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RDC : l’ARSP impose 50 % de sous-traitance locale dans le transport des minerais

À Kinshasa, les autorités congolaises franchissent une nouvelle étape dans la régulation économique du secteur logistique minier.
L’Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le Secteur Privé (ARSP) a ordonné aux transporteurs de marchandises opérant au départ de la RDC de céder 50 % de leurs marchés aux sous-traitants de droit congolais.
Cette décision s’inscrit dans la mise en œuvre de l’arrêté ministériel signé par le Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, visant à corriger la marginalisation des opérateurs nationaux dans un segment stratégique de l’économie.
Un marché à forte valeur capté par des acteurs étrangers
Le transport des produits miniers représente un levier économique majeur pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt et acteur clé du cuivre dans la région du Copperbelt.
Selon les données sectorielles, entre 3,2 et 3,4 millions de tonnes de minerais (principalement cuivre et cobalt) sont exportées chaque année, pour une production estimée à environ 200 000 tonnes de cobalt en 2025.
Malgré ces volumes considérables, les transporteurs congolais restent faiblement représentés dans la chaîne d’évacuation, largement dominée par des entreprises étrangères.
Pour l’ARSP, ce déséquilibre constitue un manque à gagner important en termes de création de valeur locale, d’emplois et de développement du tissu entrepreneurial national.
Une mesure de régulation à impact structurel
La décision annoncée par le Directeur général de l’ARSP, Miguel Katemb, impose désormais aux entreprises concernées de recourir à des sous-traitants congolais éligibles pour la moitié de leurs contrats.
Cette obligation vise plusieurs objectifs économiques :
-Renforcer la participation locale dans la chaîne logistique minière
-Stimuler l’investissement national dans le transport et les services connexes
-Créer des emplois directs et indirects
-Accroître la rétention des revenus sur le territoire national
Elle s’inscrit dans une politique plus large de local content, visant à maximiser les retombées économiques des ressources naturelles.
Un moratoire pour sécuriser la transition
Consciente des risques de perturbation des flux logistiques, l’ARSP a accordé un moratoire de 60 jours aux opérateurs pour se conformer à cette exigence.
Passé ce délai, les entreprises récalcitrantes s’exposent à des sanctions contractuelles immédiates, notamment la résiliation de leurs accords avec les donneurs d’ordre.
Ce délai de transition devrait permettre aux acteurs du secteur de réorganiser leurs chaînes de sous-traitance sans compromettre la continuité des exportations.
Vers une reconfiguration du secteur logistique minier
Au-delà de son caractère réglementaire, cette mesure pourrait entraîner une recomposition progressive du marché du transport des minerais en RDC.
À terme, elle pourrait favoriser :
-l’émergence de champions nationaux du transport
-une montée en compétence des entreprises locales
-une meilleure intégration des congolais dans les chaînes de valeur régionales
Cette réforme s’aligne avec la vision du Président Félix Tshisekedi, axée sur la transformation structurelle de l’économie et la consolidation d’une classe moyenne nationale.
Un test pour l’effectivité du « local content » en RDC
Reste désormais à observer la capacité des autorités à assurer l’application effective de cette mesure dans un secteur historiquement dominé par des intérêts transnationaux.
Entre opportunité de développement économique et défi de mise en œuvre, cette décision de l’ARSP pourrait constituer un tournant décisif pour la souveraineté économique de la RDC.
Nadine FULA






















