les coûts de production et de réduire l’attractivité du continent. À l’heure où plusieurs régions du monde cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement, l’Afrique risque de manquer une occasion historique de s’intégrer davantage aux flux mondiaux de production si elle ne modernise pas rapidement ses infrastructures.
La faible représentation du continent dans les grands classements internationaux doit enfin interpeller. Alors que l’Afrique représente près d’un cinquième de la population mondiale, seules six économies figurent dans l’évaluation de l’IMD. Certes, les méthodologies de ces classements peuvent être discutées. Mais elles révèlent néanmoins une réalité préoccupante : de nombreux pays africains peinent encore à atteindre les standards internationaux en matière de gouvernance, d’environnement des affaires et d’efficacité institutionnelle.
Le message envoyé par le classement 2026 est donc clair. La compétitivité de demain ne se construira ni dans les gisements miniers ni dans la seule croissance démographique. Elle dépendra de la capacité des États à bâtir des institutions crédibles, à renforcer la confiance des investisseurs, à moderniser les infrastructures et à transformer les réformes en résultats tangibles.
Pour l’Afrique, le défi n’est plus simplement de croître. Il est de construire des économies résilientes, capables d’attirer durablement les investissements, de créer de la valeur et de résister aux chocs d’un monde de plus en plus instable. La véritable richesse du continent ne réside pas seulement dans son sous-sol. Elle réside désormais dans sa capacité à faire de la qualité institutionnelle un moteur de développement et de compétitivité.
Olivier KAFORO
Journaliste
























