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RDC : le Gouvernement accélère la transformation minière locale avec l’EGC, Trafigura et EVelution

Longtemps concentrée sur l’exportation brute de ses minerais stratégiques, la République démocratique du Congo tente progressivement d’orienter son modèle minier vers une logique de transformation locale et de création de valeur industrielle. Cette orientation s’est une nouvelle fois de plus illustrée lors des audiences hebdomadaires du Ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, tenues le mercredi 6 mai 2026 à Kinshasa.
Le Ministre a en effet reçu une délégation de l’Entreprise Générale du Cobalt conduite par son Directeur général Eric Kalala, accompagnée des responsables des groupes Trafigura et EVelution Energy.

Les échanges ont porté sur le renforcement du partenariat autour de la transformation locale du cobalt et du cuivre produits dans des circuits encadrés par l’EGC, conformément à la vision du Président de la République, Félix Tshisekedi, axée sur la valorisation industrielle des ressources stratégiques du pays.
Selon la direction de l’EGC, ce partenariat vise notamment le développement des capacités locales dans la chimie des batteries à travers la transformation du cobalt en sulfate ainsi qu’en métal destiné aux industries des batteries électriques et du secteur aérospatial.
L’entreprise a également évoqué les premières exportations réalisées via le corridor de Lobito, devenu progressivement un axe logistique stratégique dans la nouvelle architecture régionale d’exportation des minerais critiques africains vers les marchés occidentaux.
Les discussions ont aussi porté sur le développement des échanges avec les États-Unis, dans un contexte marqué par la volonté américaine de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.
De leur côté, les représentants de Trafigura et d’EVelution Energy ont réaffirmé leur volonté d’accompagner la RDC dans la mise en place d’une chaîne d’approvisionnement responsable reliant le secteur minier artisanal congolais au marché américain.
Au-delà du partenariat annoncé, cette dynamique traduit surtout une évolution progressive de la stratégie minière congolaise.
Les autorités cherchent désormais à capter une partie plus importante de la valeur industrielle générée par les minerais critiques utilisés dans les batteries électriques, les systèmes de stockage d’énergie et certaines industries technologiques.
Plusieurs institutions internationales spécialisées dans les industries extractives estiment que les pays africains producteurs de minerais critiques disposent aujourd’hui d’une fenêtre stratégique rare pour développer localement des segments industriels liés à la transition énergétique mondiale.
Dans son rapport Africa’s Green Minerals Strategy, la Banque africaine de développement (BAD) souligne notamment que la transformation locale des minerais critiques pourrait permettre aux économies africaines d’augmenter significativement leurs revenus industriels et de réduire leur dépendance aux exportations brutes.
De son côté, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique estime, dans plusieurs travaux consacrés aux chaînes de valeur des batteries, que le continent africain risque de rester cantonné au rôle de simple fournisseur de matières premières s’il ne développe pas rapidement des capacités locales de raffinage, de transformation chimique et de fabrication intermédiaire.
Même lecture du côté de International Energy Agency (AIE) qui rappelle, dans ses analyses sur les minerais critiques, que la demande mondiale en cobalt, cuivre et autres métaux stratégiques devrait continuer d’augmenter sous l’effet de la transition énergétique mondiale et de l’expansion des véhicules électriques.
Pour plusieurs cabinets africains spécialisés dans le conseil minier et énergétique, la stratégie engagée par Kinshasa constitue un signal important pour les investisseurs internationaux.
Le cabinet sud-africain SRK Consulting estime notamment que les pays producteurs africains cherchent désormais à mieux intégrer les chaînes industrielles mondiales afin de capter davantage de valeur ajoutée autour des minerais critiques.
Des analyses publiées par Wood Mackenzie considèrent également que la RDC dispose d’un avantage stratégique majeur grâce à ses réserves de cobalt et de cuivre, mais que la réussite de la transformation locale dépendra principalement de la stabilité énergétique, des infrastructures logistiques et de la visibilité réglementaire offerte aux investisseurs.

Plusieurs observateurs du secteur extractif saluent aussi l’approche consistant à connecter progressivement le secteur artisanal congolais aux chaînes d’approvisionnement industrielles internationales. Selon eux, cette orientation pourrait améliorer la traçabilité des minerais tout en créant davantage de retombées économiques locales autour de la filière batterie.
Dans cette dynamique, Kinshasa tente progressivement de transformer son poids géologique en levier industriel. L’enjeu pour la RDC ne se limite plus à produire davantage de cobalt ou de cuivre, mais à construire, autour de ses ressources stratégiques, une véritable base industrielle capable de renforcer sa place dans l’économie mondiale de la transition énergétique.
Flory MUSISWA
























