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SMIG en RDC : entre justice sociale et menace de chomage massif

Le relèvement du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) est présenté
comme une avancée sociale. Mais derrière cette mesure, un danger se profile : celui d’une
destruction massive d’emplois dans tous les secteurs, au moment même où la RDC doit
transformer sa jeunesse en moteur de croissance.
Une jeunesse nombreuse, mais sans perspectives
La RDC est l’un des pays les plus jeunes du monde : plus de 65 % de la population a moins
de 25 ans. Cette jeunesse est une opportunité historique, mais elle est aussi une bombe à
retardement si elle reste sans emploi. Le chômage endémique, combiné à une hausse
brutale des salaires, risque de fermer les portes de l’emploi formel à des millions de jeunes.
Le paradoxe du SMIG élevé
• Les entreprises formelles, déjà asphyxiées par les taxes et la concurrence de l’informel, ne pourront absorber une masse salariale multipliée par deux ou trois.
• Les PME, piliers de l’emploi local, seront les premières victimes : incapables de payer, elles basculeront dans l’informel ou fermeront.
• Les jeunes diplômés, au lieu de trouver un emploi stable, seront contraints de rejoindre le secteur informel, sans protection sociale ni avenir.
Un risque de fracture sociale
La jeunesse congolaise aspire à un avenir digne. Mais si les emplois disparaissent, la frustration grandira. Sans perspectives, cette force vive peut devenir une source d’instabilité sociale. Le pays ne peut se permettre de transformer son atout démographique en menace.
Un appel à l’équilibre et à la responsabilité
Face à cette situation explosive, le président national de la FEC a adressé un courrier à la
Première ministre, l’exhortant à trouver une solution équilibrée. Il y rappelle que dans un
environnement marqué par une tension salariale et fiscale extrême, il n’est pas opportun
de sanctionner des entreprises qui, de bonne foi, se trouvent dans l’incapacité d’appliquer
le SMIG de 21.500 CDF. La FEC demande ainsi la suspension des contrôles de l’Inspection générale du travail, afin d’éviter d’aggraver la fragilité des entreprises et de provoquer une vague de fermetures et de licenciements. L’heure est à l’accompagnement et non à la répression.
Investir dans la formation et la productivité
Au-delà des débats sur le SMIG, la véritable clé pour offrir des emplois durables à notre
jeunesse réside dans la formation et l’augmentation de la productivité. Si nous voulons payer plus, il faut aussi travailler plus et mieux. La productivité est le facteur essentiel qui
permettra à notre jeunesse d’accéder à des emplois stables et bien rémunérés.
Cela implique d’investir massivement dans la formation professionnelle, en particulier
dans les métiers liés aux nouvelles technologies, aux médias et au numérique, qui sont au
cœur de l’économie moderne. Mais il faut aussi répondre aux besoins urgents de secteurs
traditionnels : le bâtiment, par exemple, manque cruellement de personnel qualifié alors
que le pays est en pleine phase de construction. Former nos jeunes, métier par métier, secteur par secteur, est la seule voie pour transformer notre capital humain en moteur de développement.
Conclusion : donner du travail à la jeunesse
La vision du Chef de l’État est claire : créer des emplois et offrir des perspectives à la jeunesse. Mais cette vision ne peut se réaliser si la politique salariale détruit les bases de l’économie formelle. La RDC doit choisir une voie équilibrée : protéger les travailleurs, oui, mais surtout préserver et multiplier les emplois pour que sa jeunesse devienne une chance et non un fardeau.
John MWENDA
Coordonnateur des délégués de la FEC au Conseil National du Travail
Mireille KALUME
Délégué de la FEC au Conseil National du Travail
















